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Full text of "Chansons et dits artésiens du XIIIe siècle publiés avec une introduction, un index des noms propres et un glossaire par Alfred Jeanroy et Henri Guy"

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Chansons et 
dits artésiens 
du Xllle siècle, 
publiés avec 
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nationale (France) 



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BIBLIOTHÈQUE DES UNIVERSITÉS DU MIDI 

FASCICULE II 



CHANSONS 

♦ . 

ET 

DITS ARTÉSIENS 

DU Xlir SIÈCLE 

Publiés avec une Introdixciion, un Index des noms propres 
et un Glossaire 

PAR 

Alfred JEANROY Henri GUY 

Professeur à l'Université Maître de conférences à l'Université 

de Toulouse. i de Toulouse. 



Bordeaux 

FERET & FILS, ÉDITEURS, i5, COURS DE L'INTENDAJVCE 



Marseille 

PAUL RUAT, 23, RUE NOAILLES 

Montpellier 

C. GOULET, 5, Grand'Rue 



Paris 

LIBRAIRES ASSOCIÉS, i3,ruede Buci 

Toulouse 

É. PRIVAT, 45, RUE DES Tourneurs 



1898 



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BIBLIOTHÈQUE 

DES 

UNIVERSITÉS DU MIDI 



DEUXIÈME FASCICULE 

CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS 

DU Xm« SIÈCLE 

PUBLIÉS PAR 

AUrsd JEANROT et Henry 6UT 



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Bordeaux. — Imprimerie G. Gouhouilhou, rue Guiraude, 1 1 



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CHANSONS 

ET 

DITS ARTÉSIENS 

DU Xlir SIÈCLE 

Publiés avec une Introduction, un Index des noms propres 
et un Glossaire 



PAR 



Alfred JEANROY 

Professeur à TUniversité 
de Toulouse. 



Henri GUY 

Maf tre de conférences à TUniversité 
de Toulouse. 



Bordeaux 

FERET & FILS, ÉDITEURS, i5, COURS DE L'INTENDANCE 



Marseille 

PAUL RUAT, aa, rue Noailles 

Montpellier 

G. GOULET, g, Grjlud'Rue 



Paris 

LIBRAIRES ASSOCIÉS, i3,rue de Buci 

Toulouse 

É. PRIVAT» 45» RUE DES Tourneurs 

i8g8 



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L'Introduction, ainsi que l'Index des noms propres, est 
l'œuvre de M. Henry Guy. Je suis responsable de la Note 
additionnelle à llntroduction, de l'établissement du texte 
et du Glossaire. 

A. JEANROY. 



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INTRODUCTION 



I. Plusieurs des pièces que nous publions ici avaient déjà 
été imprimées «. Ce sont les numéros : 

I. — Histoire littéraire de la France, XXIII, 58o; Jubinal, Nou- 
veau Recueil de contes, dits, fabliaux, II, 877 ; Dinaux, Trouvères 
artésiens, III, i5; Monmerqué et Michel, Théâtre français au 
Moyen-Age, 23, aS; Bartsch et Horning, Langue et littérature fran- 
çaises, 522. 

II. — Jubinal, II, 879; Dinaux, III, i58. 

III. — Jubinal, II, 882 ; P. Meyer, Recueil d'anciens textes bas- 
latins, provençaux et français, 2* partie (1877), n* 45. 

V. — Dinaux, III, 256. 

X. — P. Meyer, Recueil, no 28. 

XIII. — Jeanroy, Études romanes dédiées à Gaston Paris (1891), 
p. 88 et suivantes. 

XX. — P. Meyer, Recueil, n^ 29. 

XXII. — Scheler, Trouvères belges, II (1879), 162. 

XXIII. — Scheler, Ibid., 170. 

Ajoutons que M. F. Godefroy a dépouillé ces pièces au 
point de vue lexicographique et qu'il a cité un grand nom- 
bre de passages de plusieurs d'entre elles. M. Windahl 
{Vers de le Mort, Lund, 1887) a cité les vers 100-109 de la 

I. Il va sans dire que celles-ci ont cl j revues sur le ms. et que diverses erreurs 
de lecture de quelques-uns des précédents éditeurs ont été corrigées. — Les 
numéros I, II, III, IV, XIII se dénoncent par leur forme comme des chansons; le 
nom do «dit», que nous avons attribué aux autres, est justitié par le texte; 
c'est ainsi que Tauteur du n* VII (y, 3) qualité son oeuvre. 



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BIBLIOTHÈQUE DES UNIVERSITÉS DU MIDI 



pièce XVII, les vers i4i-i53 de la pièce XVIII. Enfin, on trou- 
vera dans Monmerqué et Michel (oiivr, cité) un certain nombre 
de courts extraits empruntés à nos pièces. Il nous a paru, 
toutefois, qu'il y avait un réel intérêt à donner au public 
les quinze pièces non encore éditées dans leur intégrité. 
Nous expliquerons plus loin de quelle utilité elles peuvent 
être pour l'histoire politique et littéraire du Moyen -Age. 

II. — Nos vingt-quatre pièces sont tirées du ms. français 
i26i5 (Noailles) de la Bibliothèque nationale, où elles occu- 
pent les folios 197 recto-216 recto ». Hormis la quatrième, 
qu'on retrouve en grande partie dans le ms. 846 (B. N.), 
aucune d'elles ne se rencontre dans d'autres recueils. 

Tels qu'ils se présentent dans 12616, nos textes offrent 
l'image d'un complet désordre. Nous avons cru devoir res- 
pecter cette vicieuse disposition des diflférents morceaux, 
eïicore qu'une semblable confusion ne réponde aucunement 
au besoin de méthode qu'éprouvent aujourd'hui les esprits. 
Non seulement les poésies morales sont mêlées à des 
satires fort variées de ton et d'intention, mais il est sensible 
que les œuvres ainsi mises bout à bout ont eu des auteurs qui 
n'étaient point les mêmes, et ont été composées à diverses 
dates. On croirait volontiers que cette copie a été faite par 
un collectionneur d'Arras curieux de tout ce qui concernait 
sa ville, jaloux de conserver les productions de la muse 
locale, mais fort peu désireux de classer des documents 
qu'il attribuait sans peine à tel ou tel auteur de lui connu, 
et rapportait bien aisément aux années encore peu éloi- 
gnées où ces vers avaient été faits. Tel est le sort des ouvra- 
ges d'actualité. Il semble, lorsqu'ils voient le jour, qu'on 
ne saurait ignorer les circonstances qui les produisirent, et 
que leurs allusions ne cesseront jamais d'être transparentes. 
Mais, en réalité, rien ne vieillit plus vite que des travaux de 
ce genre, et ils deviennent, à moins que les contemporains 
ne les éclairent d'un commentaire, à bref délai indéchif- 
frables. C'est en cet état, ou peu s'en faut, que se présentent 
nos pièces artésiennes, et nous sommes presque toujours ré- 
duits aux hypothèses lorsqu'il s'agit, non point de désigner 

I. Les n** I, II, III, IV, XIII, qui sont des chansons, sont surmontés de portées, 
qui, sauf celles de I, sont restées vides. Les autres, qui affectent la forme narrative, 
n'ont pas de portées et sont écrits sur deux colonnes. 




CHANSONS ET DITS AUTËSIENS DU Xlll' SIECLE 



leurs auteurs — car la chose est impossible, — mais de préci- 
ser leur date et de développer les événements qu'elles relatent. 

Nous ne dirons qu'un mot de la question des auteurs. 
Trois d'entre eux seulement se nomment : Jehan Auris (V) : 
Simon (VIII); Le Camus d'Arras (XX). Avouons que la 
science ne fait pas une conquête appréciable en apprenant 
l'existence de ces trois écrivains. Il eût été autrement intéres- 
sant de savoir à qui revenait la paternité des morceaux sati- 
riques contenus dans notre recueil. Mais ceux-là se sont 
gardés de signer, soit que leur notoriété rendît ce soin 
inutile, soit, au contraire, que la prudence leur conseillât 
un sage silence. On a suppléé avec une hardiesse excessive 
à ce défaut de renseignements. Ainsi, la pièce II a été attri- 
buée, sans l'ombre de preuves, à Courtois d'Arras. M. Gode- 
froy, citant des vers de notre n** XXIV, en fait l'œuvre tantôt 
de Thibaut de Champagne (!), tantôt de Gillebert de Berne- 
ville D'autres (notamment de Coussemaker, édition d'Adan 
de le Haie, p. xix) ont supposé que le spirituel auteur de la 
Feuillée avait peut-être écrit quelques-unes des satires de 
notre recueil. Le contraire est évident. Ce trouvère avait 
été chassé de la ville* avec ceux-là mêmes que nos pamphlets 
attaquent ; on en doit conclure que, s'il était entré dans la 
lutte, c'eût été pour les défendre. Observons, en effet, que 
nos textes prennent à partie les plus riches bourgeois, les 
Nazart, les Pouchin, les Amion, les Esturion, les Louchart, 
c'est-à-dire ceux dont la générosité s'étendait sans cesse sur 
les poètes. Aussi les trouve-t-on loués et célébrés dans les 
envois de maintes chansons. Qu'en faut-il inférer sinon que 
les personnages anonymes qui travaillèrent à cette œuvre 
maligne furent ou bien des artistes de second ordre, qui ne 
participaient point aux largesses des banquiers opulents, ou 
bien des ennemis personnels de ces mêmes marchands, des 
confrères moins fortunés et jaloux qui, sans exercer la pro- 
fession de littérateurs, prirent la plume, sous l'empire des 
circonstances, par rancune, par envie ou, si l'on veut, par 
un sentiment de justice » ? 

I . Voyez aux mois Brionel, Manel, Griesche, Gomplension (sic). — 
Par une méprise plus bizarre, M. Godefroy attribue quelques vers de I à une 
chanson sur la prise de Namur. L'explication de cette erreur est dans le fait que 
cette dernière chanson suit notre no I dans le recueil de Bartsch et Horning. 

a. Peut-êlrc pourrait-on asseoir quelques conjectures, assez peu solidrs. joravouc, 




lO 



BIBLIOTHÈQUE DES UNIVERSITES DU MIDI 



Il n'est pas beaucoup plus aisé de fixer avec précision la 
date de ces productions. Il suffit, en réalité, de parcourir 
l'Index des noms propres pour acquérir, à cet égard, une cer- 
titude : nos textes ne sont ni antérieurs à i248, ni posté- 
rieurs à 1280. Mais, cette période une fois déterminée, on se 
voit dans Timpossibilité presque absolue de fournir des indi- 
cations plus nettes. Quelques poésies cependant semblent 
souffrir une attribution assez rigoureuse. Les n*"" II, III, XIII 
et XXIV, dont le sujet est unique (voir plus bas), doivent, 
selon nous, être rapportés à Tannée 1269^ La pièce XVIII 
fait allusion à des événements qui nous indiquent la date 
de 1248 ou 1249. (Voir V Index des noms propres, au mot 
Apostoile.) La XIX% où il est question (v. 8) d'une guerre 
qui désole l'Angleterre, ne peut se placer qu'entre 1268 et 
1265 (guerre des barons). La XIV% qui relate la mort d'Adam 
de Vimi, survenue en 1268, est évidemment fort voisine de 

sur des ressemblances de pensées, d'images ou d'expressions dont il n'est pas 
inutile du moins de relever les plus frappantes. 

La pièce VII roule tout entière sur les mariages mal assortis ; les vers 58-64 de 
X sont relatifs au même sujet (voy. encore XVI, 43) ; cf. d'autre part : 

\ VII, 59 : Que a Paris et a Biauvais. 

( XX, 78 : Mais a Paris et a Biauvais. 

1-es pièces VII et XXI font l'une et l'autre l'éloge de la médiocrité ; cf : 
\ VII, 61 : Il n'est déduis fors soufissance. 
* XXI, 40: N'est nus déduis fors soufissance. 

Ces deux pièces accusent la même maladresse dans les transitions : 
s VII, Sa: D'une autre cose ai entendu. 
'( XXI, /il : Or voel parler d'autre manière. 

Les pièces VU, X, XX, XXI pourraient donc être attribuées au même auteur. 

Des ressemblances analogues se trouvent entre VIII, IX, XVI ; cf : 

VIII, 22, et IX, 4 : Quant li hom passe muison. 

^ VIII, 142 : Qu'il puist despendre et espargnier. 

( IX, 3o : De bel despendre et d'espargnier. 

C VIII, 123 : Que j'oï dire et tesmoignier. 

( XVI, 187 : Et s'oï dire et tesmoignier. 

Il y en a d'autres enfin, entre XII, XV, XVH, XVIII, XIX, XXII, XXIV. - XII 
et XV sont pour ainsi dire signées : l'auteur 8*y donne le titre comiquement pom- 
peux de saint ; il est sans doute identique au merveilleas de XIX (v. 3). Le symbole 
du moulin, sur lequel est construite toute la pièce XXII, se trouve aussi dans 
XVII (v. 60); celui de la laine volée, qui défraie en grande partie XIX, est repris 
dans XXIV (v. 102); la confrérie des Audouins (XVII) n*est pas inconnue à XVIII 
(v. 161). Voici enfin des ressemblances de mots : 

XII, 89 et XVII, 43 : Je proverai, ki kel desdie, 

XVII, 95, et XXIV, ia8 : SI m'ait Diex, il m'est aviere. 

Dans XVIII, 122, un personnage compte les carreaux d'une tour; dans XXII, 
i4a, un autre compte les fouilles d'un bois. j. 

I. C'est là du moins ce que nous tenterons d'établir dans une étude sur Adan 
de le fiale qui doit paraître prochainement. 




CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS DU XIU* SIÈCLE 



1 1 



cette date. De même, notre IV ne saurait être placé avant 
1268, puisque Mahiu Wion, de la mort duquel on nous 
entretient, était, à cette époque, déjà décédé. Mais on com- 
prend que les vers moraux, vides de toute indication bio- 
graphique, échappent par là même aux approximations de 
ce genre. Il n'y a point de témérité à les placer entre 1248 
et 1280, mais nous ne croyons point que Ton puisse préciser 
davantage. 

En conséquence, nous n'avons point songé, dans cette 
étude, à classer les poésies par noms d'auteurs ou selon 
l'ordre chronologique, et nous avons jugé plus naturel de 
les ranger suivant les sujets qu'elles traitent. La tâche 
n'était point ardue, et nous allons distinguer : les pièces 
morales (IV, V, VI, VII, VIII, IX, X, XI, XII, XX, XXI); — 
les pièces à la fois morales et satiriques (XIV, XVI); — les 
pièces satiriques (I, II, III, XIII, XV, XVII, XVIII, XIX, 
XXII, XXIII, XXIV). 

III. Pièces morales. — Elles développent des lieux com- 
muns chers aux écrivains du Moyen-Age. Quelques-unes 
cependant avaient, pour la ville d'Arras, une portée parti- 
culière et blâment certains défauts fort communs dans cette 
cité. 

Passons rapidement sur une ou deux productions misé- 
rables, qui sont au-dessous de toute critique. Quoi de plus 
plat, de plus vide et de plus grossier que la XP pièce, heu- 
reusement très courte, où l'on expose, en lamentables vers, 
cette idée, naïve à force d'être vraie, que la vertu demeure 
stérile lorsque les bonnes œuvres ne l'escortent pas ' ? 

Nous n'insisterons pas non plus sur le IV* morceau. Il 
est constitué par deux développements que rien ne relie — 
et comment les eût-on reliés.^ — l'un sur l'amour qui n'a 
qu'un temps, l'autre sur la mort « soutillable » qui vous sur- 
prend, lorsqu'on songe le moins à elle, et qui vous prive à 
jamais des richesses acquises. Fuyant la peine de penser et 
désireux de rimer quand même, l'auteur s'est avisé de ver- 
sifier des maximes qui, de son temps, étaient déjà vieilles. 
Le Moyen-Age n'a que trop usé de ce procédé commode ; 

I . C'est une simple paraphrase du mot do TÊcriture ; « Fides sine operibui 
mortua est, » (£/). Jac, II, 30, a6.) 




BIBLIOTHÈQUE DES UNIVERSITÉS DU MIDI 



mais, chez quelques trouvères, le mérite de la forme et le 
choix des détails relèvent du moins la déplorable banalité 
du fond. C'est ce qui se produit dans notre texte même, 
où cette grave question de l'amour et du mariage a été 
traitée deux fois encore, mais avec plus de bonheur. — La 
pièce VII recommande des unions bien assorties: Que la 
jeune fille n'accepte pas un « malostru viellart » ; la sagesse 
veut qu'un homme âgé choisisse une «vielle roulant», et 
celle-ci un époux « croUant». Si la jouvencelle ne recherche 
pas le jouvenceau, elle risque de passer une misérable exis- 
tence, car « de mal talent ses cuers li art»'. — Le n® X traite 
un sujet analogue, mais il est présenté d'une manière assez 
originale. Le trouvère commence par constater que Dieu 
assigne aux hommes, pour chaque année, des maladies et 
des calamités spéciales. Tantôt les pommes et les poires 
manquent, tantôt le blé monte à un tel prix que les pauvres 
meurent de faim; parfois l'épidémie s'attaque aux gens, 
parfois ce sont les animaux qui périssent; après un froid 
insupportable, survient une chaleur qui désole les personnes 
grasses. Mais la période actuelle est marquée, dit le poète, 
par un fléau d'un autre genre. C'est la trahison qui règne à 
présent avec la rapacité. On ne se marie plus que pour de 
l'argent et, de la sorte, la gent est honnie, les bonnes cités 
sont détruites. 

Nous rattacherons à ces réflexions les conseils que l'un de 
nos auteurs (voyez n° XII) a longuement donnés aux femmes 
soucieuses du bon ordre et de la paix du ménage. Une 
épouse chaste ne doit point se parer comme l'est un cheval 
que l'on mène vendre, et. si véritablement elle s'oflre aux 
acheteurs, il sera bon que l'évêque ou le bailli lui enjoigne 
de porter trois brins de paille au toupet. Quoi de plus dan- 
gereux que ces effrontées qui s'en vont « cembillant de 
l'oel », la tête chargée de tresses parmi lesquelles « il en i a 
d'empruntées » ? Pourquoi plaquer sur ses cheveux tant d'or 
et tant d'argent « que la gent en devient ivre » ? Une telle con 
duite poussé le prochain à faillir, et la femme qui se pare 
ainsi ressemble à quelqu'un qui creuserait un trou devant son 
huis pour faire choir les passants inofiensifs. Assurément 

I. Cette pièce a une portée plus générale : nous en dirons encore un mol en 
traitant la question des avares. 




GIIA?fSO:NS ET DITS ARTÉSIENS DU XIU^ SIECLE 



l3 



de semblables avis ont été mille fois répétés au Moyen-Age, 
et ce Chastoiement des dames ne contient, au fond, rien 
de nouveau; mais le style a de l'intérêt, les images ne 
paraissent point trop convenues, et si Tidée reste banale, 
elle est mise en œuvre avec une verve qui mérite d'être 
louée. 

Nous avons dit que certains discours moraux contenus 
dans notre recueil s'attaquaient à des vices qui sévissaient 
dans Arras plus encore que partout ailleurs. De ce nombre 
était l'avarice sous ses deux formes : soif d'acquérir et 
désir de conserver. La capitale de l'Artois, renommée pour 
ses industries florissantes, nourrissait une population de 
commerçants avides. D'autre part, une légion d'hommes 
d'affaires déguisait sous l'euphémisme de change (entendez 
banque) les opérations usuraires dont s'enrichissait la cité. 
Les écrivains, qui se piquaient d'aimer la vertu et qui ne 
subsistaient, d'ailleurs, que de la générosité des financiers, 
étaient donc poussés à déblatérer, lorsque leur bourse était 
vide, contre la cupidité de leurs contemporains, à leur prou- 
ver par des vers sentencieux, par des arguments dignes de 
M. Josse, l'orfèvre, qu'un bourgeois opulent doit être large 
et beau donneur. Il ne faut se faire aucune illusion sur le 
désintéressement de ces maximes qui abondent en notre 
recueil. — Pièce VI : Les négociants qui s'en vont « costiant 
l'usure» prennent le droit chemin de l'enfer. En vain ils 
amassent les écus; la-mort les guette, et, lorsque la dernière 
heure a sonné, l'avare ne tire aucun secours des biens 
qu'il avait acquis. Le diable saisit sa proie. Semblable au 
pourceau « qui tout agrape », il happe brutalement les plus 
fortunés, les entraine, pleins de détresse, dans ce lieu d'om- 
bre éternelle et de désespoir d'où l'on ne sort point. Tel est 
aussi le sentiment exprimé dans les dernières strophes de 
la pièce IV. Mais si la cupidité nous prive de la « permanable 
joie », nous procure-t-elle du moins quelque satisfaction dans 
cette vie éphémère? Nos moralistes afiBrment que non. Une 
opulence excessive ne va point sans inquiétude et sans 
angoisse (n* VII). Le bourgeois tout cousu d'or ne connaît 
point la tranquillité : En lui n'a ne soulas' ne ris. Le financier 
de La Fontaine n'entend point un chat qu'il ne s'imagine 
avoir chez lui des voleurs. De même, le banquier d' Arras, 
réveillé par une souris « qui furkclle en ses carbons » , 




BIBLIOTHEQUE DES UNIVERSITÉS DU MIDI 



tremble pour son coffre-fort. Parle-t-on d'une taille nou- 
velle? Il frémit. Si Ton crie au feu, il imagine aussitôt la 
perte de sa manandie. Heureux donc l'avare qui rentre à 
temps dans le chemin de la sagesse, qui n'attend point la 
fin de son existence pour se réconcilier avec le ciel ! Au lieu 
de réduire ses frères « au pain menu », il agira prudemment 
en désarmant, par l'exercice de la charité, les rigueurs de 
la justice divine (n° IX). 

Recommander l'aumône, dire aux hommes : « soyez géné- 
reux I » c'est encore un moyen de flétrir la cupidité, et ce 
moyen, nos poètes ne l'ont point négligé. Ils ont pensé 
que, par des exemples touchants, ils communiqueraient à 
leurs contemporains le goût de la libéralité. En consé- 
quence, Le Camus d'Arras (n° XX) nous raconte l'histoire 
du marquis de Montferrat récompensant un chevalier de 
Normandie qui s'était permis de lui faire la leçon sur 
le sujet qui nous occupe. La théorie que le trouvère met 
dans la bouche de son personnage ne manque ni d'esprit 
ni de délicatesse. Celui, dit-il, qui n'obtient un présent 
qu'après l'avoir sollicité, achète, en réalité, l'avantage qu'il 
reçoit, car demander est chose pénible, demander force 
l'homme à s'humilier. Cette dure nécessité couvre de rou- 
geur la face de celui qui s'y voit contraint et lui cause « une 
grande angoisse». Le Camus, plus ombrageux sans doute 
que ses confrères, montre, dans cette œuvre, une suscepti- 
bilité fort louable et qui le distingue nettement des Rute- 
bœuf et des Colin Muset, ces quémandeurs effrontés. 

La pièce XXI nous offre un autre exemple de charité, 
mais bien banal et moins remarquable. Il s'agit d'un enfant 
qui vient d'apprendre que l'un des compagnons de son 
âge court le risque de mourir de faim, tant sa famille 
est misérable! Ému de compassion, il s'adresse à son père 
et celui-ci, dont le cœur est tendre, soulage le pauvre 
ménage et l'arrache, par de larges dons, au plus horrible 
trépas I. Générosité bien noble, conclut le poète, mais 
bien rare aussi! Les chrétiens de son temps en usaient^ 

î. Celte pièce relate une coutume que nous n'avons point vue ailleurs. Les 
nécessiteux, à qui nul espoir de salut n'était laissé, se résolvaient à clore, lU 
s'enfermaient chez eux, et, souffrant les tortures de la faim* ils n'attendaient plus 
que de la mort la guérison de leurs maux» De la sorte,- remarque naïvement notre 
auteur, ils périssaient « trestout vif». 




CHANSOîiS ET DITS A.RTÉSIENS DU XIII' SIECLE 



l5 



prétend-il, tout autrement. S'ils avaient des parents pauvres, 
ils les envoyaient à ThopitaL Les grands bourgeois man- 
geaient à portes closes, seuls avec leur maisnie, en égoïstes. 
Quant aux mendiants, ils se morfondaient sur le seuil. Les 
Juifs mômes sont plus charitables : ils secourent jusqu'à 
trois fois les membres déshérités de leur famille et « en çou 
est mout bone lor fois ». Cette réflexion, digne d'être notée, 
suppose chez l'écrivain qui l'émet une certaine liberté de 
pensée et de langage. 

Nous ne pouvons joindre à aucun des groupes précédents 
les deux pièces purement morales que nous avons encore à 
examiner. Elles demandent à être considérées à part, car 
les deux sujets qu'elles traitent diffèrent complètement de 
ceux que nous avons exposés. 

Le n** VIII renferme une critique des envieux ou, plus 
exactement, des médisants. On devine, en lisant ce mor- 
ceau, ce que devaient être les conversations quotidiennes 
en ces villes fermées, où la population, resserrée par les 
remparts, se pressait sur un étroit espace. Comme on 
lisait peu, qu'on ne voyageait guère, que les distractions 
n'abondaient pas, on n'avait point d'autre ressource pour 
occuper son temps et exercer son esprit que de sur- 
veiller les voisins, prêtant à leurs moindres actes des inten- 
tions coupables ou ridicules. On alimentait la conversation 
— ce temps, après tout, est-il si loin du nôtre? — en se 
plaignant du marchand de vin qui se servait de fausses 
mesures, du boulanger qui pétrissait un pain détestable, du 
poissonnier qui débitait un poisson tellement gâté qu'on 
risquait, en le mangeant, de manger la mort! Et nul n'échap- 
pait à la censure. Un homme avait-il de l'argent? On le 
déclarait voleur. Une femme s'habillait-elle avec recherche? 
On la montrait au doigt, proclamant le malheur de son mari. 
Celle qui hantait l'église n'avait pas non plus à espérer l'in- 
dulgence. « Je connais bien son père en Dieul » insinuait 
un railleur. Et les langues de trotter ! Ce tableau assez vivant 
que le trouvère nous présente, et dont l'exactitude ne saurait 
être mise en doute, ne laisse pas de nous instruire. Il nous 
explique comment le genre satirique s'est développé à Arras, 
inventé non par les littérateurs, mais par le public lui- 
même. En effet, toutes les poésies mordantes que nous 
passerons en revue plus loin ne diffèrent aucunement des 




i6 



BIBUOTHÈQLE DES L5IVEASITËS DL MIDI 



bavardages, voire même des cancans que Ton colportait 
d'une maison à l'autre. Beaucoup de ces médisances tom- 
baient, au bout de peu de jours, dans l'oubli; certaines, que 
l'on jugeait plus curieuses, recevaient d'un poète du quartier 
la forme d'un dit et se perpétuaient de la sorte. 

Nous avons gardé pour la fin de ce paragraphe l'œuvTe 
qui, selon nous, mérite le plus l'attention (n** \~). Cette 
peinture vive et spirituelle des mœurs des buveurs honore 
son auteur, Jehan Auris, à qui ne manque ni la finesse de 
l'observation, ni la raillerie douce et voilée, ni même, chose 
plus rare et bien précieuse, le sens du réel. C'est une scène 
amusante et très vivante que celle où nous voyons, assemblés 
à la taverne, de bons ivrognes arrivés de pays différents. 
Ils ne se connaissent pas, mais, dès qu'ils ont vidé quelques 
pots, une mutuelle sympathie les rapproche. Us ne tardent 
point, dans les fraternels épanchements de l'ivresse, à 
découvrir des liens étroits qui les unissent. « D'où êtes- 
vous? — De Saint-Pol. — Moi aussi! — Comment s'appelle 
votre père? — Sire Constans. — Eh! nous sommes cousins! 
— Est-il possible? — Cousins germains, je vous jure. » 
Alors ils s'entr'acolenty ils pleurent d'émotion, ravis d'avoir, 
sans y songer, rencontré un proche parent. Mais cette joie 
dure peu. Voici qu'une querelle s'élève, « et vos défiait 
tout le parage ». Les deux cousins tirent l'épée; l'hôle 
accourt éperdu, désolé de la «noise», dont il redoute les 
conséquences. Afin de calmer les combattants, il leur parle 
de la police, du bailli, un homme terrible et qui ne plai- 
sante pas. On se réconcilie par crainte du magistrat. Le vin, 
conclut Jehan Auris, nous pousse à commettre bien des 
fautes; mais notre trouvère a la morale souriante, l'indul- 
gence facile : il avoue donc que si, bien des fois, on s'est 
repenti d'avoir trop bu, il est tel marché, signé dans 
l'ivresse, dont on a lieu de se féliciter et qui réjouit Tàme 
des prudhommes. 

Exception faite pour cette pièce V, les vers moraux de 
notre recueil n'offrent, comme on l'aura constaté par nos 
brèves analyses, que bien peu de finesse et d'originalité. 
Notons, toutefois, que ces œuvres ne sont pas inférieures 
aux autres productions du Moyen-Age sur de semblables 
sujets. On y découvre les mêmes qualités : quelques détails 
heureux, quelques peintures vraies, de l'ingéniosité et 




CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS DU XHI* SIÈCLE 



17 



même, au milieu de rebutantes grossièretés, comme une 
teinte de délicatesse (p. XX). Mais il ne faut rien exiger 
de plus, et peut-être même serait-il injuste de reprocher à 
nos moralistes artésiens leurs vers de mirliton, la désolante 
banalité de leurs truismes. S'ils ont décoré du nom glorieux 
de poésie leur plate prose rimée, s'ils ont cru que les sen- 
tences de vieille femme clouées par eux bout à bout expri- 
maient en sa perfection toute la sagesse humaine, est-ce 
leur faute ou celle de leurs contemporains, à qui sufBsaient 
semblables vers, semblables maximes? On se le dissimu- 
lerait en vain : les œuvres morales du Moyen-Age étaient 
frappées de stérilité, condamnées à rester médiocres. Les 
hommes de ce temps avaient sans doute plus de sensibilité 
que de réflexion, une âme aussi moins complexe que la 
nôtre. Et puis toute discussion sur la conduite de la vie 
leur paraissait superflue; ils considéraient la prudence 
humaine comme un luxe de l'esprit, luxe inutile et même 
dangereux dont leur foi solide les dispensait. N'avaient-ils 
pas les conseils de Dieu même, la Parole sainte à laquelle on 
ne pouvait, sans orgueil ou sans folie, rien ajouter ni rien 
retrancher? Tranquilles du côté du ciel, ayant appris dans 
les Évangiles comment on devait vivre pour le gagner, les 
Français du xiii® siècle se sont donc inquiétés surtout, en 
composant leurs poésies, des choses de ce bas monde, des 
menus faits de l'existence, et leurs soucis matériels, leurs 
préoccupations quotidiennes ont fourni la matière de leurs 
travaux. De là cet esprit de satire qui se remarque chez eux 
et qui constitue, à n'en pas douter, leur principal mérite litté- 
raire. Une curiosité toujours en éveil, beaucoup de loisirs pour 
s'enquérir des actions d'autrui, un goût naturel de dénigre- 
ment et de parodie poussaient les poètes à se railler de leur 
prochain, et, comme les hautes questions ne les sollicitaient 
guère, ils employaient à la peinture ou, plus exactement, à 
la caricature de leurs concitoyens tout le talent qui leur 
avait été départi. La supériorié de nos aïeux dans ce genre 
sera très amplement prouvée par l'examen des morceaux 
satiriques de notre recueil, que nous allons maintenant 
analyser. 

IV. Pièges a la fois morales et satiriques. — Nous clas- 
sons à part et sous ce titre dés œuvres qui contiennent 



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BIBUOTHEQUE DES UNIVERSITES DU MIDI 



des noms et des faits relatés avec une malveillance évidente, 
mais aussi avec la préoccupation d'en tirer un enseigne- 
ment. Que Ton parcoure la pièce XIV et Ton s'apercevra de 
cette double intention. Comparer la richesse à la « pelote » 
que les joueurs se jettent et qui passe successivement par 
tant de mains, afiBrmer que les gros héritages se trans- 
mettent d'une famille à l'autre avec une rapidité si grande 
que nul ne les retient longtemps, ce sont assurément là des 
maximes destinées à l'édification des lecteurs. Mais prouver 
leur exactitude en citant l'exemple des avares depuis peu 
décédés, dont les trésors, comme la balle que des jeunes 
gens se lancent, ont maintes fois déjà changé de maître, 
cela constitue la satire. Et puis, le versificateur ne s'est pas 
borné à mentionner simplement ceux d'entre les riches de 
la ville qui ont payé tribut à la mort. Quelques mots insi- 
nuants témoignent du mépris qu'il leur a voué. Lorsque, 
par exemple, il vient de nommer Adam de Vimi, dont le 
trépas était récent, il n'oublie point de nous dire que per- 
sonne ne priera pour lui, et cette constatation maligne 
amène une conclusion plus acerbe encore, mais qui revêt 
la forme d'un bon conseil : « Rendons nos torts » de notre 
vivant, afin d'éviter les griffes de l'ennemi. 

Plus longue, plus diffuse, moins uniforme et moins bien 
composée, la XVP pièce présente aussi ce même caractère, 
mais ici la moralité ne se dégage pas de la satire : le procédé 
est beaucoup plus naïf. L'écrivain débute par de sages 
réflexions et finit par de grosses malices, sans se soucier de 
la cohésion. Il commence par recommander aux ménestrels 
non seulement la tenue, mais encore" la sincérité. D'après 
lui — et sa doctrine l'honore, à supposer qu'il l'ait pratiquée 
— un poète, soucieux de ses devoirs, ne flatte jamais les 
puissants lorsqu'ils se conduisent mal. Honte à ceux dont 
la muse complaisante se vend aux scélérats de marque afin 
d'obtenir d'eux soit des robes, soit de l'argent! Donner aux 
mauvais de grands coups, tâcher de les amener à se recon- 
naître, telle est la mission du trouvère. S'il se propose de 
la remplir et d'exercer sa verve, il lui suffira de regarder 
autour de lui pour découvrir des gens sur qui répandre cette 
parole de vérité. Nous vivons, assure le satirique, en un 
temps où le vice fleurit. Que de mariages brisés I Que de 
chevaliers félons I Les seigneurs (et voici la seconde partie de 




CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS DU Xm* SIÈCLE 



«9 



l'œuvre), les seigneurs ne respectent rien : mauvais payeurs, 
âmes déloyales, ils usurpent la réputation d'hommes géné- 
reux et ((gentils»; au fond, ils ne valent pas mieux que les 
vilains, car « nus n'est vilains se de cuer non». Après ces 
considérations générales et qui ne révèlent aucunement la 
patrie de l'auteur, se lit une critique plus particulière 
et qui vise spécialement les nobles d'Arras. Ils se sont 
entendus pour fabriquer un moulin de vent. Suit une longue 
énumération des personnages qui ont collaboré à la cons- 
truction de l'édifice. Que signifie ce moulin de vent? Pour 
l'expliquer, rappelons que, dans la langue des écrivains de 
l'Artois, le vent, à cause de sa légèreté et de ses brusques et 
rapides sautes, est l'un des symboles de la fourberie: il 
représente les caractères insaisissables et muables comme 
lui, les individus dont la parole est ondoyante et diverse. 
On remarquera que le vice le plus souvent flétri dans nos 
pièces est la tromperie, le mensonge. Pour exprimer cette 
idée en évitant les répétitions, nos versificateurs emprun- 
tent au langage populaire un nombre infini d'images, de 
métaphores et d'allégories. (Voyez V Index des noms propres, 
au mot Mentenai.) Mais c'est au vent, de préférence, qu'ils 
comparent la déloyauté, d'où l'idée d'appeler un moulin à 
vent une association d'hommes sans foi. Nous venons de 
montrer cette plaisante assimilation dans la XYP poésie, 
qui se rattachait encore aux œuvres morales; nous allons 
maintenant la retrouver, mieux développée, plus complète, 
dans l'un de ces morceaux purement satiriques qui sollici- 
tent à leur tour notre attention. 

V. — Pièces satiriques — Commençons (n® XXII) par 
le moulin à vent que Laurent Wagon prétend élever. Il ne 
sera point d'une architecture banale, car le futur proprié- 
taire se propose de n'employer à cette construction que des 
matériaux de choix. Lesquels? — Des trompeurs ; entendez, 
non point de ces humbles fourbes sans audace ni réputation, 
mais des fripons de haute volée, gens « pleins de truffe, forz 
menteeurs». Quant à ceux qui ont de l'honnêteté — vade 
rétro ! — qu'ils ne s'avisent pas de venir moudre en ce 
lieu. Il faut des titres, il faut être inscrit sur la liste glo- 
rieuse des cuivers habiles à décevoir le siècle. Donc, 
Estèvenes de Monchi tournera la meule. Il souffle en bise. 



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BIBLIOTHÈQUE DES UNIVERSITÉS DU BflDI 



celui-là]: lorsque je me trouve près de lui, dit le trouvère, 
«je muir de froit». Pierron de Baudimont jouera le rôle 
de « clapète », Willaume as Paus — « n'a si menteur dusk'en 
Calabre » — remplacera Tarbre de la roue. A la place des 
ailes, on mettra Sawales Durpains et Simon Faveriaus. Un 
parent de ce dernier, planté tout au sommet de la machine, 
servira de girouette. Cet oflBce lui convient à miracle, car il 
n'a point son égal pour tendre le musel et suivre le vent. 
J'en passe et beaucoup. Ces quelques exemples suffisent; 
ils nous renseignent sur la nature de la pièce et même sur 
son mérite. A ne considérer que le détail, on note, dans 
cette critique, bien des endroits à louer; plusieurs sont 
acerbes et non pas grossiers, chose assez rare au Moyen- 
Age. La malignité revêt ici un certain caractère de bonne 
humeur, et l'écrivain conduit son allégorie difficile avec une 
remarquable dextérité. Il a des expressions heureuses, des 
rencontres de mots, des sous -entendus piquants, grâce 
auxquels on ne perd jamais de vue ce dessein hardi, 
curieux, bizarre, qui [consiste à parler moulin pour faire 
comprendre fourberie. 

Mais, quel que soit l'intérêt de la mise en œuvre, c'est à 
coup sûr l'idée même de ces Vers symboliques qui mérite 
davantage de nous attacher. Insistons un peu sur ce point, 
car, à cet égard, presque toutes nos poésies satiriques se 
ressemblent. Il suffit de les parcourir et de les comparer 
pour deviner comment elles furent d'abord conçues, puis 
composées. Un habitant d'Arras — bourgeois ou ménestrel, 
il n'importe — éprouvait le besoin de médire d'un certain 
nombre de ses concitoyens. Mais il comprenait aisément — 
ce qui témoigne chez lui d'un sens artistique assez éveillé 
— qu'il ne devait pas se contenter de dresser en vers le 
catalogue de ses ennemis en accolant à leurs noms quelques 
paroles de réprobation. Il [cherchait donc à les grouper, et 
se préoccupait d'avoir un cadre où pussent entrer tous 
ensemble ceux qu'il prétendait railler ou flétrir. L'allégorie 
du moulin trahit ce souci d'unité. Mais ce souci, l'examen 
de nos autres pièces va nous prouver qu'il était constant 
et que nos mordants écrivains ne s'inquiétaient pas seule- 
ment de tourner leurs contemporains en [ridicule; ils 
tenaient à inventer une histoire, à créer une fiction qui 
donnât à leurs attaques une raison de se produire, et 




CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS DU Xin* SIÈCLE 



ai 



comme ils désignaient en peu de vers un grand nombre 
de personnages, leur goût ou leur instinct les avertissait 
que, faute d'un lien pour rassembler les traits épars de 
leurs satires, ils changeraient en une sèche et froide énumé- 
ration ce qui devait être une œuvre d'art. 

Nous avons parlé d'inventer des histoires. N'avait-il donc 
point d'imagination celui qui, voulant nous entretenir des 
membres du Puy, conçut l'idée, bien étrange assurément, 
bien folle aussi, mais cependant piquante, d'une descente 
en la cité d'Arras du Bon Dieu malade et cherchant de la 
distraction? N'est-ce point là un scénario qui eût fourni, 
traité par un dramaturge habile, maintes situations amusan- 
tes, et les thèmes de nos revues valent-ils généralement 
beaucoup mieux ? Nous n'insisterons point sur ces strophes 
si souvent citées. On observera seulement que, si bien des 
trouvères y sont jugés en termes blessants, l'impression 
qui se dégage de l'ensemble est favorable et au Puy et à 
la ville d'Arras tout entière. Plein d'un patriotique orgueil, 
l'écrivain se réjouit évidemment de compter au nombre 
de ces beaux esprits qui font de la capitale artésienne 
l'école des gens de lettres. 

Maintenant, voici deux satires semblables aux précédentes 
en ce sens que leurs auteurs se sont inquiétés aussi de 
trouver un cadre, mais différentes par la nouveauté de ce 
cadre même. Ici, pour grouper les personnages, on s'est 
avisé de les supposer confrères d'une association, d'une 
carité de fantaisie. Il s'agit d'abord (n° XV) de la carité saint 
Oison. Le nom du bienheureux qui protège cette corporation 
suffit à nous renseigner sur le caractère des confrères. Ce 
sont les pauvres de sens qui défileront devant nos yeux, et 
longue en sera la liste. Puis, comme il faut être complet, 
notre poète nous entretiendra d'une réunion de même 
espèce, mais, cette fois, composée de femmes. Bien entendu, 
ce n'est plus saint Oison qui préside, car jamais nos aïeux 
ne reprochèrent aux femmes de manquer d'esprit; ils les 
accusent, au contraire, d'en avoir beaucoup trop. Aussi les 
personnes de l'autre sexe dont les noms sont inscrits ici 
semblent -elles avoir brillé plutôt par une condamnable 
finesse que par la pudeur ou l'aménité. Leurs maris, que 
l'on mentionne à côté d'elles, font piteuse mine dans le 
ménage : à n'en pas douter, ils ne partageaient point le 




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BIBLIOTHÈQUE DES UNIVERSITÉS DU MIDI 



bonheur du charbonnier qui est, dit-on, maître chez lui, et 
pour bien des bourgeois d'Arras il n'était point vrai que la 
toute-puissance se trouvât du côté de la barbe. 

Les époux soumis et qui se laissaient conduire par le nez 
étaient, paraît-il, légion. C'est pourquoi Ton supposa mali- 
cieusement qu'ils avaient, comme leurs peu tendres moitiés, 
mais non dans la même intention, fondé, eux aussi, une 
carité, la carité des Audouins (n® XVII). Les statuts de cette 
plaisante confrérie sont rédigés avec beaucoup de verve et 
d'agrément, et ce morceau a sa place marquée, dans l'an- 
cienne littérature, entre les Quinze joy es de mariage et la farce 
du Cuvier. Ainsi que le bonasse Jaquinot, un Audouin 
soucieux de ses devoirs, « aidera la buée à tordre » ; tandis 
que sa dame se réjouira le cœur en avalant de bon vin, lui, 
par économie, il boira « un grand trait de boulie ». Lorsque sa 
femme voudra se rendre à la messe, il marchera devant elle, 
portant le psautier, et, dans la maison, il ne parlera qu'à 
voix basse... ou recevra sur la tête la cuillère à pot. Madame 
a-tfelle ses vapeurs ? Monsieur se charge de la frictionner 
doucement. Si, par malheur, elle ne guérit pas, il élèvera 
vers le ciel des mains suppliantes et promettra, tout en 
pleurs, de partir en pèlerinage. L'ébauche est imparfaite, 
mais quelques traits sont gravés d'une main vigoureuse et 
déjà experte. Ainsi se forme le type éternel du mari faible et 
ridicule, qui ne sortira plus de la scène comique jusqu'à ce que 
Molière, par un coup de génie, en ait tracé, dans son Chrysale, 
le modèle achevé et, conséquemment, presque immuable. 

Ce qui distingue notre satire artésienne, c'est qu'elle est 
écrite pour une seule ville, voire pour un seul quar- 
tier. Les statuts des Audouins nous arrachent bien un 
sourire et nous louons là quelques qualités d'observation. 
Néanmoins, presque tout le sel de ces vers est perdu pour 
nous, et si l'on prétendait juger exactement la valeur de la 
pièce, il conviendrait de se transporter par l'imagination 
au milieu des bourgeois d'Arras assistant à la lecture d'une 
semblable poésie. Ce qui nous laisse aujourd'hui le plus 
froid était précisément ce qui les passionnait davantage, et ce 
vivant commentaire du texte — nous voulons dire les noms 
propres — excitait chez les auditeurs du xm* siècle une 
débordante gaîté dont nous ne saurions prendre notre part. 
Cette remarque s'applique à notre recueil entier. Avouons 




CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS DU XIII* SIÈCLE 



qu'il ne renferme aucun de ces ouvrages qu'un génie puis- 
sant crée pour l'éternité en les dotant non point seulement 
d'une durée, mais d'une jeunesse sans fin : nos petits 
poèmes sont autrement modestes, et toute prétention trop 
haute leur est défendue. Mais gardons-nous aussi de les juger 
d'après le goût de lecteurs pour qui ils ne furent point faits, 
et, si nous tenons à leur rendre équitablement ce qui leur est 
dû, replaçons-les dans le centre qui les vit naître et figurons- 
nous vivre au xm* siècle, entre les murailles d'Arras. 

Maintenant que nous avons examiné ces satires, composées 
d'après un thème de fantaisie et reposant sur une fiction, 
nous envisagerons un autre groupe dont l'intérêt historique 
est beaucoup plus grand. Ici l'écrivain n'a point cherché le 
sujet, et l'on dirait volontiers que le sujet a cherché l'écri- 
vain. Celui-ci s'est, en eflfet, contenté d'exprimer son opinion 
sur des événements réels, et ce sont les circonstances qui lui 
ont fourni des occasions de rimer. Les œuvres dont nous 
allons parler ressemblent donc assez à des chroniques en 
vers, — chroniques locales, bien entendu. 

Nous passerons rapidement sur le n° XVIII. Il est nette- 
ment divisé en deux parties : i° l'Église permet désormais 
le mariage « en tierc », ce qui désigne un certain degré de 
parenté que nous ne savons préciser; 2° le Pape ordonne 
que tous les gélibataires de quarante ans et au-dessus 
devront ou bien se marier dans l'année, ou bien se rendre 
à l'armée que le saint-siège a levée contre l'empereur. Ces 
brefs ont-ils jamais été donnés? Nous l'ignorons. Le premier 
ne suppose rien que de vraisemblable. Le second éveille 
en notre esprit bien des doutes. Quoi qu'il en soit, d'ailleurs, 
on devine que le trouvère tenait seulement à couvrir de 
ridicule certains ménages que la juridiction ecclésiastique 
avait séparés ou contre lesquels elle eût dû sévir. L'autre 
moitié de ce poème attaque à la fois les vieux garçons et 
ceux d'entre les bourgeois qui contractaient par intérêt des 
unions comiques et mal assorties. 

La pièce XIX reste pour nous plus obscure encore. Le 
ménestrel raconte qu'il arrive d'Angleterre; sa tante l'a 
chargé de se présenter à plusieurs habitants d'Arras à qui, 
trois ans auparavant, elle avait vendu quatorze sacs de 
laine. Les acheteurs lui refusent le paiement de cette dette, et 
notre texte énumère les noms de ces débiteurs indélicats. On 




BIBUOTHÈQUE DES U^OYERSITis DU MIDI 



comprend aisément que la laine figure ici des sommes 
d'argent; que certains personnages ont été tondus; que 
d'autres — ceux-là sont désignés — ont commis de hardies 
rapines. 11 semble, en résumé, qu'une société financière se 
soit livrée à une honteuse manœuvre dont elle aurait tiré 
de beaux profits. Mais expliquer la nature de l'opération, 
mentionner le nom des victimes, préciser la date du vol et 
du procès, voilà ce qu'il nous faut renoncer à faire. Au sur- 
plus, des querelles de ce genre se produisaient très firéquem- 
ment en cette cité de négociants et d'usuriers. Pour ce peuple 
âpre au gain et qui prétendait gagner toujours et ne jamais 
payer, mille occasions naissaient — surtout les impôts et 
les tailles — de chicaner les receveurs et les trésoriers, 
d'induire le fisc en erreur, d'avoir enfin maille à partir 
avec la justice. 

Cette considération nous amène à étudier en bloc quatre 
autres pièces de notre recueil (II, III, XIII, XXIV) qui dépas- 
sent en intérêt tout le reste de la collection et méritent au 
premier chef l'estime et l'attention de la critique». Il s'agit 
d'une contribution mal répartie et mal acquittée qui causa 
beaucoup de scandale et se termina par le procès de tous 
les coupables que l'on punit soit de l'amende, soit de l'exil. 

Il nous faut, pour l'intelligence de ces poèmes, donner ici 
quelques brèves indications sur l'administration financière 
d'Arras. 

Le tonlieu, droit prélevé sur les différents marchés, subve- 
nait en temps ordinaire aux dépenses prévues. Cet impôt 
pesait également sur l'ensemble du peuple. Mais si l'on se 
trouvait dans la nécessité de verser à l'improvisle une 
grosse somme, si le comte ou le roi — ce fut précisément le 
cas lors de l'affaire qui nous occupe — exigeaient, pour leurs 
besoins, la levée d'une taille considérable, alors, comme le 
budget régulier de la commune ne fournissait aucune 
ressource supplémentaire, les habitants qui jouissaient des 
privilèges de bourgeoisie se voyaient contraints de payer. 
Les membres de cette classe de citoyens riches, constituée 
à la façon des symmories athéniennes, étaient taxés au 
prorata de leur fortune. Leur premier devoir, lorsque les 

I. Sur la date probable de ces pièces, voyez plus haut S II ; pour plus de détails 
sur les circonstances qu'elles relatent, se reporter à notre prochaine étude sur 
Adan de le Haie. 




CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS DU XIII* SIÈCLE 



25 



seigneurs de la terre ou le prince régnant imposaient une 
aide, consistait donc à rédiger un brevet détaillant l'état 
de leurs richesses tant en immeubles qu'en espèces. En 
second lieu, ils déclaraient par un serment solennel que le 
contenu du brevet était exact et véritable. On apportait 
ensuite les brevets à Thôtel de ville, et les douze échevins 
avaient à fixer la quote-part de chaque contribuable pro- 
portionnellement à ses ressources, dûment établies par 
l'acte authentique et la formule sacramentelle. Les opéra- 
tions de l'échevinage, contrôlées d'abord par l'assemblée de 
la Vintaine, étaient enfin soumises à l'approbation de quelque 
personnage de marque — dans le cas présent, Fabbé de 
Saint-Vaast, — dont l'autorité donnait à la loyauté des taxés 
et des taxateurs une suprême garantie. 

Malgré ce luxe de précautions, ce système à la fois naïf et 
compliqué ne présentait guère que des inconvénients et 
ouvrait la porte aux abus. Les différents intéressés exerçaient 
la fraude en trois manières : i** Les bourgeois remettaient de 
faux brevets, où ils diminuaient la valeur de leurs immeu- 
bles, n'avouaient pas la totalité de leurs rentes. Si leurs coffres 
renfermaient de bonne monnaie neuve, elle se métamorpho- 
sait, sur l'acte justificatif, en pièces anciennes ét hors de cours. 
Quant au serment, ils le prêtaient d'un cœur léger : ce détail 
ne les embarrassait point. — 2° Les échevins déchargeaient 
presque complètement leurs parents, amis et connaissances; 
puis, comme il fallait pourtant atteindre le total fixé, ils gre- 
vaient les indifférents ou leurs ennemis, qui payaient pour 
eux et pour les autres. — 3° Les membres de la Vintaine, mus 
par des considérations identiques, fermaient les yeux sur les 
iniquités qui servaient leurs calculs ou leurs vengeances et 
ne contrôlaient qu'à bon escient. En conséquence, aucune 
levée d'impôt ne pouvait se terminer autrement que par des 
récriminations, des querelles, des procès, des condamnations 
et, très souvent, le personnage respectable qui s'était chargé 
de la haute direction de l'affaire et de la dernière vérifica- 
tion, finissait, soit faiblesse, soit impuissance, par être 
gravement compromis. (Voyez Index des noms propres, au 
mot Abbé.) Mais ces manœuvres déloyales devinrent bientôt 
tellement ordinaires que ce ne fut plus que pour la forme 
que l'on exila les coupables ou qu'on les punit de la prison. 
Les bannis ne tardaient pas à rejoindre leurs foyers, les 



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BIBLIOTHÈQUE DES UNIVERSITÉS DU MIDI 



captifs « faisaient leur paix » pour quelques écus, et la vie 
reprenait son train habituel jusqu'à la prochaine taille. 
(Voyez V Index des noms propres, aux mots Jacques le 
Cornu^ Robert Crespins, Henri Nazart.) Gomment en 
eût-il été autrement, puisque ni les seigneurs, ni même le roi 
n'avaient le moyen de se passer des usuriers? 

Nous espérons que les éclaircissements qui précèdent aide- 
ront à l'intelligence de ce groupe de poésies. Ajoutons pour- 
tant que l'on ne saurait bien les entendre, avant de s'être 
rendu compte de leur caractère commun : l'ironie. L'auteur 
ou plutôt les auteurs qui les composèrent ont tous usé de 
cette figure, en sorte que souvent il convient de comprendre 
juste le contraire de ce qu'ils expriment. Prétendent -ils, 
par exemple, qu'un bourgeois est tombé en pauvreté? Cela 
signifie qu'il feint la gêne sur son brevet, malgré sa réelle 
opulence. Soutiennent-ils que le roi défend à ses sujets la 
sincérité? Le simple bon sens indique ici que jamais inter- 
diction de ce genre ne fut prononcée. Un citoyen est -il 
qualifié de « preudoms loiaus » ? Concluez qu'il s'agit d'un 
fripon. Parle -t- on de son «gentil cuer»? Il a commis 
quelque turpitude. Ainsi du reste. Point d'éloge, excepté 
celui de l'abbé, qui ne soit une antiphrase. 

Cette ironie constitue le principal mérite littéraire de 
ces pièces et notamment de la XXIV% la plus fine, la 
plus remarquable du groupe. On reprocherait volontiers aux 
autres, malgré leur réelle valeur, de la déclamation, du 
convenu, de la redondance, parfois de l'affectation. Mais 
cette dernière échappe à de pareilles critiques, et sa mor- 
dante précision, qualité si rare à cette époque, lui gagnera 
de légitimes éloges. Peut-être est-ce le seul morceau du 
recueil qui révèle un travail méthodique. Partout ailleurs 
les poètes ont donné libre cours à une fantaisie parfois 
heureuse, mais toujours désordonnée. Celle-là — notons-le 
bien — fut composée, nettement divisée en trois parties : un 
début ingénieux sans prolixité, sans sécheresse; une énumé- 
ration des bourgeois faussaires et parjures, chaque nom étant 
suivi de réflexions caustiques; une conclusion qui flétrit 
les échevins prévaricateurs et déplore le malheur de la cité. 
Ce sentiment patriotique est exprimé, du reste, dans les 
quatre satires concernant l'impôt. Visiblement fiers de leur 
pays natal, nos trouvères ne gémissent pas tant sur les 




CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS DU XUV SIÈCLE 



crimes de leurs compatriotes que sur le tort subi par la ville 
d'Arras, ruinée, disent-ils, et déshonorée, tandis qu'elle était 
jadis la parure et comme la reine et la fleur du monde. 
Pourquoi ne pas croire à la sincérité de cette plainte ? Dire 
que nos poètes ont écrit par amour de la vertu, qu'ils ont 
senti ces nobles transports d'indignation qu'excite dans les 
âmes austères le spectacle de la déloyauté, ce serait sans 
doute s'avancer beaucoup ; mais il n'y a point de naïveté à 
supposer que les manœuvres honteuses des échevins et des 
marchands aient pu blesser profondément des hommes 
chez qui l'amour du clocher revêtait souvent la forme d'un 
culte. 

Terminons cette étude sur les pièces satiriques en nous 
occupant de la XXIIP, que nous examinerons à part, vu 
qu'elle ne se laisse placer dans aucune des divisions que 
nous avons établies. Il ne semble pas, en effet, qu'on la 
doive rattacher aux poésies historiques. Elle traite, il est 
vrai, de la Prise de Neuville. Mais il ne s'agit point ici — du 
moins nous le pensons — d'un événement réel. Le poète vou- 
lait nous décrire une comique levée de boucliers, nous amuser 
par le récit d'un combat grotesque; il fallait bien qu'il diri- 
geât ses ridicules soldats contre un ennemi quelconque. Il 
imagine donc un siège de Neuville, choisissant peut-être 
ce nom parce que vingt cités le portent, et qu'il n'en désigne 
aucune parce qu'il en désigne plusieurs. Si l'on objecte 
que certains vers parlent d'échevins à nommer, de bour- 
geois qui aspirent à cette magistrature, nous répondrons 
que ces allusions sont trop fugitives et brèves, pour que 
l'on admette un instant qu'une querelle municipale soit 
le vrai sujet de la pièce. Nous la considérons donc comme 
une satire purement littéraire.' Que prétendait -elle railler? 
D'abord le langage des Flamands, ce lourd patois dont, à 
coup sûr, les Artésiens s'amusaient en hommes qui se 
piquent de correction et recherchent l'élégance. Cette paro- 
die fournissait une ample matière à de grossières équivoques, 
à de faciles calembours. L'écrivain se proposait ensuite de 
réjouir ses auditeurs par une piquante imitation des chan- 
sons de geste dont il imite fort heureusement la versifica- 
tion, le style, les formules. A plus d'un égard, la Prise de 
Neuville se rapproche du fableau d*Audigier, bien plus cru 
cependant, bien plus gauche aussi, et ces deux ouvrages 




BIBLIOTHÈQUE DES UNIVERSITÉS DU MIDI 



attestent que, longtemps avant TArioste et Cervantes, les 
poèmes et les institutions de la chevalerie avaient été battus 
en brèche. 

VI. Conclusion. — Telles sont nos vingt-quatre pièces 
artésiennes. Nous avons essayé d'en montrer l'exacte valeur, 
sans tomber dans cette illusion bien naturelle qui consiste 
à s'exagérer le mérite des textes que Ton publie. Comme 
on Ta vu, nous avons avoué la faiblesse des vers moraux 
contenus dans notre recueil : à quelques exceptions près, l'en- 
semble ne sort point de cette banalité pédantesque à laquelle 
ce genre paraissait alors condamné. La supériorité des satires 
ne saurait être contestée ; malgré bien des obscurités, des 
longueurs et des platitudes, elles demeurent tout à fait 
dignes d'être étudiées et, lorsqu'on les aura, par l'ima- 
gination, replacées dans leur temps et dans leur milieu, on 
ne leur refusera pas l'estime. Ajoutons maintenant une 
considération que le lecteur aura sûrement formulée avant 
nous et dont l'importance ne lui a point échappé : alors 
même que la valeur littéraire de nos textes serait moindre 
encore qu'elle ne l'est en réalité, ils resteraient cependant, 
à d'autres égards, très importants, très curieux. Sans insister 
sur l'intérêt qu'ils offrent pour ceux qui étudient la langue 
médiévale, il est, croyons-nous, permis d'aflBrmer que nul 
autre ouvrage de cette époque et de cette région ne jette 
autant de clarté sur l'histoire artésienne. Soit que l'on cher- 
che des renseignements biographiques sur ces bourgeois 
riches qui ont protégé les poètes et qui furent chantés par 
eux, soit que l'on ait à s'enquérir des nombreux incidents 
de cette vie municipale sans cesse troublée par des querelles, 
des procès et des révoltes, soit enfin que l'on tienne à 
connaître les mœurs de cette population si originale, les 
pièces que nous publions donneront des indications aussi 
variées que précieuses. On comprend dès lors les services 
qu'elles sont appelées à rendre. M. G. Paris a dit" que 
l'histoire d'Arras au Moyen-Age restait encore à faire. Rien 
de plus vrai. Mais, dans l'état actuel de la science, faute de 
documents et de précisions, une existence d'homme suflBrait 
à peine à semblable tâche. Comment s'étonner alors si les 

I. RomaniOf XX, 189. 




CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS DU XIIl" SIECLE 



39 



meilleurs esprits hésitent et renoncent même? Peut-être, au 
contraire, que cette célèbre école de l'antique poésie 
n'attendra pas trop longtemps celui qui exposera ses doc- 
trines en leur ensemble et qui nous instruira sur la biogra- 
phie de tous les trouvères, enfants de cette cité fameuse, si 
des travaux modestes, éclairant quelques points de détail, 
suppriment, pour l'historien à venir, une partie des recher- 
ches nécessaires et contribuent, grâce à des empiétements 
timides mais répétés, à la conquête complète de cette terre 
presque ignorée'. 

Voilà pourquoi nous avons publié ces pièces : nous espé- 
rons que cette édition facilitera quelque peu l'étude des 
questions artésiennes, et nous n'avons pas d'autre ambition 
que d'apporter une pierre à l'édifice futur. 

I. Nous apprenons au dernier moment que M. Franlz Funck-Brentano se 
prox)Ose de publier prochainement d'importants documents sur l'histoire écono- 
mique et administrative d'Arras au xiii* siècle. 




3ô 



BIBLIOTHÈQUE DES UNIVERSITÉS DU BIIDI 



NOTE ADDITIONNELLE 



Nous ne pouvons songer à étudier ici la langue des textes 
que nous publions. Cette étude demanderait un travail 
spécial, qui serait nécessairement assez étendu. Nous nous 
bornerons à faire remarquer Tétat de conservation presque 
parfaite où se trouve encore la déclinaison et à renvoyer, 
pour l'étude de la conjugaison, à notre glossaire, oii ont été 
signalées les formes les plus intéressantes. 

La pièce XXIII, qui est intentionnellement écrite dans 
une sorte de jargon, et dont le vocabulaire est, du reste, fort 
pauvre, n'a pas été dépouillée au point de vue lexicogra- 
phique; mais il n'est peut-être pas inutile de signaler ici 
les principales altérations par lesquelles l'auteur essaie de 
donner une idée du français barbare qu'il prête aux 
Flamands». 

I. — Suppression de eprosthétique : scoutés, i;stront, 9, 35; 
stoumie, i5; scoafle, 98; spede, i5i. 

IL — Aphérèse : 1° de a: doaber, 49; ceré, 83; pielé, loi ; 
vieré, 111; colés, 187; cerin^ i52; sanlé, i65. — 2° de e\ 
scoarcie, î5^. — 3° de au: mosniere, i42. 

IIL — Agglutination de l'article: los^ i3, etc.; laukant, 3i ; 
laïmant, 36; liretage, 62; lourse, 100; lariflume, 169. — Ad- 
dition de / ou n : leut, 172; nostel, 48, 67; neustes, 67; nert, 
i38; — de s : sorisons, i56. 

IV. — E antétonique remplacé par a: craver, 99; mané, 
110; vasti, îbo; masaise, 171. 

t. Notons, cependant, comme exemple, le cas sujet remjplaçant le cas régime^ 
prestra(Vh 6), /e2 (VHI, loi), saer(Vin, 107); mais on sait que ces trois mots se 
comportent d'une façon particulière. 

a. Je ne parle point des barbarismes ou mots déformés dans une intention 
comique; voyez sur ce sujet les notes au bas du texte. 




CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS DU XIII* SIÈGLE 



V. — Diphtongue oi réduite à o : sot, i ; croc, 2 ; {glore, 2 
se trouve dans maint texte picard); dot, 8; tros, 16; tro, 178; 
orendrot, 82; savor, 69; plos, 77; volot, 90; — diphtongue 
ai réduite à a : fat, 9, 85, etc.; sa, 62; sera, 69; frase, i45: 
tarons, i46. 

VI. — F remplacé par/ : farte t, 117. 

VIL — Erreurs sur le genre: masculin pour le féminin : 
foudre, 94 ; scoufte, 98; mosniere, 1/42; — 2° féminin pour 
le masculin: cordele, 88, i54; seZe, i53; fain, 172. 

VIII. — Erreurs sur la conjugaison (toutes au profit de la 
conjugaison en -er): haner, 92; retinter, 98; viner, 189. 

Voici, enfin, le relevé de quelques faits intéressant au- 
tant, ou plus, l'histoire de la versification que celle de la 
langue. 

E protonique s'élide devant une autre voyelle dans les 
suffixes -eeur (-atorem), VI, 49, etc., -eiire (-aturam), XXI, 70, 
et les mots but — beut (V, 58), abie = abeïe (XV, 78, 98; 
XIX, 89). Nient et crueus (crudeles) sont comptés comme 
monosyllabes (IV, 78; XII, 22; XVI, 178). Couroucier est 
réduit à courcier (XXI, 66). On sait que dans la langue 
d'Arras e a de bonne heure été sujet à tomber entre deux 
consonnes dont la seconde est r : ce phénomène est fréquent 
dans nos textes : /m (III, 96; VIII, 88); froient (XVI, 168); 
/rme(XXII, 126); Grart (XV, 48; XXIV, 119, 288); Grardin 
(XXIII, 170). 

Je signalerai enfin, outre une recherche évidente de la 
rime riche, les rimes êtes : refuse[z] les (XXII, 100); acesme: 
fente (VIII, 55-6). 

Il y a aussi un certain nombre d'assonances (on remar- 
quera que, dans la plupart des cas, Tassonance se rapproche 
de la rime si on admet que r suivie d'une autre consonne 
s'atténuait dans la prononciation) : los : tors (III, 68-6) ; 
estout: tout: court (III, 99, 102, io5); enfance : cinquante, 
conte (IV, 65-72); tombe : longe (IV, 78-5); ame: larme (VI, 
58-4); kanevas: lombars Çill, 81-2); ruihote: morte (XIII, 7-8); 
dames : blasmes (XIII, 62-8); confors : tors : repos (XIII, 97-9); 
Relenghe : hengle (XIV, 59-60); notorne : toune XVIII, i43-4); 
estre : oneste (XX, 87-8, et XXI, 35-6); rescous : rebours 




Su 



BIBLIOTHÈQUE DES UNIVERSITÉS DU BflDI 



(XXI, 109-10): loutres: tourtres (XXII, 65-6); arbre : Calabre 
(XXII, 73-4); Soucés: cers (XXIV, i43-4). 

L'hiatus se produit presque constamment après joa, çou, 
fréquemment après que, suivi indifféremment de a, e, i, o 
(V, io3; VII, 35, 59; XVIII, 59, 68, 69, 79, 106 (2 exemples), 
i5o, i5i, 161, etc.; XX, 48); moins fréquemment après 
entre (V, 66; XVIII, 11) et après se (IX, 12; XVIII, 102, 109). 
Nous citerons enfin comme cas isolés furkelle en (VII, 43 : 
peut-être faut-il suppléer ens) ; mande ^ on (XIX, 4) ; rente a 



(XXIV, 74). 




CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS 

DU Xlir SIÈCLE^ 



I 

197 Arras est escole de tous biens entendre. 

Quant on veut d' Arras le plus caitif prendre 
En autre païs se puet por bôin vendre. 
On voit les honors d' Arras si estendre, 
5 Je vi Tautre jor le ciel lasus fendre, 
Dex voloit d'Arras les motès aprendre. 
Et per li doureles vadou vadu vadourenne. 

Quant Diex fu malades, por lui rehaitier 

A Fostel le Prince se vint acointier. 
10 Compaignons manda por estudiier : 

Pouchins li ainsnés, ki bien set raisnier 

De compleusion, d'astrenomiier, 

Je vi k'il fîst Diu le couleur cangier. 

Car encontre lui ne se seut aidier. 
i5 Et per li dourele[s]. 

Diex a fait mander Robert de le Piere, 
Car dou vieil Fromont seut il la manière; 

I. Voici comment j'ai résolu les principales abréviations du ms. Bien qu'on 
rencontre la graphie pour (XII, iiA ; XIV, lo), j'ai écrit por, qui se trouve plus fré- 
quemment (VIII, Sg; XII, ii8; XII!, 69, etc.), et de même vos (V, 3). C'est la 
même abréviation (un p surmonté d'un a ou 0 indistincts) qui représente par et 
por; je l'ai résolue suivant les exigences de la grammaire. J'ai écrit mou((notS 
ainsi XII, 79; XIV, 49, etc.), corn (V, 109; VI, 62; VIII, 1 33 ; il y a pourtant con, 
VIII, 59 ; XXIV, 189) et, sauf indication contraire du ms., conme (XIV, 5), conmence, 
mais compaignon (XVI, 1 69). Que et gui sont souvent écrits par un h, et je respecte 
naturellement cette graphie; quand ils le sont par un ç ou un ç surmonté d'un i, 
je rétablis Vu, Enfin, j'écris en toutes lettres les nombres, toujours représentés par 
des chiffres. 

3 



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34 



BmUOTHEQUE DES CTITERSITês DU MIDI 



S'î vînt Ghikbm, Phelipos Verdiere, 
Et s'i est venus Roossians li tailliere. 
20 Ghiiebm canta de se dame ciere : 

Diex dist k'il sivra tons tans leur baniere. 
Et per li dourele[s]. 

Bretiaus s'est vantés k' a Dia s'en ira. 
Pins que tout li autre l'esbamera. 
25 II fist le paon, se braie avala. 
Celui de Beugin trestout porkia. 
IMex en eut tel joie de ris s'escreva. 
De se maladie trestous respassa. 
Et per li doureles. 

3o Or est Diex waris de se maladie. 

Gares vint laiens, ce fu vilenie. 

Et Baudes Becons, ki met s'esiudie 
197 En irufe et en vent et en merderic. 

De leur mauvaisté Diex se regramie 
35 Que se grans quartaine li est renforcie. 

Et per li doureles. 

Puis fist Diex mander un grant maisire Wike, 
De tous boins morsîaus seut il le fusike; 
Il n'a sen parel dusk'en Salenike, 
4o Ne millour de lui avoec home rike. 

Quant voit le roussole, durement s estrike. 



Et per li doureIe[8]. 



Doit on des mauvais recorder 
Por faire leur vie amender. 

Li hom quant au comencement 
Le cose loe et prise, 
lo Quant il vient au grant sairement 



II 



De canter ne me puis tenir : 
S'est drois que cançon face. 



5 



Or m'en doinst Diex a cief venir, 
K'as courtois mal ne face; 
Mais por rougir le face 



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CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS DU Xm"" SIECLE 35 



Çou c'a loé desprise. 

Loiauté n'a point mise 
En son cuer, mais grant fausseté; 
A sen oes fait trop grand viuté. 

i5 Je [ne vos os nomer nului, 
G'i aroîe damage. 
On voit tout cler, voir, au jour d'ui 
Par faus eskevinage 
Va no cités a rage, 
ao De coi li païs est destruis; 
En Arras, voir, assés en truis. 

Se je nome les Frekinoîs, 

Ce seroit vilenie, 
Ne Cossetens ne Poucinois, 
25 Ne ex ne leur maisnie. 

Je ne nomerai mie 
Garet, voir, car il est preudon : 
D'infer ara le grant pardon. 

Certes, çou est grans estrelois 
3o Et c'est cose grevaine; 
Dis mile livres de tornois 
Cousta ceste vintaine; 
Li cose en est certaine : 
Teus se plainst, je sai tout de voir, 
35 Que ce fu por le brice avoir. 

Je me lo mout des Poucinois, 
Et de trestous les frères : 

Jakes est sages et courtois. 
Et Simons est souffreres, 
4o Cholars n'est pas menteres, 

Pakès reset toutes les lois, 

Ki set entendre sen tiois. 

N'os nomer Robert Maraduit, 
Plains est de courtesie; 
45 En loiauté a le cuer duit, 

Ce dist bien se maisnie; 
Il het trop vilenie. 

Ne sai milleur de sen jovent : 

Jou l'oï dire Floevent. 



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36 



BDUOTHÈQIJE DES rMTBMSmS DU MIDI 



5o On me tearcnt, voir, a musart 
Se paroil des dpauwes 
Da gentil cuer Henri Nazart 
Et de ses grans lubaawes; 
N'a pas paroles flaawes, 
55 Ains est preadom, se je ne ment : 
n set bien faire un testament. 

Je n'ose nomer Aaddroi, 

Trop est de grant lignage; 
n fut preudom, si com je croî, 
60 En sen eskevinage : 

11 eut bien tesmoignage, 
198 Par foi, kil sist le taille a point; 
Mais li abes après l'en point. 

Willaume as Paus ala soudant, 
65 Com cil ki le set faire; 
Audefrois en ala enflant. 
Je sai trestout l'afaire; 
Taille convint refaire : 
De coi li abes fu déçus, 
70 Car ses contes fu tous boçus. 



ni 



1 

Arras ki ja fus 
Dame sans refus 

Del pais. 
Tu es confondus, 
5 Trais et vendus 

Et haïs. 
N'en toi n'a desfense 
Se cil ne te tense 
Ki en crois fu mis. 
10 Ti vilain ouvrage 
T'ont mis en servage, 
Por ce en dirai gnif! 

II. 63 On lit plutôt c fist », mais seoir la taille est une expression technique 
qui doit être rétabUe. 



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CHANSONS ET DITS ARTESIENS DU XIII*' SIÈCLE 



2 

E! Arras li biaus. 
T'es vile roîaus 

ï5 Des cités; 

Se tes apoiaus 
Fust vrais et loiaus, 

Faussetés 
N'i eûst poissance; 

20 11 n*a vile en France 
De ci dusk'a Miaus 
Qui fust plus cortoise; 
Te maie despoise 
Me fait dire gnauf! 

3 

25 Je me suis perçus 

Frekins as sorçus 
Est tous mas; 

Ausi m'aït Diex 

Tex en fist ses jus 
3o Et ses gas 

Par devant la face 

Li parra tel trace, 

Quant poins en venra; 

Qui d'autrui pesance 
35 Veut faire beubance 

On en dira gnaf! 

4 

Ore est aparans 
Li maus de lonc tans 
Porcaciés : 

4o II a bien trente ans 
Que li premiers pans 

Fu tailUés 
De le trequerie 
Dont li bourghesie 

45 Gist ore entrepiés. 
J'en ai grant engaigne 
Leur mauvaise ouvraigne; 
Me fait dire gnief! 



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38 



BIBLIOTHÈQUE DES UNIVERSITÉS DU BMDI 



5 

Li gros grains dekiet, 
5o Je di, qui k'il griet, 
Oiant tous : 

Quant a l'un meskiet 

A l'autre bien siet; 
Tous jalons 
55 Est cascuns d'esbatre 

Le verghe a lui batre; 

Nus n'est paourous 

De honte entreprendre; 

Jes en voel reprendre 
6o Et s'en dirai gnouf! 

6 

Certes je mespris : 
L'ome qui est pris 

Par mal los 
Quant de sen païs 

65 Ne veut estre oïs 
De ses tors, 
C'est moût laide cose 
Quant voukier ne s'ose 
Dont il fu nouris, 

70 Ne droit n'ose atendre; 
S'on le maine pendre 
Jou en dirai gnif! 

7 

C'est grant estrelois 
C'on fausse les drois 
75 Vrais escris; 

Me sire li rois 
Doit prendre conrois 

De teus cris. 
Point ne m'esmervelle 
80 Se li quens travelle 
■ Hardrés n'Aloris, 
Qui font le servage : 
De leur grant damage 
Doit on dire gnifl 



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CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS DU Xin" SIÈCLE 



39 



8 

85 Li rois qui ne ment 
Prendra vengement 
De leur cors; 
En mout grief tourment 
Seront longement, 

90 N'est pas tors; 

Langhe aront muiele; 
Passion novele 
Par devant leur mors 
Leur sera voisine : 

95 Goûte palasine 
Leur fra dire gnof! 



9 

Ne tieng mie a fol 
Guion de saint Pol 
N'a estout : 
100 Premiers baissa col 
198 V® Quant il vit sen vol 
Por le tout; 
Lors devint peskieres : 
En sekes gaskieres 
io5 U eve ne court 

Prist un pisson rike; 

Dusk'en Salenike 

En dist cascuns gnou// 



Cil de Givenci 
iio Sour borgne ronci 
Dur trotant 
Les rens i fendi; 
Une rois tendi 
Maintenant; 
ii5 Ce fu voirs sans faille 
C'ainques ni prist quaille 
N'aloe cantant, 
Ains prist tel verdiere 
Aine ne vi si kiere; 
lao Por ce en dirai gnauf! 

u5 Pour voin m neutre, cf. YII, 91, 



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IV 



Certes c'est laide cose 

Et mout grans descors 
Quant jouenes cuers repose 
Par dedans viel cors. 
5 S'adont aime, c'est grans tors : 
Il en naist mains lais recors, 
Et teux en cifle et cose 
K'en devant parler n'ose. 

Mout est dame blasmee, 
lo Quant ses plois a pris, 
S'ele veut estre amee 
Ne rentrer en pris; 
De s'amor c'est uns grans cris : 
C'est li viex tizons repris 
i5 Qui ne rent fors fumée; 
En deriere est huee. 

Je ne tieng mie a sage, 

Aussi ne fait nus. 
Home de grant aage, 
20 Puis q'il est quenus. 
Qui veut estre noviaus drus. 
N'a pucele rent salus : 
Il entreprent tel rage 
Qui li tourne a viutage. 



IV. Cinq couplets de cette pièce se trouvent aussi dans le ms. 846, fol. 68 y^, 
dans l'ordre suivant : 111, I, lY, II, YIII (nous désignerons ce ms. par B et ia6i5 
par A). Ces couplets, qui sont plus corrects et présentent un ordre meilleur, 
doivent être seuls authentiques ; les autres sont une glose locale (voy. les allusions 
contenues dans les derniers) ; nous imprimons néanmoins toute la pièce d'après 
A, pour ne pas troubler Téconomie de cette publication, ha. formule rythmique 
est certainement 6 a, 5 b, 6 a, 5 b, 7 b, 7 b, 6 a, 6 a; mais le glossateur, dans les 
couplets de son cru (sauf Y), a fait par erreur les vers a et 4 de six syllabes et a 
corrigé dans ce sens le couplet YIIl (le texte de B n*est pas correct non plus, 
comme le prouvent les rimes); nous laissons subsister cette irrégularité et corri- 
geons dans ce sens les vers 66 et 7A. Je dois à mon ami L. Sudre la copie du 
texte de B (dont je ne donne point toutes les variantes graphiques), ainsi que 
la collation d'un certain nombre de passages douteux des autres pièces. 

I a Chose i> B ; — a a et vilains recors »B;~4<Yili>A;a viez » B; — 6 à 8 
« De s'amours c'est uns descors et tex darriers l'en chose qui devant parler n'ose. » 

10 a Quant tous » A; ~ 11 et la a Qui puis vuet estre... ne monter » B; — i3 < u. 
laiz c. » B ; — i4 < c'est uns viez repris i> (sic) B; — 16 < par darriers » B. 

ao a Quant il » A; — ai « SU v. » A; — aa < Et p. » B; ^ a4 < hontage » B. 




CHAIfSONS ET DITS ARTÉSIENS DU XUl* SIÈCLE 



25 Puis que verdure passe 
Et nature faut 
Et couleurs devient lasse 
Et viellume asaut, 
Li dosnoiers petit vaut 
3o De car froide et de cuer caut : 
Trop grant doleur amasse 
Cil qui kiet en tel nasse. 

Dames, n'entendés mie 
Que je blasme amor : 
35 N'est déduis fors d'amie 
Bele sans atour 
Et de vallet de bel tour; 
Pruec k'il n'i ait ja folor, 
J'aim mout leur druerie; 
Ao Vieille amors soit honie. 

Je ne m'esmeryel mie 
Se jouene ame mesprent. 
Mais c'est grans vilenie 
S'ele ne se repent; 
45 Cuers jouenes jouenece rent» 
Et qui trop viellume atent. 
Volontiers s'i oublie; 
S'en est l'ame perie. 

Ki d'autrui se castie 
5o II en doit estre liés, 
Mais qui fait le folie 
Dont autre est castiiés 
Sovent est contraliiés 
Et a grant honte apoiiés; 
55 Li musars se cointie 
Sovent de se sotie. 

Dames et damoiseles 
Ki par amors amés 
Sans mauvaises noveles 
6o Vo siècle démenés; 

a5 a Quant v. » B ; — 37 à ag c Et colors estasse et viellece essaut ou donnoiemenz 
pou vaut » B ; — 3a c cil » manque dans B. 

Ao Après ce vers A ajoute : a N'i sai fors jalousie. » — A4 S*ele] « sil » A. — 
49 ss. Sur ce proverbe, voy. Ph. Simon, Jacques d'Amiens^ Berlin, iSgS, p. 19, note. 

56 A ajoute : a Puis li pert sestoutie. » 

57*60 c Dames viez réparées qui ensi amez en vilainnes soudées voz cors déportez » B. 



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43 



BDUOTHÈQUE DES U3mrEmSITiS DU lODI 



Quant borsieres devenez 
Et Tos tans est tous usés. 
Traies d'antre merele : 
Geste amoors n'est pas bde. 

65 Qnanqnes on lait d'mfance 
Et [par] desoos trente ans 
Diex le met en sooffinnce, 
199 a S'après est repentans 
Et de mal faire aiestans; 
70 S'antrement nse sen tans. 

Qu'il en ait bien cinquante, 
li anemis en cante. 

Autretant a de tombes 
En [la] Cité lasus 
75 De courtes com de longes 
Et de petis sarcus; 
Trop fier ne se doit nus, 
Nirat plus jouenes que kenus; 
Fols est qui ne s'atome 
80 D'aler u il ajome. 

C'est cose véritable. 
Et bien i a raison, 
li mors est soutîllable. 
Lues vient en traîson : 
85 Wailli et Mahiu Wion 

Ces deus face Diex pardon. 
Car il sont tesmoignable 
Que tous li monde est îàble. 

Et Âdans Esturions 
90 Bele mote ne doignons 

li est mout peu aidable 
En joie peimanable. 



Il n'est miracle ki rataigne 
Saint Tortue! de le montaigne. 



61 ...(quelques lettres ^ttées) c donc que vos bourses » A; — 63 c trtes tutr« 
mtrrele 1 6 ; * 64 « Si com flst U mortelle et comtette ptele » A. 



V 




CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS DU Xm* SIÈCLE 



Si VOS dirai raison coument 
On voit trestout apertement 
5 Les miracles et les vertus 

Que fait me sire(s) sains Tortus. 
Voirs est, me sire sains Roumacles 
Et sains Eloys font grans miracles, 
Mais sains Tortus les fait tondis : 
lo II fait les plus couars hardis. 

Quant uns hom est a grant meskief 
Se sains Tortus entre en sen kief. 
Il li déporte sen anui. 
Plus a de miracles en lui 
i5 K'en cinc cens pieres de cristal 
Dont on sermone sour estai. 
Sains Tortueaus a tel poissance 
K'il fait un viellart en s'enfance 
Revenir, et penser folie. 
20 Et si fait mainte feme lie : 
Quant a baisié saint Tortuel 
Et le seve de sen tuel. 
Lors veut danser et espringhier 
Et bien sovent ailleurs henghier 
25 A viel [home u] a baceler. 
Sains Tortus ne se puet celer. 
Il sont tante manière d'ivre 
199 b C'on en poroit faire un grant livre : 
Li uns reswarde vers le ciel: 
3o S'il voit tenir a sen sorciel 
Un cavel, lors en a engaigne ; 
Il cuide ce soit une araigne 
Qui lui voelle ses ex crever; 
Lors se paine de li grever 
35 Mais il ne set quel part tenir. 
On voit mout sovent avenir 
C'uns autres en est si destrois 
C'une cose li sanle trois. 
Uns autres veut tondis plaidier 
4o Mais ne li puet se lanwe aidier 
De raison nule que il die 
Que mailles ne li contredie. 
Uns autres porte lokerele. 
Si fait du grant markié ruele, 
45 Et volenté a de combatre. 
Mais il fait d'une voie quatre : 
V. a5 Quelque» lettres ont été grattée». - 35 Ne]. M», a ne t. 



44 



BIBLIOTHÈQUE DES UNIVERSITÉS DU MIDI 



Ne warde Teure qu'il kiet outre. 

Et uns autres derve de [foutre]. 

Mais il n'en puet venir a kief 
5o Et n'est li feme a grant meskief ; 

Quant a june home fait soulas, 

Dedens peu d'eure est il si las 

Sour s'uevre dort com uns porciaus. 

Assés en counissons de ciaus 
55 Quant maintes gens sont asemblees 
199 C De longes terres et de lees. 

Que li uns n'a l'autres connut, 

Ançois qu'il aient waires but 

S'enforce si li compaignie 
6o K'il content ja de leur lignie; 

Dist li plus sages au plus fol : 

« Dont estes vos?» — « Devers saint Pol. >> 

— (( De saint Pol droit? » — t Voire, en le vile. « 

— « La mest me mere dame Ghille 
65 E[t] mes pères sire Coustans 

Entre eus deus plus de trente ans. 
Et menèrent si bele vie 
Conques encore par envie 
N'estriverent li uns a l'autre. 
70 Vos estes mes cousins en autre. 
Je vos vois mout bien ravisant. » 

— « Amis, k'alés vos devisant? 
Je vos afi de mes deus mains 
Vos estes mes cousins germains. » 

75 Lors s'entracolent, s'i font feste. 
(( Amis, je vos tieng mout a beste 
Que vos ne m'antés plus sovent. » 

— «A foi, li cors Diu me cravent, 
Quant iencor hui matin savoie 

80 Ke jou si fait parent avoie? » 

— (( Que fait mes niés Tibers d'Astices? » 

— t(Par foi, il n'est ne fols ne nices: 
Onques si courtois cuers ne fu »... 
Uns autres jurés jeté el fu 

85 De vin plain une hanepee; 
Li tiers jurés sake s'espee 
Qu'il cuide amender cel outrage : 
Es vos deffait tout le parage. 

A8 Le dernier mot, quoique gratté, est encore lisible. 

83 Après ce vers, il y a une lacune évidente, produite sans doute par un bourdon. 



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GHANSOIffl ET DITS ARTESIENS DU XIII* SIÈGLE 45 



Li ostes vient de se besoigne, 
90 Qui de le noise ot grant vergoigne : 
199 d wSignor, dist il, vos estes fol! 
Mal dehé ait par mi le col 
Qui le mellee coumença ! » 

— tt Biaus dous ostes, entendés ça, 
95 Dist uns jurés, li plus sénés. 

Je croi je soie li ainsnés; 
C'est aumosne d'abatre noise. » 

— « Je Yoel mout bien c*on le racoise, 
Dist li ostes, si m'aït Dex, 

100 Ains que le sace li baillieus, 
Ne cil Huars de Heudecourt : 
Il tiennent un home trop court 
Tantost que il fait musardie. 
Et si n'est nus qui le desdie. 

io5 Qui comença ceste mellee? 
Cil grans a cele teste lee 
S'est combatus contre ces trois? » 

— « Par foi. » — « Dont ert fais uns otrois. 
Fait li ostes, si com dirons. » 

iio — « Mout volentiers Totroierons, » 
Ce respondi li compaignie. 
Cele pais fu si bien lignie 
K'ainc nel seut maires n'eskevins : 
Cele racorde fist li vins. 

ii5 Signor, assés le poés croire, 

C'on fait maint malisse par boire. 
Et neporquant, quant il s'eskiet. 
En bevant fait on tel markiet. 
De coi mains preudom s'est waris : 

120 Ce tesmoigne Jehans au Ris. 



VI 

Signeur, je vif de trufoier : 
Se trufoie lui com trufoie ier 
En maint liu ère mal venus : 
Ja mais ne voel mètre men us 
5 En dire trufe ne mençoigne; 
200 a Je ne truis prestre qui m'enoigne 

VI. 6 Enoigne]. Ms. « enjoigne ». 



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46 



BIBLIOTHEQUE DES tTHIYERSITES DD MIDI 



De me trufe sens repentir : 
Por çou n'ai cure de mentir, 
Ains dirai pure vérité : 

10 J'ai awan en tel liu esté 
Âssés près de ci, a Gamape, 
C'une vielle ot entour se nape 
Envolepé grant beesoufle; 
Une truie qui bee et soufle 

i5 Saisi le tourtel en se geule; 
Mais li vielle de se keneule 
Le vait caçant de rue en rue : 
De grans caillaus sovent le rue. 
Entre li et sen fil Brissot, 

ao Dont il se tint après por sot; 
Aine tant ne seut cacier ne ceure 
K'il peûst son tourtel resceure. 
Et quant li vielle a entendu 
K*ele avoit son tourtel perdu, 

2 5 Lors dist un mot et sans ramprosne : 
(( Biaus dous fiex, je doins en aumosne 
Gel tourtel pour Tame ten pere : 
N'eut plus preudome en un empere : 
Nos n'avons del tourtel que faire, 

3o Et on doit bien por s'ame faire. 
Que Diex li face vrai pardon : 
Certes ci a mout rice don! » 
Ensi est il du markaant, 
Ki va l'usure costiant, 

35 D'alun, de poivre et de coumin : 
En infer vait tout son cemin 
Par angoisse qui le déçoit; 
Mais quant li truie l'aperçoit, 
Erraument le saisist et hape. 

4o C'est li porciaus qui tout agrape; 
Aucunes gens Tapelent mort, 
200 b Par çou que cascun prent et mort* 
Quant li hom gist ens en sen lit, 
Et il ne puet avoir délit 

45 De sen avoir, de se rikece, 

Ains a au cuer si grant destrece 
Qu'il set bien qu'il ne puet plus vivre, 
Erraument sen avoir délivre 
En le main de quatre venteurs, 

5o G'on apcle testamenteurs ; 
Iceste aumosne est aussi bele 



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CHANSONS ET DITS ARTESIENS DU XIII* SIECLE 



Gom del tourtel de le napele 

Que li vielle dona pour Famé 

De sen baron, c'ainc n*i eut larme. 



VII 

Bien ait mariages ounis : 
De coi nus cuers n*est desenis, 
Que quant il est bien moïnés, 
Dont est cascuns bien asisnés : 
5 Li viex prenge vielle roullant, 
Et li vielle viellart crollant, 
Li jovenciaus la jovencele. 
Des que viellars prent la pucele 
Et il ne puet tenir estiere, 
lo Si m'aït Diex, il m'est aviere 
Qu'il ont perdu tout leur soulas : 
Se cele est lasse, cil est las; 
Le jovencele est mout a ente, 
Quant vint tans use se jovente 
i5 Avoec sen malostru viellart, 
De maltalent ses cuers U art; 
Et du siècle est si trespassés, 
Li dame, qui aine n'eut sen ses 
De çou que nature semont, 

20 Se teste drece contremont. 
Lors reconmence le cercel : 
Erraument prent un jovencel, 
K'ele veut faire sen délit. 
200 c Mais je croî qu'ele i ait falit : 

25 Tantost que li joueniaus l'a prise. 
Tout aussi se vielle mesprise 
K'ele fist sen premier mari; 
Lors a le cuer si esmari 
K'en li n'a sens ne courtoisie, 

3o Ains entre en une jalousie : 
Ensi a tout sen tans perdu. 
D'une autre cose ai entendu, 
Que miex vaut moiene rikece 
Ke trop avoir avoec destrece : 

35 Çou est vertés, si com je cuit : 

Vil. i4 Vint tans]. Corr. c vint ans » ? 
17 Si], Corr. « cil»? 



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BIBUOTHIEQUE DES irniTERSITÉS DU MIDI 



Trop likes hom n'a nul déduit 

De le disme tant com on cuide. 

Tout adès a mis son estuide 

En sen grant avoir amasser : 
4o Tel paour a du bien tenser 

K'en lui n'a ne soulas ne ris; 

Quant il escoute une soris 

Qui furkelle [ens] en ses carbons, 

"feux jus ne li est mie bons ; 
45 Grant paor a de ses trésors; 

C'est avarisses mout très ors, 

Dont li hom est en tel dangier; 

S'aucuns le voloit laidengier, 

Il n'oseroit celui respondre 
5o Por sen avoir c'on ne Teffondre, 

Lues qu'il ot parler de le taille 

Dont reconmence se bataille; 

Et se il ot crier le fu 

Aine mais si dolans cuers ne fu; 
55 Paor a de se manandie 

Que li fus ne li contredie. 

Si fais cuers ne puet joie avoir. 

Par aucun le poés savoir 

Que a Paris et a Biauvais, 
200 d 6o Par foi, sont tout li trop mauvais. 

Il n'est déduis fors souflBsance, 

Et avoir vraie counissance. 

C'est ventés, je n'en dont mie : 

N'est lais amis ne laide amie, 
65 Mais çou qu'il plaist, çou est ricoise 

Et de mener vie courtoise. 

Qui trop amasse sans raison. 

Il pert sen tans et se saison. 

Et s'est au siècle viex tenus, 
70 Jouenes, moiiens, viex et kenus. 

Or parlerai de le clergie : 

Ele est de vent trop aengie; 

Par trop savoir et trop aprendre 

Voit on bien en le foi mesprendre; 
70 Miex vaut uns boins moiiens clers veules 

Que trop savoir por cauper geules; 

Teux est veules qui se repent; 

Mais qui trop set et trop aprent 

60 Tout]. Ms. « trop » ; cf. v. 94 et 9C. — 65 Qu'il], corr. « qui ». — 66 El], 
g est )». — 70 Moiiens). Ms. « moiiens •. 



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GHAKS0N8 ET DITS ARTÉSIENS DU XUI* SIÈCLE 



Il fait les laies gens mescroire, 

80 Et mespenser de cose voire. 

S'uns clers est trop sos par nature, 
Nus sages hom n'a de lui cure; 
S'il est trop sages ensement 
Il entre en tel apensement 

85 De quoi bien l'en puet meskaïr. 
Trestout le trop doit on haïr. 
S'uns hom a trop de povreté. 
On le retient en grant viuté; 
Après s'il a trop de rikece, 

90 Ses cuers maint en trop grant destrece. 
Çou que je di çou est tous voirs : 
Moiiens sens et moiîens avoirs 
Puet bien venir par devant Diu, 
Mais tout li trop n'i troevent liu; 

95 Moiiene cose va covrant, 
201 a Mais tout li trop n'ont nul garant. 



VIII 

Quand enviex son voisin voit 

Qui se maintient si com il doit» 

A peu que d'envie ne crieve; 

Quankes il puet li nuist et grieve; 
5 Ce ne naîst mie de bonté. 

Et quant il a par tout conté 

Trestous les maus qu'il onques fîst : 

« Vos ne savés [le] fait c'on dist? 

Cil vîniers vent vin a mestraîl, 
10 Cil boulenghiers pain a retrait, 

Cil macecliers car soussamee, 

Et me voisine s'est clamée 

De Cabillau le pissonnier, 

Ki li vendi tel pisson ier 
i5 On i peQst mengier le mort. » 

Li en\'iex adies s'amort 

De raconter autrui meffait. 

Fols est qui trop d'anemis fait : 

Envie en fait assés avoir; 
20 Cascuns le puet par li savoir : 

Si vos dirai par quel raison. 

Quant li hom passe muîson 

4 



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5a 



BIBLIOTHÈQUE DES UNIVERSITÉS DU MIDI 



Qull est auques souraagiés, 
Rices d'avoir, emparagiés, 

25 Et s'ait le cuer plain de noblece 
Et k'il ait kier fbste et leece, 
Li enviex par mokerie 
Dist lues que c'est redoterie. 
Fait li autres : « Bien est u prendre : 

3o De riquece se puet deffendre 
Envers le contesse d'Artois. » 
Es vos hpni Tome courtois, 
G'on l'asiet lues a une taille. 
301 Ja mais n'iert eure sans bataille. 

35 S'il est jouenes et volentius 
Et d'oneur faire talentius 
Et k'al siècle soit grassieus, 
D'envie muert li envieus ; 
« Por le cuer beu, ce puet bien estre : 

4o Cil maine vie si onestre 
Et si est de si grant renon! 
N'est parole se de lui non : 
U n'a mie passé deus ans 
K'il n'avoit pas quatre besans, 

45 Si m'aït Diex, en sen catel. 
Or parole en de sen os tel. 
Et si voi bien a sen afaire 
Trestout l'ouvrage qu'il set faire. 
Foi que doi vos, çou est uns 1ère, 

5o Uns mauvais hom, uns baretere. 
Et bien verés ens en le fin 
K'en sen luire n'a point d'or fin. » 
Li enviex ne se puet taire, 
Por sen félon cuer de pute aire : 

55 Quant il voit une preude feme 
Qui bel s'atorne et bel s'acesme : 

— Aucune en est bien acesmee, 
De son signor veut estre amee; — 
S'on ne s'atorne si com doit 

6o Sen compaignon le mostre au doit : 
« Esgarde la que ce puet estre. 
Je cuit qu'elle est amie a prestre. » 

— a Je le voi sovent en Cité,» 
Fait li autres, «li liiceté 

65 De sen; baron» le grant wihot» 

69 8'on|* Corr. as*or»? 



X 




CHANSONS ET DITS AUTÉSIENS DU XIIl" SIECLE 01 

Qui bien le set et si le gotl 

Il en reçoit mainte goulee. » 

Lors parolent a le volée. 

D'autre part s'ele est papelarde 
201 c 70 Et k'ele en Diu se mete en garde: 

« Voi, fait li fel, de le beghine, 

Com ele gist sovent sovine : 

Je counois bien sen pere en Diu: 

Je le vi ja en un tel liu 
75 U ele fu bien confessée! 

Je sai trestoute se pensée : 

Tele make le papelart 

Ki en deriere pape lart. » 

Lors gabent les frères menus 
80 De jacobins et de rendus : 

Si faite gent doit on larder 1 

Por çou se doit feme warder 

Et li tenir moienement 

Et vestir d'un tel warnement 
85 G'on ne l'en tiegne por ribaude, 

Ne trop beghine ne trop baude, 

Mais maintenir selonc l'usage 

De sen mari, si fra que sage: 

Car puis que feme est mariée 
90 Ailleurs ne doit estre vouée 

Fors seulement k'a sen mallel 

Qui espousee l'a d'anel; 

Et cil se tiegne a se femele, 

Dont est li cose bone et bele. 
gS Au mostier s'en voist par raison 

Et puis s'en viegne a se maison. 

Si prenge warde a se maisnie : 

En çou n'a point de vilenie. 

Cinc fies l'an voist confesser 
100 Par tant s'en pora bien passer; 

G'on voit le fel esmervillier. 

S'il voit trop feme consillier 

A un home de car et d'os : 

(( Encontre ouneur torne le dos, 
io5 S'est grans perius qu'il ne meskiece. w 
201 d Uns hom puet tant entour se nièce 

U se suer repairier sovent 

G'on dist tantost qu'il i a vent 

Et que leur vie est conmunaus, 
iio Soit voirs u soit a devinaus. 



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BIBLIOTHÈQUE DES LMVERSITÉS DU MIDI 



C'est vérités, si com moi semble : 
Ja ne querrai deus eus çnsamble : 
Par foi, se il ne sont de fer. 
Souvent sont courelier d'infer. 

ii5 Se feme est a un lés tentée 
A l'autre lés liegne l'espee; 
Encontre li se doit combatre 
Et por les mesdisans abatre 
Et li oster de soupeçon. 

1 3o J'oï ja dire d'un maçon 
Qui estoit en faide mortel 
Tant demoura en sen ostel 
Que j'oï dire et tesmoignier 
Que li maçons n'ot que mengnier 

125 Par famine s'abandonna: 
Au siècle vint, si maçonna; 
Quant il vint a sen labourage 
U faire deut sen maçonnage. 
D'une main sen martel tenoit 

i3o Et de l'autre se deffendoit 
De ses anemis par deriere. 
Or oiés com faite manière, 
Com il ouvroil a grant meskief 
Por Avarandir lui et sen kief ! 

i35 Ensi est il d'aucune gent: 

S'uns hom se maintient bel et gent 

Li uns le fiert d'un gavrelot 

Et li autres d'un avrelot : 

Or est raisons qu'il se delfenge, 

i4o Et d'une main si bel despenge 
Et de l'autre si wa&ignier 
302 a Qu'il puist despendre et espargnier. 
Si doit estre de porveance; 
Tout sans orguel et sans beubance 

i45 Doit il porquerre de saison 

Çou qu'il covient en se maison. 
Et tondis face ciere lie 
Et si se warge de folie, 
De fol plegier et de bataille. 

i5o Selonc le jor ait se vitaille : 
Ensi fera, sans lui grever. 
Ses anemis les cuers crever. 
Simons dist bien, c'est ses recors; 



1S9 à i3i Cf. Esdris, If, 4. 17. 



CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS DU XIIl* SIÈCLE 



Ausi de Tame com du cors 

i55 A portraitié ceste essamplaire; 
Ele doit bien seoir et plaire. 
S'uns hom est d'anemi tentés 
Saciés qu'il devroit estrc tels, 
S'il peke de le main senestre 

i6o II se defTenge a le main destre 
De confesser, de repentance, 
Et d'astenir, de penitance; 
Car Tanemis kî nos caupresse 
Ne het tant rien comme confesse. 

i65 Or nos doinst Diex si confesser 
De nos peciés et porpenser 
Ke tout soions en paradis, 
U la grans joie est a toudis, 
Et si nos doinst si maçouner 

170 K'a lui puissons l'ame douner. 



Rikes hom viex ti*op covoitex 

De paradis pert les osteux : 

Si vos dirai por quel raison. 

Quant lî hom passe muïson 
5 Ki par viellece est recreans, 
202 b II n'est mie mout ferm creans. 

Puis que ses tans est tous usés 

Et s'est riques et amassés 

Que cent mars puet bien l'an despendre 
10 Et autres cent por ses tors rendre 

Et de cent son catel acroistre. 

Se adont ne se veut counoistre 

Ne de mal faire ne recroit. 

Je di c'est truffé çou qu'il croit : 
i5 S'al mostier va, c'est par usage : 

Le crucefis reupe el visage 

Quant devant lui li rent se coupe; 

Mais Diex en fait après le loupe, 

K'en vîuté fait le cors manoir 
ao Et l'ame aler u il fait noir. 

L'ame est droit vers aublainsevele 

Si n'a talent k'ele revoie. 



IX 




BIBLIOTHEQUE DES UNIVERSITES DU MIDI 



Je ne cU mie s'uns pekieres, 
Ki n'est ne lufres ne trekieres, 

25 Ne ki ne set nul labourage 
Por le paor d'aler a rage, 
U.por se vie soustenir 
Et qui veut en ouneur venir. 
S'il se paine de waaignier 

3o De bel despendre et d'espargnier, 
Au point qu'on le doit, a Tiver, 
Diex ne le veut mie eskiver : 
Se dolans est de sen meffait. 
Et il bee a laissier le fait 

35 Tantost k'amender le porra 
Plus grant pité Diex en ara 
K'il n'ara d'un viellart quenu 
Qui le gent trait au pain menu. 
Rikes hom viex sans karité 

4o Ja Diex n'ara de lui pité. 



X 

202 c Nostre sires li rois poissans 

Qui de tous cuers est counissans 

Nos a un peu mostré de s'ire; 

Por çou le fait que c'est li sire : 
5 N'est nus mais très deseure lui. 

Nos li faisoumes tant d'anui 

S'il prendoit warde a nos mesfais 

Cascuns seroit tantost desfais. 

Qui çou ne croit il est erites. 
lo Diex fait ses coses par anites; 

Une eure fait vignes falir. 

Et le fourment si haut salir 

Que les gens vont de faim morant. 

S'il veut, il le rabaisse errant. 
i5 II fait anites de clapoires, 

Il fait falir pûmes et poires. 

Tele eure fait pûmes venir 

K'il fait clapoires defenir. 

Il fait une anite de roigne 
20 Dont mains preudom a grant vergoigne 

K'il ne se fine de grater : 



CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS DU XIII* SIÈCLE 55 



Li mauvais i voelent noter 

C'est uns rains de meselerie; 

Au grater n'a talent qu'il rie, 
25 Et si ne fine d'eskignier, 

Car li roigne le fait mengnier. 

Saciés, çou est cose certaine, 

Sour les cevaus fait venir paine. 

Une eure fait si grant froidure 
3o C'est merveille que nus hom dure; 

Après refait si grant caleur 

Ke li cras muèrent a doleur. 

Quant Diex veut, il fait une estoire. 

Il fait de gent si grant mortoire 
35 C'on s'en poroît esmervillier; 

Et quant vilains veut travillier, 
202 d II fait mortoire de brebis, 

Dont mains preudom est abaubîs, 

Et anites de bielos; 
4o U Diex veut, fait caït ses los. 

Anites fait de pauwellons. 

Mais de çou nos esmervillons 

Qu'il est une anite venue 

Dont trop se plaint li mains menue; 
45 C'est une anite sans raison : 

Li anite est de trâïson. 

Et si ceurt tout par tout le monde; 

Ne sai si digne ne si monde 

Qu'il n'en ait tout plain une huce. 
5o Li traïsons tout par tout muce : 

Ele est a Roume, ele est a Rains, 

S'est sour les princes souverains. 

Sour veskes et sour canceliers, 

Sour bourgois et sour chevaliers. 
55 Ore est ele en Arras entrée : 

Pieç'a c'on li a encontree. 

Par coi no vilè va a rage. 

Nus ne veut fait mariage 

Por grant avoir ne por argent, 
6o Ains le fait on por honir gent 

Et por bôine cité destruire : 

Cascuns veut mais son voisin nuire. 

Li mariages présentes . 

Por ofBsse ne baretés, 
65 A foi, li maie flame Tarde! 

Arras pert tout par maie warde. 



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56 



BIBLIOTHÈQUE DKS UNIVERSITÉS DU xMlDl 



XI 

Pas ne puet nus estre emboés 
Que d'avoir cri qui soit loés. 
Se par bone oevre ne demoslre 
Qu'il soit si fais com il se monstre. 
203 a 5 Se li hom maint en mal usage 
Et covrir veut de beghinage 
Sen ort pecié et se lussure, 
Teux vie ele est amere et sure 
Devant preudome a recorder. 

lo Mout covient haut le lit border 
Qui on veut de loinssiaus covrir: 
Qui en bien veut son cuer ovrir 
Il covient en ourant ovrer 
S*il veut a grasse recovrer; 

i5 Autrement grasse u point n'a d'uevre 
Vaut mains que tarte sans conduevre. 
Je l'ai bien esprové a mi. 
Nus ne counoist preudom n'ami 
S'il n'a a lui plait et couvent, 

ao Mais la set on s'il i a vent. 
Li couvenence, c'est li sausse 
De l'amor, s'ele est vraie u fausse. 
Par coi on puet counoistre l'oume 
Miex que du non dont on le noume; 

a 5 Meïsmes en pèlerinage 

Counoist on auques par usage 
Celui qui est amis de cuer : 
Li vrais amis ja en nul fuer 
Ne porra son ami laissier : 

3o S'en un bos entre por pissier, 
U por faire plus grant besoigne, 
Li vrais amis, qui de lui soigne, 
Le vait adès contreatendant; 
Et cil s'en vont adès plaidant 

35 Ki s'en passent legierement. 

Vrais cuers ne eus foireus ne ment : 
Si vos dirai par quel raison : 
Il sont tout d'une muïson; 
Li eus foirex ne puet mentir 

4o Et le vrai cuer troeve on entir. 



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CHAN80?iS ET DITS ARTESIENS DU XIII* SIÈCLE 



^7 



XII 

203 b Li sains recorde et velt prover 
Cil qui se melle de trover 
Doit bien waitier en quel saison 
Il puet mex dire par raison, 
5 Et por mains s'ame cuivriier. 
Conter vos voel sans detriier 
Por coi j'ai conmencié cest dit, 
Ja n'i ferai plus lonc respit : 
En Avens et en Quarentaine 

lo Se doit cascuns hom mètre en paine 
De miex dire q'en autre tans, 
Ne nus ne doit estre embatans 
En bordel, ne en lekerie; 
Qui en sains tans fait trequerie 

i5 II peke assés plus morteument 
K'en autre tans certainement. 
Le vos puis por voir tesmoignier. 
On deveroit Tome esmoignier 
Ki se langue tome a mesdîre. 

ao Or me covient d'autre mès dire 
Ke je n'ai fait duskes en ci : 
Saciés k'il n'a nient de vent ci, 
Ains dirai pure vérité : 
S'uns hom faisoit par mauvaisté 

a5 Devant sen huis une quarriere, 
Puch u marcais u tel perriere 
Par coi autres ettst damage. 
Ce nos tesmoignent li plus sage 
Que cil qui le perriere fait 

3o Doit amender tout le mesfait. 
Ensi est il d'aucune dame 
Qui a sen oes fait mout grant dame; 
Quant ele est vestue et parée 
Lors est se teste [si dorée 

35 Bien sanle image u crucefis. 
203 c Mais je sui tous seûrs et fis 

Que li lois ensegne et demostre 
Feme qui fait de sen cors mostre 
C'est la periere por caïr : 

4o Sages est qui s'en puet fuïr î 



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58 



UIBLIOTHÈQUE DES UNIVERSITÉS DU MIDI 



Quant li dame est en sen orguel 
Adont vait cembillant de l'oel 
Et regarde amont et aval ; 
C'est li manière du keval 

45 C'on maine vendre ens u markiet. 
Ses blasmes croist, mais ses los qiét. 
Je volroie, ausi m'aït Dius, 
Que l'ewesques u li baillius 
Leur fesist loier au toupet 

5o Trois festus mout près del huvet : 
Adont si porroit on entendre 
Se c'est kevaus c'on maine vendre. 
Mout est laide cose a spuffrir 
Qant la dame s'en vait offrir : 

55 De le teste vait coliant 

Après reswarde en belliant» 
Sovent estrike sen mantel 
Et de treces a plain boistel, 
Mais il en i a d'empruntées; 

6o Ses treces sont ausi entées 
Com li keue d'un esprevier; 
Je nel di pas en reprovier 
Ains le ramentoif doucement : 
Au mains veaus por le sacrement 

65 Se doit feme tenir plus simple 
Et un petit baissier se guitnple. 
N'est mie au gré de l'Apostoile 
Que feme passe de l'ortoile, 
S'ele ne cloce par nature; 

70 Ce nos tesirioigne TEscriture 
C'on doit le feme mout tencier 
203 d Qui fait visage de mercier. 
Cil qui fist toute créature 
Mist en feme tel portraiture 

75 Que par tant s'en devroit passer, 
S'ele ne veut se loi quasser. 
Cil markaant qui vont as festes 
Il font kierkier deseur lor bestes 
Mout grant rikece en lor toursiaus 

80 En sarpillieres et en piaus, 
En feutres et en kanevas ; 
Ensi le maine on as Lombars. 
En le moiienne est li rikece. 
Mais li dame deseur se trece 

85 Plake tant d'or et tant d'argent 



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CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS DU XIII* SIÈCLE 



59 



Que tout en sont ivre la gent. 

En le moiienne est li caroigne; 

Uns cors blesteus tous plains de roigne 

Je proverai, qui kel desdise, 
90 Que c'est fausse markaandise, 

Car on ne puet d^ fi savoir 

Le trekerie de l'avoir. 

Saciés qife c'est cose certaine : 

La s'aferoit une vintaine 
95 Assés mex k'en le draperie 

Por veïr cele trekerie: 

Quant li dame est fiere et argans, 

Ses cuers devient ausi cangans 

Com li faucons qui, par orguel, 
100 Ne daigne nis veïr de Toel 

Gel oisel u on Ta rué; 

Il a sen cuer viument mué 

Qui s'asiet sour un coulombiet; 

Sen signeur fait grant destorbier : 
io5 Adont le convient mètre en mue 

Tant que ses cuers mex li remue; 

Puis que feme s'en vait au cange, 
204 a Sen cuer met en un liu estrange; 

Ne daigne alet a sen oisel, 
II o Ains s'asiet sour un damoisel 

Et si werpist sen mariage 

U demourer doit sen eage; 

Qui a droit en volroit ovrer 

Pour sen vol faire recovrcr 
II 5 Si le mesist en un cetiailie. 

En anglet u en repounaile. 

Tant que ses cuers fust a point mis . 

Por faire honeur a ses amis. 

Saciés, malement se desvoie 
lao Feme qui a cretiaus se loie; 

C'est li castiaus de l'anemi ; 

Je l'ai bien esprové a mi 

Et ^ant pieç'a m'en sui perclus 

Que mains preudom en est decius. 



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6o 



BIBLIOTHÈQUE DES L NIVERSITÉS DU MIDI 



XIII 



I 

El Arras vUe, * 
De vos naist li ghile 
Dont vos estes en tel doleur; 
Tresk' en Sezile, 
5 N'a gent si nobile 

Gom d' Arras, ne de tel valeur; 
Mais li ruihote 
A no cité morte. 
Ce dient li plaigneur. 
lo Tailleur 
204 b Ont fait taille vilaine a peu d'honneur. 



Ains sainz Roumacles 
Ne fist teux miracles 
Com Diex fait le moiiene gent : 
i5 Troi home u quatre 

Voloient abatre 
Arras, et tout sucier l'argent. 
Mais Diex de gloire 
A fait tel estoire, 
20 Si vos dirai conment : 
Tourment 
I a fait avenir par leur grant vent. 



Cil de l'Estree 
Ont boni leur contrée; 
2i5 Par foi ensi leur met on sus; 
Cose est outrée, 
Raisons est mostree 
Dont ne se poent traire en sus; 



4 Sezilo] Ms. « SebUe », 
la Sainz] Me. aiainl». 
19 M». « i a f. ». 



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CHANSONS ET DITS ARTESIENS DU XHl* SIECLE 



61 



Par loi afaire 
3o Ont fait taille faire 

Dont Arras est esmus. 
Trop mus 
En est sire Audefrois et trop camus. 



4 

Ki ke se plaigne, 
35 Aucuns a engaîgne. 

Par foi, sour aucun eskevin. 
Tresk'en Bretaigne 
Set on bien l'ensaigne 
De le taille et de Torde fin; 
4o L'uns fait le moe, 

Li autres s'en loe; 
Willaume as Paus, Frekins, 
Crespins 

Li mainsiiés fist couronne sans orpin. 



43 Tresk'en Galisse 

Set on le malisse 
D'Arras, de le grant traïson; 
Par Saint Morisse, 
Ne doit en offlsse 
00 Demourer ki fait mesprison. 

Puis c'on le troeve 
Ovrant en laide oevre, 
Oster lues l'en face on ; 
Façon 

55 Doit avoir ensignie d'un ponçon 



Par felenie 
A on dit vilenie, 
Si m'aït Diex, del bon abé; 
Jhesus maudie 
60 Qui tel ribaudie 

A du preudome a tort gabé 

3o Ms. c ont fait tel t. ». — 33 Ms. c A. li camus ». (U correction est de 
M. G. Paris). 

35 Ms. € Aucuns en a». — 4o aXi uns. » — 43 « Crespin ». 



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6i 



BIBLIOTHÈQUE DES UNIVERSITES DU MIDI 



Ne de nos dames; 
Sour ex gist li blasmes, 
Et li ont fait viuté; 
65 Pité 
204 c Est de feme mesdire en crueuté. 



7 

Dehait cornelle 
Qui toute nuit velle 
Por un preudome decevok ; 
70 Quant drois soumelle, 

Li maus se resvelle, 
Saciés que j'ai dit de çou voir; 
Li cose est voire : 
Legierement croire 
75 Fait maint home doloir; 

Movoir 

Fait sen cuer si k'il pert l'autre savoir. 



8 

Foraine ordure 
Saciés que peu dure; 
80 Ensi com je Tos tesmoignier, 
Viande suré 
Ne vins de raspuro 
Ne honîst point le mal megnier. 
Raisons devise, 
85 Li cose est asise 

U parent doit glacier; 
Tracier 

Doit tant k'ele truist voie a hors mucier. 



9 

Mais felenie 
90 Orgueus et vilenie, 

Cele qui naist dedens le cors, 
Pautonerie 
Qui la s'est nourie 
Saciés n'en porroit issir fors. 

74 Le dernier mot n'est pas dans le ms. ; mais la mesure et le sens le deman- 
dent également. — 77 J'ajoute si pour rétablir la mesure. 



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CHANSONi ET DITS AtlTÉSIENS DU XUl" SIECLE 03 



95 Gose est certaine, 

Sainie de vaine 
Ne li est nus confors; 
C'est tors 
Se Tame de tel home est en repos. 



XIV 

Avoirs resanle le piloke 

G'on fait de poil a tout le loke 

Pour puceles esbaniier; 

Quant on voit l'une maniier 
6 Le piloke si conme doit, 

De cascune est mostree au doit; 

N'i a celi ki ne l'apele; 

La set on s'ele est laide u belle 

Por le piloke k'ele tient. 
10 Oiés, por Diu, k'il en avient : 

Tantost ke le piloke rent, 

Li compaignesse ki le prent 
204 d Est bien rewardee autretant 

Com cele ki le tint devant; 
i5 Tout çou est vérités sans faille; 

Quel part ke li piloke en aille, 

Li cuers delés les suit après : 

Cascune est del tenir engrès. 

Ça, Œguiet, ça, Sainteron, 
20 Ça, Mahalet, ça, Wauteron, 

Or ça, demisele Hersent, 

Renvoiés le nos en présent. 

Cascuns veut le piloke avoir: 

Ensi est il du grantj'avoir. 
a5 Quant li hom a grant manandie, 

Reubes, cevaus de Lombardie, 

Lors est amés et cier tenus, 

De toutes pars est bien venus; 

Et quant du siècle est trespassés, 
3o N'est mie tant connus d'assés 

Com cil ki après le reçoit. 

Saciés, laidement se déçoit 

9S«95 Ces vers sont d'une autre main et paraissent avoir été écrits par destuft 
un grattage. 



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G4 BIBLIOTHEQUE DES UNIVERSITÉS DU MIDI 

Cil ki autrui piloke warde, 

S'il ne se porvoit et rewarde, 
35 Ançois ke le piloke rende, 

Que Diex n'en ait une provende. 

Je vi ja un Huon Mouton : 

On ne le prisoit un bouton; 

Au point k'il se maison covri 
4o Mainte angoisse au siècle soufTrî; 

Orc est se piloke keiie; 

Je sai bien u je l'ai veûe. 

Waghes Wions en a se part, 

Ki as siens en done et départ; 
45 Audefrois si se part retient, 

C'ouneurs et preus et biens en vient. 

Savés cui je tieng mout a lorgne? 

Un grant, un lonc Gerart le Borgne; 
205 a II fu ja de mout grant renom ; 
5o Se peloke eut Baude au Grenon. 

Je vi Ermenfroi Kiepuce : 

U eut d'avoir plaine une huce; 

Puis l'eut Ermenfrois H Taillieres; 

D'ouneur faire fu travellieres. 
55 Or le reçoit Mahius, ses fins. 

Car il n'est mie sos naius. 

Je vi ja Jakemon le Noir; 

Il a laissié tout sen avoir. 

Or Ta cil Jehans de Relenghe. 
6o Du testament cascuns i hengle. 

Aussi vi jou Jehan Fourdin; 

On dist k'il gist en sen gardin. 

Sen cors ne pris une baulleske; 

Sen avoir reçut longue leske. 
05 Après vi jou un Maistre Adan ; 

S'ame est passée outre le dan. 

De sen avoir a un grant mont 

Se feme, voir, de Miraumont; 

Maucions a le remanant, 
70 Mais jou ni sai apartenant, 

Foi ke doi Diu, le pere nostre, 

Ki pour aus die patrenostre. 

Por çou devroit cascuns entendre 

A sen vivant de ses tors rendre, 
75 Ançois ke de mal fust souspris 

3g. Le mot « kil d a été gratté, mais il est encore lisible. 



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CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS DU XIII* SIECLE 



Me k'il fust de Tanemi pris, 
K'après le mort, au testament. 
Cil ki le tient rent povrement^ 
Ains en retient cascuns se pièce 
80 Qui k'il en poist ne qui k'il siece. 



Signor, li sains recorde, et si est vérités, 

Qu'il a en ceste vile diverses carités : 
205 1) L'une est de saint Antone, li autre de saint Main, 

Car j'en oc le service sovent et soir et main ; 
5 Li tierce est saint Mahiu, li quarte saint Tieton; 

Mais nule carité a tele ne tient on 

Gonme de saint Oison, le frère saint Gourdin. 

Mais nus n'i puet entrer s'on ne le set lordin. 

Iceste carités saciés qu'ele est saintisme; 
10 Nus n'en set raconter des miracles le disme. 

Que Dex fait cascun an venir por saint Oison. 

S'il estoit uns vilains qui, par foie ocoison, 

Vausist de lui mengier et fort vin n'i beust, 

Que grande maladie tôt eraument n'eiist. 
i5 Me sire sains Oison n'est ne glous ne leqieres; 

Deus puignies d'avaine a il assés plus cieres 

Que très tout le trésor signeur Robert Bernart. 

Saciés què c'est uns sains u peu a de renart : 

De trestos ses anuis doucement se déporte, 
ao 11 n'a en ceste vile, je cuit, si haute porte 

S'il muçoit par desous, qu'il n'abaissast le col. 

Un Robert Gastelet, par foi, tieng jou por fol 

Quant cele carité n'a pieç' a soustenue. 

Me sire sains Oisons est liés de se venue, 
a5 Et Jehans de Monci, cil de le Taillerie. 

Me dist des avant ier ens en rEuwillerie 

De ceste carité veut il estre diiens : 

On le doit bien piler por çou qu'il est baiens. 

Et Rogiers de Biaumont i sera bons sans faille ; 
3o U fust pieç* a outrés, je cuit, de se bataille; 

Perdue eûst se tere et se grant warison 

Se ne fust li proiere mon signeur saint Oison. 

XV. I, i5, etc. sains; 3, 5, 7, etc.; saint]. Ms. a s. ». 



XV 



5 




66 



BIBLIOTHEQUE DES UNIVERSITÉS DU MIDI 



En ceste carité est Raîmbelès Dur Pains, 

Hues Louchars ausi : cil est uns bons compains. 

35 Li fex Willaume as Paus, qui maint el grant marqiet. 
Par le consel sen pere a tant de sens masquiet 
Qu'il velt estre eskevins de ceste carité, 
Mais que Robert Cosses l'en a ja hors bouté, 
205 G Entre lui et un autre, Wibelet au Grenon. 

4o Saciés li carités est de mout grant renon ; 

Nus hom n'i doit entrer s'on ne le tient a lorgne. 
Por çou di je por voir que Sawalès li Borgne 
Est fols quant un sien fil n'i a fait pieç'a mètre; 
Li sains le velt avoir, ce tesmoigne li letre. 

45 Me sire sains Oisons conmande a ses amis 
Que dedens quinze jors i soit uns maires mis 
Qui li warge sen droit en ceste mortel vie. 
Mais li fix Grart le Gras en a si grant envie 
Qu'il en veut estre maires, soit a tort u a droit; 

5o Déporter ne s'en puet ki les bras li tordroit. 
Mais Jehans li Fouriers saciés pas ne l'otrie; 
Je quit que par ces deus no carités detrie. 
Mais en autre manière nos convenra ovrer : 
Se nos volons maieur soufissant recovrer, 

55 II nos convenra prendre quatorze bielos 
Et quinze pauwellons : cil jeteront les los ; 
Sour qui il escara, si en ferons maieur : 
A cest cop li plus sage en ont trop le pieur. 
Li sièges saint Oison est devant Pentecouste, 

6o Car çou est li saisons c'uns cras oisons plus couste; 
Qui bien le servira, grans ert li guerredons. 
Or vos voel anoncier uns si rices pardons 
Qu'il n'est nus sermoneres qui si grans les amaint: 
C'est de sainte Auweline qui ens el marès maint. 
65 Ses mostiers est qeus, or li covient aïue. 
U a en ceste vile une dame naïue 
Qui por sainte Auweline se doit bien travellier 
Et son mostier refaire et tote nuit vellier. 
E 1 Diex, com je connois une bone gourdine ; 
70 Qui li vauroit doner une seule fordine, 
On le poroit mener de ci dusk'a Feuci : 
On dist que c'est li feme Jaquemon de Monci. 
Sainte Auweline veut estorer une abie 
Ens en un grant marès qui est dehors Corbie. 
205 d 75 On va ja dienant c'on velt faire abeesse 

68 Et son]. Coït. « en son » ? 
75 Dienant]. Corr. «devinant»? 



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CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS DU XIII' SIECLE 



De le feme Alissandre, le suer dame mairesse, 
Por çou qu'en li n'a point ne barat ne cafarde, 
Ains tome ausi le col com geline lombarde. 
Mais li feme Audefroi dist que ja n'ert soufert, 

80 Car a sainte Auweline a tout sen cors offert, 
Et por un grant péril dont ele est escapee 
Audefrois li fist ja une uve capee; 
De sen grant caelit le vaut escerveler; 
Je cuit c'aucuns de vos en a oï parler; 

85 Si veut estre abeesse tôt par cele ocoison. 
Une autre binervele, li nièce saint Oison, 
Velt estre ceneliere, qui qu'en doie peser, 
Et par cele manière que m'orés deviser : 
Ausi rit a le perte conme fait au waaign. 

90 Andrius Wagons, se sire, s'il li faisoit mehaign. 
Lues seroit racordés por un peu de groiseles ; 
Ensi le nos tesmoignent dames et damoiseles. 
Por destraindre l'abie et le mex tenir court 
Vaurons faire ptovoste d'une de Simencourt. 

95 Car ele est gentius dame, n'en sai nule milleur; 
On dist que c'est li feme a Mahiu le Tailleur. 
J'eslesisse nounain, se Diex me puist aidier, 
Se ne fust li pesance que j'euc à Mondisdier; 
Mais on dist grant pieç'a : u li maie hars le penge 
100 Gel qui on fait anui, quant il ne se revenge! » 



Quant menestreus es lius repaire 
Bien est raisons ke ses sens paire 
Entour tens u il bee a prendre, 
Si ke cascuns i puist aprendre; 
5 ^ Car puis k'il vient entre la gent 
Por avoir reubes et argent 
U doit bien tel raison moustrer 
K'une autre fie puist entrer 
206 a Es osteus dont il a afaire. 
10 De cascun doit sen ami faire; 
Li menestreus ki est disieres, 
Il doit par droit estre eslisieres 
De cascun selonc çou k'il vaut, 
C'on ne le tiegne pour ribaut. 



XVI 




68 



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i5 Nus menestreus ne doit souffrir 
Por chose c'on li face offrir 
Ke, se haus hom fait vilonie, 
K'il ne paraut a se maisnie. 
Mais ke ce soit du reliver. 
ao Menestreus ne doit eskiver 
Nul gentil cuer por se poverte. 
Ne si ne doit estre soufferte 
Nicetès, s'uns haus hom le fait, 
Car pour çou sont ménestrel fait 
25 Qu'il doivent les mauvais blasmer 
Et les courtois del tout amer. 
Nus menestreus ne doit plakier, 
Mais as mauvais grans cols dakier, 
Et lor ovraignes recorder 
3o Por les mauvais faire amender, 
Car es boins n'a ke castiier. 
Or voel mon cuer esnetiier 
Com cil ki n'aime fors droiture : 
Çou nos tesmoigne l'Escriture, 
35 Quant Diex primes siècle estora. 
Si com cascuns de vos orra, 
Cascun oisel dona langage. 
Chevalier, prestre et mariage 
Fist li dous pères Jhesu Cris, 
4o Si com tesmoigne li escris, 
Et n'est çou dont dolors et pès 
Ke keûs est si fais tempes? 
Mains mariages est brisiés; 
206 b Nus chevaliers n'est mais prisiés 
45 S'il ne devient fors bareteres, 
Mauvais paiieres et ventere# ; 
Meïsmement no castieur 
Sont a le fie le pieur : 
De çou font li vilain grant feste; 
5o II jurent sovent par lor teste 
Nus n'est vilain se de cuer non; 
Encor ait chevaliers renon 
K'il soit et larghes et gentius. 
S'est il sovent mout volentius 
55 De faire une grant merderie. 
Certes çou est grant derverie 
Quant cil ki ensegnier nos doivent 

19 Du]. Ms. «de». 



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CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS DU XIU' SIECLE 



69 



Ce sont cil ki tous nos déçoivent : 
Si en sui forment esbahis, 

60 Li haut home de cest paîs 
Se sont tout asamblé ensamble 
Et concordé ont, ce me samble, 
K'il feront un muelin de vent 
De ceus qui ventent plus sovent 

65 Et ki mex sevent gent ourler 
E décevoir par bel parler. 
Or dist bien me sire Bertous 
Ke li molins sera siens tous; 
A qui k'en poist le fera mètre ; 

70 Si n'ara warde de remetre, 
Por nul solel ki jamais luise, 
En li a tant truffe et erluise 
Et vuidenghe ki Ta sougi! 
A çou k'il maint près de Blangi, 

75 II afiert bien et par raison 
Li muelins soit en se maison. 
Me sire Gilles Dolehaing 
A en son cors mout grant mehaing 
206 G Ki contrefait les menestreus : 

80 Mout les cifle quant vient entr'eus; 
N'a fors que vent en son boucel. 
Ne el signeur de Niedoncel; 
Gascuns en veut grant part avoir 
Pour çou c'ainques ne disent voir 

85 A nului de leur acointance; 
Loiautés lor sanle viutance; 
Et me sire Mahius de Trie 
De soufler onkes ne detrie : 
Il puet en mer sans aviron 

90 Gerkier entour et environ 

Et en trestous les quatre cors, 
Ja ne sera moilliés ses cors. 
Assés le set li conmunaus 
Ke me sire li cardonaus, 

95 Ki est nos Gastelains d'Arras, 
11 fait sovent joie de bras ; 
En acolees et en ris 
Est tous li cors de lui nouris ; 
Mes espauUes en a usées; 
loa Ja de lui n'ierent refusées 

58 Déçoivent]. Ms. a devoivenl ». 



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Grans promesses se on li rueve. 
Mais au doner vilment se prueve, 
Et nequedent, par estavoir, 
Si veut il le molin avoir. 

io5 Sour le maison le Castelain 
La le veront clerc et vilain, 
Que c'est uns lius u sovent hille. 
Or vient uns vens devers Noevile 
Ki cel molin craventera 

1 10 Tantost ke li vens ventera. 
Li sire fait ses os semonre 
Ja nus ne s'en porra reponre : 
Cil de Blangi, de Mentenai 
(Les noveles oï en ai) 
d ii5 Losinghehem, cil de Fauvain, 
Ki loiauté moustrent en vain, 
Cascuns aporte grant faussart, 
Li sire set tant de fausse art 
K'il vaura le molin abatre 

120 Tout sans lancier et sans combatre; 
A çou k'il set roter françois 
Il ara l'av^intage ançois : 
Li molins iert dedens sen més. 
Certes il est trop bien armés 

ia5 D'un wardecors de pel d'anv^^ile; 
Il n'a, je croi, dusk'en Sezile 
Nul gavrelot, s'on l'en lançast, 
Li cols a tere n'en glaçast, 
K'il ne saroit quel part aerdre. 

i3o II ne veut pas le molin perdre. 
Et bien saciés ke se maisnie 
Ele est de vent si bien warnie : 
Ghille et Ghillains et Ghiluis 
Ce sont cil ki wardent sen huis; 

i35 N'est nus si os ki laiens entre 

N'ait d'un soufflet par mi le ventre; 
Et s'oï dire et tesmoignier 
Il i covient de jours mengnier 
Ke candole n'i puet durer 

i4o Tant le sace on bien enmurer. 
Uns vens nos]vient de Boulenois 
Dont povres est li esbanois. 
Car il est fel et malostrus; 
Me sire Engherans de Hestrus 

i45 Cil a le vent tout arenti, 



CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS DU XIII* SIÈCLE 71 



Et me sire Emous de Renti, 
Et me sire de Le Houssoie, 
Je di pour voir, u que je voie, 
Ke entr'aus trois ne poisent mie, 

i5o Mien ensiant, une vesie. 
207 a Et me sire Hues Fretiaus 

A del molin bien ses aviaus; 
Me sire Pieres de Manencourt 
Le veut avoir dedens se court, 

i55 Et me sire Gerars de Chanlle, 

Par foi, ces deus de vaut resanlle; 

Me sire Gui de Le Frété 

A le molin a ireté. 

Cist quatre sont bon compaignon; 

160 Car d'eus furent grant li renon 
A le grant feste a Harponliu, 
Car il i tinrent bien lor liu. 
Li feste i fu grans et pleniere : 
Gens i eut de mainte manière, 

i65 Chevaliers, bourgois et vilains. 
Mais li chevalier en lour mains 
Tenoient grans bastons et Ions, 
Dont il froient sour les crêpons 
Et par mi testes et par bras 

170 Les vilains, les bourgois d'Arras. 
La n'orent il pas de bras joie 
Jakes li Noirs et Jakes Joie. 
La furent plusour bastonné. 
Et el parfont fossé bouté; 

176 Mais se no bourgois tant savoîent 
Ja mais chevalier n'averoient 
Ne aïue ne secours d'aus. 
Car il sont trop crues envers aus. 



XVII 

Signer, noveles sont venues 
Ki ne sont mie de bien nues, 
Ains en i a a grant fuison. 

i53 Vers trop long. Supprimer « me »? 
176 Chevalier]. Ms. a chevaliers », 



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Or soit li taîres en saison, 

5 Tant que vous aie despondues 
Les noveles c'ai entendues, 
207 b Ensi com Bernars Harduïns 
Veut estorer des Auduïns 
Une novele carîté; 

10 Et si vous di, en vérité. 
J'en ai oï Festoire el livre 
Coument li Auduïns doit vivre : 
Quant li dame a mal en sen cief, 
Si li covient par grant mescief 

i5 Aler jesir ens en sen lit. 

Se li preudom, pour sen délit, 
Li tastone sen destre illier, 
Nus ne §'en doit esmervillier. 
Non voir, s'il veut après plorer 

ao Et ses deus mains a Diu ourer 
K'il doinst santé se compaignesse. 
Après doit faire une promesse 
D'aler a Nostre Dame a Lens 
Que Diex pardoinst tous mautalens 

35 Entre lui et sa douce amie. 
Et quant li dame est esclemie. 
Dont doit faire si coie noise 
Que nus n'i cante ne n'envoise; 
Ce doit il faire par raison. 

3o Li Auduïns en se maison 

Ne doit parler si haut c'on l'oce, 
C'oH ne le jeté a le caboce 
D'une grant louce poterece. 
Fols est ki se feme courece, 

35 Tant com il puet se pais tenir, 
Car on voit sovent avenir 
Ki contre aguillon escaucire 
Il s'en puet destruire et ocire 
U sen cors mètre en mauvais point, 

lio Mais cil est sages ki a point 
Se sait traire com uns enclus 
Ançois c*on le refiere plus. 
207 G Je proverai, ki kel desdie, 
S'Auduïns fait markaandie, 

45 S'a se feme congié n'en prent. 

ao Ses]. Corr. a des » ? 

4i LV de traire est à peu près effacée. 




CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS DU XIII' SIÈCLE 78 



Ce n'est pas tort s'on l'en reprent, 
Ne s'on li plume sen illier 
Nus ne s'en doit esmervillier. 
Quant ce vient a l'Assension, 

5o Li Auduïns, ki n'est mie hom. 
Doit bien un molekin ploier 
De se feme por mîus loier 
Et escourcier se souskanie» 
Tant k'ele soit par tout ounie. 

55 Devant li porte sen sautier 
Dusk'a l'entrée du moustier. 
Li Audums a sen mengier 
Por le vin se feme espargnier 
Doit boire un grant trait de boulie, 

60 Et quant il voit la dame lie 
Par le vertu saint Tortuel, 
Ki maint preudome fait muel, 
Dont set il bien k'il pora vivre. 
Quant il le sent un petit ivre. 

65 On doit bien sen preudome amordre 
Qu'il aïut le buee a tordre, 
Mais que ce soit sans recincier. 
Que ne li tourt a reprovier. 
Or savons une autre manière : 

70 Li Auduïns puet se panière 
Prester, malgré que nus en ait. 
Et cuerbille et rastiere et mait : 
Par tant a il la signourie 
Par coi il entre en le mairie. 

75 Ausi com asnes Bauduïns 
Se doit servir li Auduins 
Bernars, qui n'est ne fols ne nices : 
Il bee a faire ces services, 
207 d Por çou est il maires cest an ; 

80 C'est cil qui gist tous jors el tan, 
Et après Huelos Louchars ; 
A grans caretes et a cars 
Viennent tences a sa maison ; 
Il fut nés en cele saison, 

85 II a conquis par iretage 

Cascun jour de Blangi l'asDage 
Et s'a de Puignel le meuture, 
U il prent toute se peuture. 
Cil Rancardent de le Warance 

90 Sont cascun jour en abaance 



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De le mairie recevoir; 
Mais j'os bien tesmoignier por voir 
K'Andrius li maires i ert buens : 
Il est serjans, se feme est cuens. 

95 Si m'ait Dius, il m'est aviere 
Ke sire Mahius de le Piere 
Veut estre m ceste carité, 
Car je vos di, en vérité, 
Çou est uns hom qui het bataille. 

100 Jaquemes Joie i ert sans faille : 
Cinc keues a en sen huvet. 
Ce pert il bien a sen toupet. 
Robers li Glers en est diiens; 
Plus est pilés c'un pois baiiens; 

io5 Iceste gent que je vos nome 
Ont pieç'a envolé a Rome; 
li clergié bien s'i assené. 
S'ont concorde en lor plain sené, 
Ki se feme veut descaucier 

II o Gascune nuit a sen coucier, 
Pruec k'il li froce son ortoile, 
(Li comans est de Tapostoile) 
R'il n'avra warde Tendemain 
(Ja ne se lèvera si main), 
208 a ii5 Du matin dusk'a nuit oscure, 
Qu'il ait ja tence ne rancure; 
Et s'on le voloit sur çou batre, 
Li dame perderoit sen atre. 
G'irai me feme descaucier, 

lao Si n'arai warde de tencier. 



XVIII 



De l'empereur, de l'apostole, 
Tient on par tout mainte parole; 
Li un a l'empereur se tienent, 
Ge sont cil qui guerre maintiennent, 
5 Et cil qui ne voelent fors pais 
Tesmoignent bien que onques mais 
Ne fu si grans dolors en terre 

107 Corr. a bien s'est assené » ? 



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CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS DU Xlir SIÈCLE 



75 



Gom del descort et de la guerre 
Ki ont, si grant pieç'a, esté 

10 Et en iver et en esté 

Sans faire pais entre aus deus. 
Biaus sire Dex» com est grans deus 
Quant cil qui sont signeur del inonde 
Ne sont si digne np si monde 

i5 C'on ne les puist de rien reprendre; 
11 nos devroient tous aprendre 
Et ensegner a faire bien, 
Et ce sont cil ki n'en font rien. 
Et neporquant je sai de voir, 

ao Et cascuns le puet percevoir. 
Se l'emperere ettst en soi 
Tant de créance et tant de foi 
Com il deûst par droit avoir. 
Il ne quesist, por nul avoir, 

a5 Art ne engien en nule ghise 
D'aler encontre sainte Glise, 
Mais il i va tout en apert : 
Gaaigner cuide et il tout pert, 
208 b Car il cuide par sen combatre 

3o Crestienté del tout abatre, 

Com cil qui ne crient Diu ne home 
Ne ne croit en la loi de Rome. 
Mais or ont concordé ensamble 
Tout li cardonal, ce me sanble, 

35 Com porra faire mariage 
En tierc, ja n'i ara parage^ 
Por le pule croistre et haucier, 
Qu'il aidera a essaucier 
Sainte Glise et a maintenir 

4o Et tous ses drois a retenir. 
Mout est plaisans ceste novele; 
A teus i a d'Arras est bele; 
Si en connois un en tous ces 
Ki a non Sawalés Doucés 

45 Ki le plus grant joie en demaine 
Por çou k'il est issus de paine, 
Car il avoit juré sour sains 
Ke tant k'il fust haitiés et sains 
— Et si estoit mise se fois, — 
5o K'il fust a Rome alés set fois 
Et despendist çou k'il etist 
Ançois que s'amie n'eûst. 



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76 



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Com cil qui veut mengier blanc pain 

En l'autre siècle soir et main. 
55 Un autre en sai kl s'esjoï 

Tantost ke la novele oï, 

N'est pas drois que nos l'oublions : 

C'est sire Tibaus Amions, 

Qui dist bien que il a nul fuer 
^ 60 Ne fust jamais a pais de cuer 

S'on n'eûst aporté cest point; 

La metera les cuers a point 

De cens qui disoient au prestre : 

(( Cis mariages ne puet estre, » 
208 c 65 Mais onkes ne peut on trover 

Ki parage i peiist prover. 

D'autre part Sawalès H Borgnes 

Dist bien que il n'est pas si lorgnes 

Que, puis que on puet feme prendre 
70 En tierc point ,sans vers Diu mesprendre, 

Il ne doute mie entresait 

Que hasteement celi n'ait 

U il a brillié et tendu 

Si grant pieç'a et entendu; 
75 Gilles li Noirs, Baudes de Pas 

Si ettreus ne furent pas 

Que ceste lois fust aportee 

Au point c'on fîst la desevree 

Des mariages que il firent, 
80 Dont il grant avoir despendirent, 

Mais aine ne seurent tant plaidier 

Que nus leur en peUst aidier. 

Encore sai une autre çose 

Que je vos dirai, se jou ose : 
85 Li cardonal de Rome mandent 

Par tout le païs et conmandent 

Que trestout cil ki vallet sont 

De quarante ans et plus en ont 

Soient marié en cest an, 
90 U dedens feste saint Jehan 

Soient trestout alé en l'ost. 

Ne repairier nus ne s'en ost i 

De si adont que on savra 

Li quex le victore en avra, 
gS Et li quel nos demoueront 

Ki ançois se marieront. 

Le premier que li briès apele 




CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS DU XIII* SIECLE 



Çou est Jakes de le Capele, 
Li secons ses frères Heuvins : 
loo Cil sont des vallès de Provins, 

208 d Dont il ne se marie nus 

Se il n'est et vius et kenus. 
Mais encore aient tesmoignage 
Cil doi k'il ont bien lor eage, 

io5 Si jurent il sour sains et dient 
Que ançois ke il se marient 
En l'ost a Rome aler voiront, 
Ja l'Apostoile ne fauront 
Se il ne sont u mort u pris, 

110 Et por aquerre los et pris 
Blance baniere porteront, 
La u tout se raloieront 
Quant il escrieront ((Wailli». 
A proece n'ont pas failli 

II 5 Quant ja se sont mis a la voie. 
Il n'ont cure c'on les convoie 
Por lour amis faire plorer; 
A Mompellier vont demorer, 
E la, sans plus, tant se tenront 

lao Que tout li autre a eus venront. 
Mais faire pueent longhe atente, 
Car je ne voi ki ait entente 
De trestous ceux ki i demeurent 
Que il les siwent ne sekeurent, 

125 Fors seulement u deus u trois ; 
Li uns est Hellius Audefrois 
Ki sages est de grant maistrie, 
Car il set par giometrie 
Quans quarriaus a en une tour, 

i3o Et se en l'ost va tout entour 
Lues sara de toutes les gens 
Nombrer les milliers et les cens, 
Et de l'ost sara, haut et bas, 
Li quex vaintra, li quex ert mas. 

i35 A lui se sont acompaignié 
Jehans li Cras, Henris au Pié; 

209 a C'est Jehans, li frères Warnier, 

Ki mais ne vaura espargnier. 
Car Jehans livera catel 
i4o Et Henris si tenra l'ostel. 
Or devoit une autre baniere 
Porter après Bertous Verdiere, 



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Mais un a ja crié u Notorne », 
Car, face lait u plueve u toune, 

i45 D'Arras ne se quiert mais movoir, 
Ains jure Diu et dist por voir 
K'awan marier se vaura 
Le nom de Witart se taura, 
Car il afiert et si vaut mius 

i5o Que il soit sire Bertremius 
Que il fust apelés Bertous. 
Tout autel dist Jakes Fastous 
K'il av^an se mariera, 
Mais lues ke mariés sera 

i55 Paier li convenra l'andouUe; 
Jou ne le senc pas a si douUe 
K'au paier ne truist compaignon, 
Ses cousins Raous au Grenon 
Dedens cest an mariés iert 

i6o Et, s'il prent feme, bien afiert 
Que il de li soit auduïns. 
Ce dist ses frères Bauduïns. 
Brunei Doucet tieng jou a sage, 
Car lues ke il vit le message 

i65 Et ke les letres entendi. 
Plus iongement n'i atendi, 
Mais tout esrant se feme prist 
Et bien dist que por çou le fist 
K'il n'avoit cure de bataille, 

170 Mais ne cuit pas que il i faille 
Tant que se feme soit en vie 
Car d'autre cose n'a envie, 
209 b Fors de faire Brunei mellee : 
Sovent li fait teste enmell[e]e. 

1 75 Bien est mestiers que il soit durs ; 
Mius li fust s'il fust pris as Turs 
U il eûst bataille emprise 
Que il eûst ja feme prise. 
Car en festes, en diemences 

180 A il deus mès, limes et tences. 
Espargnier voel un mien ami 
Ki ier soir se turka a mi; 
Il a a non Waas li Maire : 
Voirs est ke viellume le maire, 

i85 Et tant a il plus grant mestier 

i56 Senc], Corr. « licnc » ? 





CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS DU XIII* SIÈCLE 



79 



De feme ki sace mestier : 
Une en counois a oui il bee, 
Car il l'etist ja afiee 
Et ligement fu siue toute, 

190 Mais li dame se crient et doute 
Re une autre ne le reskeue 
Por çou k'il tert partout se keue. 
Or n'en demeurent fors que doi 
De trestous cens que nomer doi : 

195 S'en est li uns Mahius li Rois, 
Ki mariés fust en cest mois, 
Se ne fust uns sens mesdisans 
Ki me dist n'a mie diz ans 
K'il ne goustoit de venison 

a 00 Et ke si oel ont menison 

Si ke il ceurent trestout hors. 
E Diexl Ki criera : « Ahors »? 
Et plains sera de duel et d'ire 
Quant teus paroles ora dire! 

2o5 Por çou le me covient celer : 
Si parlerai d'un baceler 
Ki a [a] non Wike Reveaus; 
Mout a eû de ses aveaus; 
209 G Onques ne dist parole voire, 

210 Ains dist por clerc ne por provoire 
Ne sera mariés encore 
Se il ne prent Robert de Gore, 
Car Robert ne veut il cangier. 
Car ses roussoles veut mangier. 

ai5 Or vaurai men conte fîner, 

Car ne puis mais tous ciaus nomer 
Qui marier awan covient, 
Mais se cascun de moi sovient, 
Pruec k'il ne soit trop fols u nices, 

220 Dedans cest an serai mout rices. 



XIX 

Biau signeur, je ne sui ne sorciers ne devins, 
Semoneres de cors, ne crieres de vins, 
Ains sui li mervilleus, cil qui dist les mervelles : 
Por çou me mande on as festes et as velles ; 



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8o 



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5 Je di si grans, mervelles por gens esmervillier, 
C'on doit bien une nuit por mi oïr villier. 

Saciés que je fui nés la outre, en Angleterre ; 

Ça outre sui passés par paor de la guerre; 

S'ai une miue antain qui ça m'a envoié 
lo Por requerre une dete, mais on li a noié : 

Bien a passé trois ans, viegne a le Mazelaine, 

G'on li doit a Arras quatorze sas de laine. 

Mais je ne sai preudome, vallet ne baceler, 

Por qu'il voelle le dete ne noier ne celer, 
i5 Ne le face semonre dedens l'arceveskié. 

On dist Jehans Durans en a une sakié, 

S'en a bien autretant Martins Veaus, ses niés; 

De le laine m'antain est devenus laniers ; 

On me fait a entendre de Jakemon le Noir 
30 R'il a de cele laine raempli sen manoir ; 

Mahius Acarios et sire Alars Foubers 

Et Hellins Andefrois, si est Tumas Raimbers 
209 d Et Gossuïns de Hees et Robers ses serouges 

De le laine m'antain ont raempli lor bouges, 
35 Si est Jehans Davis et Jehans Teneveaus 

Et Bernars Harduïns, si est Tibaus Reveaus ; 

Nis Wautiers Naimeri n'i ruis jou déporter 

S'il ne fait cele laine en maison raporter; 

Ja por sen bastoncel ne lairai ne li rueve : 
3o As cipaves qu'il fait me mostre bien et proeve 

Qu'il a de cele laine assés plus d'un pezon ; 

J'en ai le contrepois deriere no lezon. 

Nuef livres et demie en a Wautiers Mules 

S'en a bien autretant uns Vinçans Castelès, 
35 Uns Jaquemins de Lille, Jaquemins de Paris ; 

De le laine m'antain cascuns en est noris; 

Il pert bien a leur ciere qui si est estahiue, 

Deus o entre deus esses a cascuns en aïue. 

Or me covient la jus en l'abie avaler, 
4o A Henri Huquediu me convenra parler; . 

Se Dex ne li aïue, il ert mors aparmain ; 

Il a le plus naïue de le laine m'antain : 

Bien en puet faire cape por çou qu'il est capés. 

Mais encor n'est il mie de me rime escapés, 
45 Se je n'ai cele cape qu'il m'a pieç' a pramise. 

Je croi qu'ele est de bure, si est tote remise. 

D'autre part ses voisins, Raous li Boutilliers, 

De le laine m'antain a covers ses illiers; 

Et un vallet i a, que ne vos os nomer, 



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CHANSOINS ET DITS ARTÉSIENS DU XIII' SIECLE 



5o Qui envers cortoisie a mout le cuer amer : 

Mais tant vos en dirai ne sai que vos en mence» 

Par deus v et un i je croi ses noms conmence 

Deus elles a et une emme et [une] esse mès ; 

De le laine m'antain a le daerain mès 
55 Par devers les cuisseus por çou que c'est li pire. 

Ne voel nului nomer por le vallet despire. 
^ Se li maires d'Arras fust ne fols ne estous, 

Saciés que ses parens jes i mesisse tous, 
210 a Qu'il en i a de teus, qui sont de se lignie, 

60 Ki tinrent a m'antain pieç* a grant compaignie; 

De le laine d'Escoce et de celi de Wales 

Me sire Bauduïns et me sire Sawales 

Cascuns d'eus en a bien, je cuit, pièce et demie; 

Mais par leur grant orguel paier n'en voelent mie. 
65 Or lor covient le tere et le païs widier. 

Car a Sotinghehem voirai a ex plaidier; 

Ne les voel pas traïr, bien lor di en devant. 

Je croi l'archediaques, qui sire est d'Ostrevant, 

A part en cele laine; a lui m'en vois clamer; 
70 S'il cuke de se corne, nus ne l'en doit blasmer, 

K'ainc mais ne vi Bernart ne mouton si cornu ; 

Je croi de grant sience a il tout sen cors nu. 

Signor, Sotinghehem est uns mout bons castiaus; 

La croist li frès fromages avoec les caus wasliaus, 
75 Et li quartier de tarte qui plain sont de conduevre; 

Li carpentiers est fol, qui est desconfis d'uevre. 

Qui ne va la manoir por carpenter maçues; 

Il i a marqu[e]ans de soties naïues. 

Signor, Sotinghehem est uns mout bons repaires; 
80 II n'i a nul signor se ce n'est sains Achaires; 

De lui tient on le tere et trestout le païs ; 

S'uns hom i devient sages, des autres est haïs. 



XX 



Li Camus, qui est nés d'Arras, 
Dist du marcis de Montferras 
Qu'il n'est ne lufres n'esbahis, 

XIX. 52-53 La réunion de ces lettres forme Willms, abréviation de Willaumes. 
78 Naïues] Ms. a nacues ». 

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8a BIBLIOTHÈQUE DES UNIVERSITÉS DU MIDI 



Âins est sires de sen païs ; 
5 II est sages et bien doutés. 
Voirs est k'il fu un jour montés 
Sour un destrier de Lombardie. 
Uns chevaliers de Normendie, 
Qui de sen grant consel estoit, 

lo Le ceval forment couvoitoit; 
210 b Souvent Tacole et aplanie. 
Et le ceval si bel manie, 
Pour un poi ne le vait baisant. 
Il vit le ceval si plaisant 

i5 Sour lui moroit de jalousie. 
Il atendoit le courtesie : 
Li cevaus présentés li fust 
Sans contredit et sans refust; 
Mais nekedent il s'enhardi, 

20 Honte et angoisse pourfendi. 
Au marcis vint, si le rouva ; 
Et li marcis bel s'en prouva : 
Erraument le ceval li donc, 
Et sele et fraim li abandone. 

a5 Cil mist le pié dedens Testrier 
Et puis sali sour le destrier; 
Si s'en torne les saus menus; 
Ains si joians, voir, ne fu nus. 
Mais de tant fist il vilenie 

3o K'a trestous ciaus de le maisnie 
. Du marcis ki li demandoient 
Du ceval, et ki l'empesçoient 
Dont il ert ne dont fu venus, 
Li cevaus ert par tout connus, 

35 Et cil dist k'acaté l'avoit. 
Cascuns se saine ki l'ooit, 
Et dient bien : « Ce ne puet estre : 
On tient le marcis a oneste; 
Ja sen ceval n'eiist vendu ! » 

4o Coument ke cil ait respondu. 
Puis seut li marcis le novele; 
Saciés ne li fu mie bele. 
Errant le chevalier manda. 
Cil i vint, point n'i demoura. 

45 Dist li marcis au chevalier : 

« Or vos tieng jou a mal parlier, 

i5 Sour.] Corr. « pour • ? 



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CHANSON s Et DITS ARTÉSIENS DU XIII* SIECLB 



210 c Et si me faites mout grant honte 

Se çou est voirs que on me conte. 

Certes, çou est peciés et maus; 
5o Jou ne sui mie cauwelaus ; 

Aine ne voil, voir, mon ceval vendre, 

Or ne argent ne denier prendre; 

Voirs est que je le vous donai. » 

« Sire, dist il, ains l'acatai : 
55 Au rover eue mout grant angoisse ; 

Ja n'est il nule poignans moisse 

Envers rover ne tel mal face. 

Li rovers fait rougir la face 

En rouver a mainte doleur; 
60 Li rovers cange le couleur. » 

Li chevaliers dist ; « Bien le proeve : 

N'a pas don por noient qui roeve, 

Et cil ki done sen avoir 

Doit cent tans plus grant joie avoir 
65 Que cil ki en reçoit le don. 

En doner a grant werredon ; 

Soit en cest siècle u soit a Diu 

Li biens fais troeve ades sen liu. 

Mais, nequedent, n'entendés mie 
70 Que ce soit voirs, que que nus die, 

C'on puist par tout bien emploier, 

N'a cascun rendre sen loier; 

Mais a Paris et a Biauvais 

Rent uns preudom por cent malvais. « 
75 Li marcis sist, si se porpense, 

Et vit k'en lui n'avoit desfense 

Dont il deûst celui respondre, 

Ains dist bien c'on le deûst fondre 

Quant de sen don tant demoura. 
80 Li chevaliers coulor mua; 

Or oiés k'il a dit un mot. 

Bien l'entenge ki parler m'ot : 
210 d « Amis, j'ai tort, vos avés droit; 

Je vos otroi de ci endroit 
85 Le millor destrier de m'es table. 

Vostre parole est véritable : 

L'un acatés, l'autre vos doins; 

Toutes querines vos pardoins. » 

XX. 56 Envers]. Ma. « avers ». 

80. a Li chevaliers» peut désigrner ici le marquis; une correction n*cst pas 
indispensable. 




84 



BIBLIOTHÈQUE DES UNIVERSITÉS DU MIDI 



XXI 



Ki donroit cinc cens mars por Diu, 

Ne revenroit ja mais en liu 

Li aumosne, se carités 

N'estoit li premières bontés ; 
5 Je l'os bien dire tout avant : 

Li rois Phelipe, a sen vivant, 

Dona cinquante mile livres 

Et quatre avoec, ce dist li livres, 

De grant rente et de garison, 
lo Mais ne fu mie de saison. 

Si n'est mie tele parole, 

Ne au moustier ne a l'escole. 

Ne en roumans ne en latin, 

K'est du preudome saint Martin : 
i5 Ne sai d'espee u de cou tel 

Caupa le pan de sen mantel, 

Por Diu le donna doucement, 

Se l'escriture ne nous ment. 

On dist k'il est en paradis, 
ao U la grans joie iert a tondis; 

Peu en est ore de si fais. 

Ne ki ensi porcent lor fais, 

Ki soient large en povreté; 

Cascuns devroit avoir pité 
a 5 Du gentil cuer, quant en poverte 

De çou k'il tient a main overte ; 

Mais li escars, que que nus die. 

S'il avoit toute Lombardie, 
211 a Cuens fust d'Angau u cuens d* Artois, 
3o N'a il pooir d'estre courtois. 

Car il ne li est mie sés 

De çou k'il tient k'il ait assés; 
Si n'a il, ce poés savoir, 

Cil ki sers est a sen avoir, 
35 Ne puet mener grant vie oneste, 

Ains est caitis, s'il le cuide estre. 

Et li larges courtois cuers buens 

a8 Au bas du fol. aïo qui finit ici, on lit, d'une encre plus pâle, en cursive qui 
parait être du xiv* siècle : « des gens qui clooient leur huis et se lessoient morir 
touz vis de fain. » 




CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS DU XUI* SIECLE 



85 



De çou k'il tient cuide estre uns cuens; 
Si est il, voir, si k*en cuidance 

4o N'est nus déduis fors soufissance. 
Or voel parler d'autre manière : 
Au tans ki fu ça en arrière, 
Estoient si très sote gent 
Quant il n'avoient blé n'argent, 

45 En leur osteus si s'enfremoient 
Et trestout vif de faim moroient; 
Dont il avint une aventure : 
Doi enfançon d'une estature 
Furent et d'une compaignie; 

5o Li uns estoit de grant lignie : 
Fius estoit d'un rice bourgois 
Et li autres, tout sans gabois, 
Fu fius d'un home qui deut clore ; 
Li enfençons ot tel memore 

55 Qu'il avoit, lors a pris congié : 

« A Diu, compains, vos conmant gié, 

Ja mais certes ne nos verons. 

Ne ensanle ne parlerons ; 

Mes pères doit clore anquenuit; 

60 De faim morons ains mienuit. » 
Et ses compains, quant l'entendi, 
A poi li cuers ne li fendi; 
En maison s'en vint tout plorant, 
Ses puins et ses caveus torjant : 
211 b 65 «Fius, dist li pères, k'avés vos? 

Ki vos a courcié, biaus cuers dousP 
Je vos donrai une hocete, 
Fius ; car mangiés ceste pumete ! )> 
Mais li enfes de çou n'a cure, 

70 Ne bee pas a tel lecure : 

« Sire, dist il, par Diu de glore. 
Sire Wibaus doit anuit clore ; 
Las, j'ai perdu men compaignon. 
Quant nos mengiemes ho paignon, 

75 Si faisiemes past carbounel, 
Toudis avoie del plus bel; 
Au pissier, en no papelote, 
Mes compains me tenoit me cote. 
Ne fourbesisse mes drapiaus; 

80 De vers jons faisiemes capiaus; 
Après aoust, a le bataille 
Ke nos faisiemes de le paille^ 



BIBLIOTHÈQUE DES UNIVERSITÉS DU MIDI 



Quant es eus me voloit li poure, 
Mes compains me voloit rescoure ; 
85 S'aucuns me boutoit de sen doit, 
Mes compains volentiers m'aidoit; 
Foi ke doi vos, u je morrai, 
U jou men compaignon ravrai. )) 
Li pères, quant Tenfant entent, 
90 A poi ke li cuers ne li fent. 
De pitié moille se maissele, 
Adont apela se baissele, 
Tantost le povre ome manda; 
Cil i vint, pas n'i demoura; 
95 Lues que li rikes om le vit, 
Ne le tint mie en grant despit, 
Mout bêlement Taraisona, 
Et envers lui s'umelia. 
Lors dist : « Vos savés messoner, 
100 Batre, soier et bien vaner; 
211 c De clore ne soiés si caus; 

De men blé avrés deus mencaus; 
Je croi mout bien les paierés; 
Après aoust les renderés. » 
io5 « Sire, dist cil, Dex le vos mire, 
Li rois des cius, li sovrains mire, 
Vos en renge vostre loier; 
Vo dete vos vaurai paier. » 
Ensi fu cil preudom rescous. 
110 Or va cis siècles a rebours; 
Li plus rice sont si tenant. 
Ce sont cil qui or vont cloant; 
Par mi lor grant trésor d'Arage 
Muèrent de faim et vont a rage, 
ii5 — Et si ont assés a mengier, — 
N'a lour osteus ne font rengier 
Les povres Diu ne lor messages 
(De çou nés tieng jou pas a sages), 
Ne boines gens ne menestreus, 
120 Ains menguent sovent entr'eus 

Cil grant bourgois sans compaignies, 
K'il n'ont fors ex et leur maisnies; 
Ensi se voelent déporter; 
Mais s' uns bourgois fait aporter 
135 Après lui de deus mès pleniers. 
Celui prie aucuns volentiers 
De demourer avoekes lui. 



CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS DU XIII* SIECLE 87 



Autrement ne voelent nului. 

Certes, çou est grans avarises : 
i3o En aus aprent on mout lais vises; 

Car s'il avient c'uns leur parens. 

Ait tout perdu et k'il siece^ns, 

Et ke il n'ait mais ke despendre, 

A Saint-Jehan le mainent rendre, 
i35 C'on dit Saint-Jehan en TEstree; 

Por çou ne fu pas estoree 
211 d Li maisons, ce set on por voir. 

Mais por les enfers recevoir, 

Et por femes gissans d'enfans 
i4o Povres, ki ont tros grans ahans; 

Iciaus doit on bien diffamer 

Ki les povres font afamer; 

Ce ne vient pas de carité, 

Ke li rice n'ont tel pité 
i45 De lor povres parens k'il ont, 

Que del leur nul bien ne lor font. 

Certes, j'en ait mout grant engaigne! 

Coument donroient un estraigne 

De leur blé ne de leur argent, ♦ 
i5o Quant a leur proismes n'a leur gent 

Ne voelent li rice bien faire? 

Tantost les devroit Dius deffaire; 

Les Juïs ne resanlent mie. 

Car se il ont ami n'amie, 
i55 Ki soit keiis en povreté, 

A celui font mout grant bonté, 

K'il le relievent par trois fois; 

En çou est mout bone lor fois; 

A leur parens lor huis ne cloent, 
160 Tant de bien lor font k'il s'en loent; 

Si doivent faire li rice home. 

Ci finerai ore me soume; 

Or nos doinst Dex si en bien clore 

K'en paradis nos voelle enclore. 



XXII 

Leurens Wagons a en covent 
Qu'il fera un molin de vent 
En le rue dame Sarain, 



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88 



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Mais n'i avra bauke ne rain 

5 Ne soit faite d'un menteeur 
Plain de truffe, fort menteeur, 
212 a Ja n'i avra autre mairien. 

Saciés qxit jou n'en ment de rien 
Ains vos di pure vérité; 

10 Nus ki ait foi ne loiauté 

Ne viegne maure a cel molin, 
Mais li cuivert faus de put lign 
Ki le siècle vont décevant, 
Cil aront l'avantage avant : 

i5 D'aus ert li molins soustenus 
Por çou que foi ni troeve nus. 
Onques de çou nus ne se douce 
Ke sire Wistasses Travelouce, 
Par foi, ne soit mout bone estake; 

ao En lui puet on faire une atake 
Ausi bien k'en une buhote : 
Il a tous jors plaine le hote 
D'une fausse parole vaine; 
Ja n'ert pris en si bone vaine 

30 C'on le puist croire par raison, 
C'un peu n'i ait de traïson; 
Encore ait il pance farsie, 
Poise il mout mains d'une vesie. 
Or nos covient faire une suele 

3o Ki bien puist soustenir le muele; 
Je croi que Wibers Causekeus, 
Par foi, le soutenra tous sens ; 
A l'eslire n'ai pas failli : 
Encore voist il a Wailli, 

35 Set il le voie a Mentenai, 
Les noveles oï en ai. 
Or me convient faire une arcure 
De celui qui a mis se cure 
En mentir très çou qu'il fu nés; 

4o Je cuit je sui bien assenés : 
Çou est Estevenes de Monchi; 
Hé, Deu, j'ai ja de sen vent chi : 
212 b Quant près de lui sui acostés, 
Je muir de froit en mes costés : 

45 Blans est dehors, blans est dedens. 
Or nos covient faire les dens 
Par quoi li ruée puist torner, 
Mais je croi, por bien faumouner 




CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS DU XIII' SIECLE 89 



Qu'il n'ait, voir, son parel el mont 

5o K'en Pieron de Bauduiemont : 
C'est li drois sires de Blangi, 
Faussetés Ta pieça sougi. 
Or m'estuet faire une clapete 
De celui ki tous tans papete 

55 Tout ensement com li papoire. 
S'est plus merdeus d'une clapoire : 
C'est Englebers li papetere. 
Je n'en sai nul de se matere. 
Se lanwe ne puet estre coie; 

60 Li molins fait de lui grant goie. 
Por bien soufler fu en cuisine, 
U en cornet u en buisine, 
En orghene, en muse u en fretel, 
Ne ruis cangier Jehan Bretel; 

65 Plus set d'engien que ne set loutres : 
De lui vaurai faire les tourtres. 
Jou ai pieç'a jeté me ligne 
Ens en le mote Delevigne, 
A celui au magre musel : 

70 S'en vaurai faire le fusel. 
Poiniles ert Pieres li pautres, 
Ja en sen liu n'i sera autres. 
De Willaume as Paus ferai arbre, 
N'a si menteur dusk'en Calabre : 

75 II n'a voisin qui le puist croire 
Conques desist parole voire. 
Et sire Mahius li anstiers 
Set de Blangi tous les sentiers; 
212 c Cil qui counoissent sen afaire 
Vauront de lui tremuie faire ; 
De Blancandin set cent quaers. 
Au mentir s'est tous jours aers. 
Saciés que Pieres de Warluis 
Ert puelie deseure Tuis 

85 Et por sakier le blé amont; 
De mentir n'a sen per u mont. 
Or vos en voel quatre nomer 
Qui, s'il estoient en la mer, 
Cascuns au col une grant piere, 

90 Par le foi que je doi saint Piere, 
Li vens les a si amoiés 
Ja nus d'aus n'i seroit noiés. 
Li uns est Herbers de Betune, 



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90 



BIBLIOTHÈQUE DES UNIVERSITÉS DU MIDI 



Tous li vens en sen cors aîine; 
95 Robers Becons est ses compains 
Et sire Sawalès Dur Pains, 
Simons Faveriaus li liefrus. 
Cil rest bien en lor cuing férus. 
De ces quatre vaurai faire eles; 

100 S'il ne sont boin, moi refuseles, 
Jou n'en sui mie en vo dangier 
Ke jou nés sace bien cangier. 
S'on ne me tenist por musart, 
G'i mesisse Robert Nazart; 

io5 Çou est uns vens qui tous jor[s] soufle. 
Au point k'il a caucié se moufle» 
Me sanle bien offîsiaus : 
De blanke cire est ses seaus ; 
Ki ke de lui manecié m'ait, 

110 De lui vaurai faire le mait 
Por le ferine recevoir; 
Bel set le monde décevoir. 
Andrius Wagons ert li rastiere, 
Car il set bien tenir estiere 
212 d ii5 De mentir, quant «vient au besoing; 

C'est uns hom que je mout resoing : 
Quant plus jure grant sairement, 
Dont sui jou bien seiirs qu'il ment ; 
A sen oes est grans destourbiers, 

I30 11 a passé tous les erbiers 
Ki mainent de si a Paris; 
Sovent me fait un si faus ris 
Au parler sanle une pucele, 
S'est plus poignans qu'une estincele. 

135 Henris Wagons ert alerons 
De coi le frine amasserons; 
Cil vente bien, ce fait jouenece, 
U sotie qui trop le blece. 
Sire Jehans de le Fontaine, 

i3o Ja n'ert si haute quarantaine 
Feste, bons jors ne diemence, 
Re tout adès ses cors ,'ne mence ; 
Au parler sanle uns apos toiles, 
Et si croi bien que sour ortoiles 

i35 Ne passast aine si fors truillieres, 
Se n'est Wistasses li ïailleres, 

XXII. ]35 Passast] Corr. c passa » ? 



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CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS DU XUV SIÈCLE QI 



Mais cil set trop d'astrenomie : 
Wistasses ne se doute mie, 
Quant il passe siere d'un bos, 

i4o Tant i ait arbres ne halos, 
Qu'il ne cuit tout de fi savoir 
Quantes fuelles i puet avoir. 
Cil doi ventent bien : par raison 
S'en waurai faire le maison 

i45 De coi li molins ert covers, 
Ke mal n'i face li ivers. 
Or me covient faire le keue 
Ki le molin du vent reskeue 
Quant il ert u plus grant tourment. 

lôo Se li estoires ne nos ment» 
213 a On dist qu'en païs n'en contrée 

N'a tant [menteurs] com en l'Estree, 
Blankes gens i doivent manoir. 
Li rente leur vient d'oir en oir ; 

i55 Loiautés lor est si amere, 

Très çou k'il furent né de mere, 
Ens en lor cors n'en entra point; 
Cil tenront le molin a point. 
Ermenfrois sera li mausniers, 

i6o Et sires Bauduïns asniers; 
Çou est droiture de molin, 
Manoir i doivent bauduïn. 
Or vaurai faire une plumete, 
Ki le molin au droit vent mete; 

i65 C'est de WiUaume Faverel : 
Cil set bien tendre le musel 
A tous vens, ce saciés sans doute, 
Cest offisse pas ne redoute, 
Saciés, maistre Adans de Vimi, 

170 En son ostel aine ne vi mi, 
Et si m'en proie mout sovent. 
Mais li proiere ele est de vent; 
Cil cui il fait plus grant soulas, 
Quant est keûs entre ses las, 

175 Autant troeve de foi en lui 
Com li oiseaus fait en le glui ; 
Maistre Adans por nule vergoigne 
Ne laisse a faire le besoigne 
D'un home, encore ait il grant tort, 

180 Pruec qu'il li face grant aport. 

i5a Menteurs]. La lacune n'est pas indiquée dans le ms. 



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93 BIBLIOTHÈQUE DES UNIVERSITÉS DU MIDI 

Et ki droit a, s'il ne li done, 
C'est Wautelès Eskitezoune; 
De lui vaurai faire atemproire, 
Por çou ke nus ne le puet croire. 

i85 Un carpentier nos covient faire, 
Ki no molin face refaire 
213 b Quant li vens l'aura craventé; 
J'en counois un qui a venté 
Très çou qu'il vint en cest païs; 

igo II est trop des mauvais haïs. 
Mais li boin le doivent amer, 
Por çou qu'il puet en haute mer 
Juer as bares sans moillier; 
Forment me puis esmervillier, 

195 On dist que c'est li grans baillius^ 
Qui des mauvais fait les alius 
En sen païs, droit a Viler; 
Les gens n'i font fors que giler. 
On dist que sire Bertremieus 

200 Çou est li hom qui vente mieus 
De trestous ciaus que je ci nome. 
Je croi bien k'el molin n'a home 
Qui tant sace barat ne ghile 
Com Bertremieus de Daienvile; 

2o5 De lui vaurai faire estandart. 

Car il blangist et tempre et tart. 
Gossès de Monci ert cevaus, 
Bien set monter et mons et vaus; 
Encor soit il espavigneus, 

210 N'est il mie mains desdaigneus. 
Henris Castelës de la hors. 
Cil portera le blé tout hors; 
Entre lui et Henri au Pié 
Erent adès ens u markié 

3i5 Et por atendre le voiture 

Por coi il prenderont meuture. 



XXIII 

Siggeur, ore scoutés, que Dex vos sot amis. 
Van rui de sinte glore, qui en de croc fou mis ! 
213 c Assés l'avés oït van Gerbert, van Gerin, 

917 Rien n'indique que la pièce soit inachevée, comme Scheler parait le croire. 



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CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS DU XII l' SIECLE 



Van Willaume d'Orenge, qui vait de cief haiclin, 
5 Van conte de Bouloigne» van conte Hoillequin, 

Et van Fromont de Lens, van son fil Fromondin, 

Van Karlemaine d'Ais, van son père Paipin; 

Mais jo dira biaus mos qui bien dot estre enprins ; 

Li ver istront bien fat, il ne sont pas frurins, 
lo Ains sont de bons estuires, si com dist les escrins. 

Ce fut van rovison, que de tans fu suerins, 

Que d'alusete cante van soir et van matin, 

Le los ele est kiie, ce fu a put estins, 

Pour aler sour Noevile le custel asalir. 
i5 Le vile s'unt stoumie, la jus en ce[s] gardins, 

Flamenc se sont sanllé plus de tros fies vint, 

Maquesai Kaquinoghe et se niés Boidekin, 

Et Hues Andevare et Simon Moussekin, 

Riqueiore du Pré et Wistasse Stalin, 
20 Et Vinçant de barbier, un autre Roëlin; 

Et s'i vint Esconart courant sor se patin, 

Un autre Sparoare, Gilebert Dierekin, 

Et tout le bocardent, cascun dist esquietin ; 

S'i fu escavecant Willaume Scovelin, 
25 Et s'i fu Hondremarc, un autre Glaiequin; 

Que parent de Quemuze et que larmant cousin, 

Il furent bien tros mile, ce tesmoigne l'escrin. 

Simon Banin warla, ce fu le plus vailant : 
(( Siggeur, ore scoutés, por Dieu de ruiamant, 

3o Van rui de sinte glore qui nasqui Biauliant. 
Le los ele est kiie, ce sevent le laukant. 
Pour aler sour Noevile orendrot min tenant; 
Va la de blanque cluque qui dist babin balant. 
Je vaura mi prover encore anqui min brant, 

35 Jou Ta fat froubeter, assés stront plus loisant 
213 d Que ne soit un cristal encoste un laïmant, 
Wi ce jor ert sauvé Toneur de Tisterant, 
De frère de saint Jake a ce caperon grant, 
Il ont pieç'a surti, il de troevent lissant, 

4o Jou sera eskepin ains feste saint Joant. » 

Bauduins Makesai en warola pramiers : 

« Par foi, Simon Banin, dont ne stront jo vo niés 

XXIII. 20 Un] Le ms. a .1. J'écris un et non uns, Fauteur semblant à dessein 
ne pas respecter la déclinaison. Cf. aa, 94, laa, 128, i3o, etc. 




BIBLIOTHEQUE DES UNIVERSITES DU MIDI 



A quatre liues près, ke de fi de saciés, 
Here Fromont de Lens, qui tant ot le cors fier, 
45 Fu le cousin larmain min parastre Wautier, 
Jou sera de vins homes, se m*i volés aidier. » 
Et respondi Banin : « Je ne vous nuira nient, 
Alés a vo nos tel, mout bien vos parelliés, 
Gascuns se voist douber a wise de valier. » 

5o Willaume Mordenare warla premièrement : 

(( Par foi, Simon Banin, ja stront jou vo parent 
A douze liues près, jo le sa vraiement, 
Vrouwe Lisse, vo nante, qui tant ot le cors gent, 
Fu cousine larmaine min parastre Hersent, 

55 Nos intrames ensanle par purte de Meulens, 
Alueques vos dona bon fromage flamenc 
Et de min pot de bure vos neustes plain vo dens, 
Jou le vos ramentos, n'est mie provemens, 
Jou sera de vins homes, se vous vient a lalens, 

60 Jou sa bien eskiever, si wardera d'argens, 
Je warde de pusterne et quan k'il i s'apent, 
La stront min liretage et tout min casement. » 
Et respondi Banin : « Tout a vostre talens. » 

Simon Banin warla, ce fou le plus sané : 

65 (( Siggeur, pour amour Dieu qui en croc fu pelé, 
214 a Quant Joïs le feri van lance de costé, 

Jou vous pro et conmant qu'alés a vo nostel. 

A wise de valier se voist cascun douber, 

Si que de grant bailon nous puist tos savor gré; 

70 Wi ce jor ert Thoneur de ïisterant sauvé ; 
Ces userîers poiant ert ariere boité, 
Jou sera eskepin, jo le sa par virté. » 
Bauduïn Maquesai s'en est premiers levé, 
Au plus tost qui le pot s'en vint a sin ostel. 

76 II a fait Baielart sin ceval inseler. 

Il vesti un ambas, aine ne vistes se per, 
Il fou de molekins, cascuns plos fu sané. 
De vorre et de quitons stront par dedens boité. 
Aine Dex ne fist saiete, tant fust bien barbelé, 

80 Qui par mi lu de plos peûst l'outrepasser. 
Un bon capel d'infer a sor se kief framé. 
Il a çainte sin spede van manefle custé, 
Salouwart signié clere, li brans il fu ceré. 
Quant il saque de foure, plus jeté de clartés 

85 Que ne fat de solier quand il loist en estés. 




CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS DU XIII" SIECLE 



Une siele batiere fist Maquesai porter, 

Il saut sor Baielart, qu'a d'estré ne sot grés, 

D'un cordele de lins fu se deus piés loé ; 

Je vo dira por coi, se savoir de volés : 
90 S'aucon mousart venoit qui le volot horter, 

Maquesai ne porot sans se queval varser. 

Baiart fu reveleus, si conmence a haner, 

Trestoute de grant rue en a fat retinter, 

Çou sanloit un efoudre qui de ciel fu versé. 
95 Gommeline se feme se prist a porpisser : 

« Amis Maquesai, frère, war devés vous aler? 

Anuit songa un singe dont je sui bosoflé, 

G'une scoufle vinoit volant devers de mer. 

Qui me voloit mes oes de me teste craver, 
100 Et dont revint un lourse, sin geule baielé. 

Se ne fu de haignon de Dius que j'ai pielé, 
214 b Je croi bien vraiement de lourse m'eut voré; 

Je vos pro, biaus dous singes, por Diu, que vous mourés. » 

Et respont Maquesai : <( Ja mais le pisser.és, 
io5 Mi ne croi corcerié un denier moneé. » 

Il fiert des porions, de frains abandoné. 

Et Baielart li saut quatre piés mosuré, 

Et Maquesai sin est a sin huis si hourté, 

Jou sa bien vraiement, qu'il en kia paumés. 
110 Gommeline le voit, sin a grant dol mané : 

« Amis Maquesai, frère, min songe il est vieré. » 

Quant Maquesai revint, si prist a porpisser; 

Il fait de capelier van Sinte Croc mander 

Et cocus dominas avoec luis aporter, 
ii5 Maquesai se vaura van pekié confesser. 

De Maquesai lairai, de se grant baronie, 

Si dira d'un farlet u mout ot cortosie, 

Il ot a non Oitin, a qui proece agrie. 

Il vint a sin ostel van de Flamengherie, 
lao II vesti en sin dos une bruille truillie. 

Un broque de millier n'i poroit passer mie; 

Il a mis sor se quief un cuife vvrambesie. 

De vorre et de cuitons i stront par dedens mise. 

Aine Deus ne fist saiete, tant fut bien barbellie, 
126 Qui le puist amacier une poume pourie. 

Il prist un fauquillon qui fu van Lombardie, 

Sin la pris un bricuel qui fu van Hongherie. 

Oitekin fu legier, si le sot d'escramie. 



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BIBLIOTHÈQUE DES UNIVERSITES DU MIDI 



Il sent van dostrefort et pooir de bondrie, 
i3o D'une de main manefle a fait un croserie : 

« A! Diu, pere de glore, sinte Mare d'amie, 

Wi ce jor me laissiés que puis salver me vie ! » 

Il se va congié prendre à Wissebel s'amie. 

Quant Wissebel le voit, forment en fu scourcie : 
i35 (( War se gane, Oitin, ne me celés vos mie! » 

Et respondi Oitin van de grant los banie : 
214 c « A vos voel congié prendre, colés mi une fie, 

Sour sains vos juera, min fois vos nert plevie, 

Se Deus mi laist viner van custel de Noevile, 
i4o Je vos embouzera van de Pasques florie. » 

Et Wissebel le blonde tos se bons les otrie. 

Un mosniere li donc qu'a l'or fu brodellie. 

Il ot ens skitoual, canovele, drugie. 

Si leut ens graus d'escoufle, quatre nos mosquellie; 
i45 Et Wissebel le base par moult graiit droerie. 

Or vos tarons s'ester du bon farlet Oitin, 
Si vos voira conter d'un sage home Liepin, 
Par de grant sens de lui cuide lestre eskiepin. 
Il a fait inseler sin queval Walopin, 

i5o II vasti en sin dos i sauberc doubletin, 
11 a cinte sin spede qui n'est pas ruebelin, 
Ains fu Salovart clere, dont de brant fu cerin. 
Par un sele batiere sali sour Walopin, 
Sin deus piés fist loer d'un cordele de lin, 

i55 En wise d'esporons s'a caucié se patins. 

Uns sorisons conmence, qui bien dot estre emprins ; 
« A ! Deus, piere de glore, qui en de croc fu mis, 
Li Joïs te pelèrent, le pautonier puUins, 
Ci com te fus a noces van sins Harcesaclins, 

i6o Par sintes miroracle fesis van l'eve vins, 
Ensi com je le croc vraiement de cul fin. 
Si me laissés viner van custel de Noevil. » 

Siggeur, ore scoutés, pour Diu de ruiamant, 
Von rui de sinte (glore qui nasquit Belliant. 

i65 Quant le Flamenc se furent sanlé desor ce cans, 
Damedeus i a fait un miroracles grans. 
Un esfoudre de ciel i va le jour kiant. 
Et Wautier Nainmeri, qui fa de bon sargant, 
Il porte un lariflume van de ven desploant, 

170 Et Grardin le Kiiere, qui l'aloit tuletant: 



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CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS DU XIII^ SIECLE. 



214 d cDeus, corn sont a masaise orendroit no cergant! » 
Hue van Castelain il leut un fain si grant 
Il leûst bien mengnié en moiUe tro pain blanc. 



Au cuer trop de duel et d'ire ai 

D'une cose que je (lirai, 

Et si n'i a fors que cazees : 

Les coses sont trop desghisees ; 
5 Si m'ait Dius, li rois de France 

Par sen grant sens et par souffrance 

A tous les jus abandonés ; 

Li rois s'est si a çou donnés 

K'il veut con jut a le grieske 
lo (De çou ne li est point a eske), 

A ju d'eskès, a ju de tables; 

Ces coses sont assés raisnables; 



173 Rien n'indique que la pièce soit inachevée, comme le dit Scheler. Cette 
plaisanterie ne pouvait, du reste, se prolonger indéfiniment. 

La plupart des altérations phonétiques propres à ce texte ont été relevées 
plus haut (Note addit. à VIntrod.). Quant aux mots isolés (ou formules) qui ont 
été estropiés en vue d'obtenir un effet comique (lequel repose souvent sur une 
équivoque grossière), je n'ai signalé que ceux dont le sens n'apparait pas immé- 
diatement. Plusieurs passages me sont restés obscurs, comme à Scheler ; beaucoup 
d'explications avaient déjà été données par ce savant (Trouvhres belges, II, 35 1-6); 
il ne m'a point paru nécessaire d'avertir le lecteur quand mon interprétation 
difTérait de la sienne. — La division en laisses est indiquée dans le manuscrit par 
des lettres oriiées. 

3 De c le, la, les»; cf. passim; croc t crois» (calembour). — 4 haiclin 
c enclin ». — 9 frurins t frarins ». — 10 estuires c estoires » (calembour sur 
cestui»?); escrins cescriz». — 11 suerins c serins i3 le los ele est kiie 
« l'oz est criée » ; cf. 3i ; a put estins « a pute estreine ». — i5 le vile s'unt stoumie 
t la vile si ont estormie ». — 23...? — a4 escavecant t chevauchant». — a6 lar- 
mant c germain » ; cf. 45, 54. — 33... ? — 35 froubeter c fourbir ». Sur les verbes 
ramenés à la première conjugaison, voy. Note addit. et cf. 99, iSg; pour l'addition 
de suffixes diminutifs, cf. baielé, 100; brodellie, i43, mosquellie,t44* — 36 encoste 
c encontre ». — 4o eskepin « eschevin » ; cf. 7a. — 4i warola a parla ».— 4a ne stront 
jo € n'istrai jou » ; cf. 5i. — 49 valier t vaslet » ; cf. 68. — 53 Vrouwe Lisse « Dame 
Lisse » (Elise)?-' 58 ramentos « ramentoif ». — 65 pelé «c pené » ; cf. 1 58. — 66 Joïs 
c Longis ». — 67 pro « lo ». — 69 bailon, a bailli » et « baron ?» — 71 poiant « puant »; 
boité a bouté » ; cf. 78. — 74 qui le a que il ». — 76 ambas « gambais ». — 77 cascuns 
plos fu sané t chascuns plois (maille P) fu serrés »(?), — 78 vorre « voirre » (verre; 
l'auteur joue sur la ressemblance du mot avec t bourre»); quitons c cotons»; 
cf. ia3. — 80 par mi lu de plos « par mi lieu les plois ». — 81 d'infer « de fer ». — 
8a manefle. Le sens de ce mot est certainement c gauche » ; cf. i3o, où un person- 



XXIV 



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BIBLIOTHÈQUE DES UNIVERSITÉS DU MIDI 



Or oiés con faites lubaves : 

Li rois veut bien c*on jeté as aves, 
i5 Si veut bien c'on jut au galet, 

Et li viellart et li vallet; 

Escremir et poire faucon, 

La doivent juer li bricon : 

Tout çou ne prise il deus cokilles; 
20 Li rois veut bien c'on jut as billes ; 

Il a juré sen doit manel 

K'il veut c'on jut au brionel 

Et a le croce par raison 

Quant li gelée est en saison ; 
25 De tous les jus dont on s'apense 

Li rois ni fait nule deffense, 

Fors que d'un seul ju seulement. 

Celui defïent trop cruelment: 

Li rois fait a cascun savoir 
3o Ke nus ne jut a dire voir; 

Voirs est, et bien l'ai entendu, 
215 a Ke le voir dire a defifendu : 

Ki voir dira il ert bonis 

nage se signe de la main « manefle ». Mais comment s*expUque-t-il ? Peut-être de 
a main v plus le germ. ûbeL — 83 signié, de a ceindre » plus la finale épique iè (ca- 
lembour sur a seignier » ?). — 84 foure a fuerre ». — 85 solier t solaus ». — 86 siele 
batiere; voy. Godefroy bastière et cf. i53. — 87 estré a estrieu ». — 88 loé a loié ». 

— 99 haner « hennir ». — 94 Ms. une foudre. — 95 porpisser a porpenser » ; cf. 11 a. 

— 96 war, flamand waer, où. — 97 sin^e c songe » ; bosoflé P (le sens parait appeler 
«esmaié »).— 99 oes t uelz ». — 100 baielé a baee »; cf. 35. — loi haignon? — 
io3 singes « sires » ; mourés « m'oiiés » ou a demourés ». — xo4 ja mais le pisserés 
cjamar le penserés ». — io5 mi ne croi corcerié, je ne crois pas que vous réus- 
sirez (en me parlant ainsi) à me courroucer (inquiéter) (?). — loô porions « espo- 
rons» (calembour avec «porion», poireau). — 109 kia paumés «cheî pasmés». 

— III vieré c avéré». — n3 capelier a chapelain ». ^ ii4 cocus dominus t cor- 
pus domini». — 118 a qui proece agrie «cui p. aigrie». — lao bruille truillie 
c broigne treslice » (calembour avec a truillier », pressurer?). — lax un broque de 
millier, une graine (P) ou une pousse (cf. « broque de chou ») de millet? — laa 
cuife ccoife». — ia4 barbellie «barbelée». — xa5 amacier? le sens exigerait 
« traverser». — - laô fauquillon, arme en forme de faux? — 127 bricuel? — «9...? 

— i3o croserie «crois» (signe de la croix). — i34 scourcie «escourcie» (calem- 
bour avec « courrouciee). — i35 war se gane, où vont ils (en flamand). — i36 
los banie «oz banie». — i4o embouzera «espouserai» (calembour). — i4a qu*a 
Tor fu brodellie «qui a or fu brosdee». — i43 skitoual «citoual»; canovele 
« canele » ; drugie « dragiee ». — i44 graus d*escoufle, griffes de milan (est-«e un 
talisman ou le nom d'une épice?); nos mosquellie, noix musquée, muscade.— 
ï5o doubletin « doblier ». — i5i ruebelin « rovelent ». — 1 5a serin « acerin ». — 
i58 pullins « puUens». 161 de cul fin « de cuer fin-». — 167 le jour kiant c le 
(ce) jour cheant ». — 169 lariflume «roriflambe » ; van de vent desploan^ «au vent 
se desploiant »? — 170 Kiiere « criiere » ; tuletant? — 173 en moille « en soupe ». 

XXIV. 17 Gorr. « escremir a poire u faucon »? 



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CHANSONS ET DITS ARTESIENS DU XIU* SIECLE 



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Et hors de le vile banis. 

35 Por çou ne tieng je pas a lorgne. 
Si m'aït Diex, Jehan le Borgne, 
Meïsme Colart Lienart 
Je ne le tieng pas a buisnart ; 
On a le roi bien acointiet 

4o K'il ont juré dusk'a moiliet. 
Je fui ja wan en un tel lieu 
C'on dist ke Jehans Hukedieu 
Entre lui et Jehan Cosset 
Ont juré de cosse en favet : 

45 En lieu de bon nués arlisiens 
I ont mis de viés doueziens. 
Meïsme Tumas de Castel 
El parkemin dedens se pel 
Quinze cens livres eut vaillant, 

5o De çou me vois esmervillant 
K'il ne fina de waaignier 
De nariner ne d'espargnier 
Bien a passé plus de vint ans, 
On dist bien k'il en a trois tans; 

55 Et uns autres» Heuvins li Clos, 
D'aucune gent a bien le los ; 
De mars d'argent a il fait livres; 
Par tant est il du roi délivres. 
Audefrois est vrais innocens, 

6o De vint milliers a fait set cens; 
Mais d'une cose li anoie, 
K'il oublia ceste monoie, 
Por parezis a mis besans, 
S'en est Audefrois trop pesans. 

65 Et uns Josiaus Esturions 
Ne donroit pas deus porions 
De ciaus ki li voelent grever 
215 b Ne de sen sairement lever; 
Aine a voir dire ne jua; 

70 Vint mile livres oublia. 

De coi il set bien faire conte. 
Or ne crient il ne roi ne conte^ 
Et sire Jakes de Monchi 
Un peu de rente a ainchi, 

75 Or est ketis en povreté. 
Souvent en pleure de pité. 

49 < Livre » est écrit, ici et ailleurs, c Ib. ». 



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BIBLIOTHÈQUE DES UNIVERSITÉS DU MIDI 



Et Englebert a le Glapete 

(Çou est cil qui tous tans papete) 

Quatorze cens, c'est ses trésors ; 

80 Ses sairemens i fu très ors; 
Li rois ne veut mie çou croire 
C'onkes desist parole voire : 
Par tant a le ju waaigniet 
Ke le voir dire a espargniet. 

85 Willaume as Paus en pauciant, 
S'il a voir dit, c'est en ciant, 
Car il est fins preudom loiaus : 
Tesmoins en a de deus muiaus; 
Du mentir set il bien sen roi, 
90 II est hors du dangier le roi. 
Or dirai de Henri Wagon 
Com li rois le tient a preudom ; 
Il porte bien teste ki ment: 
Bien i parut au testament 
95 Signeur Adan Esturion, 
II i tailla tel corion 
Nuef cens livres de remanant 
(Ce dient si apartenant) 
En retint de ce grant avoir; 

100 Por çou ne fait il pas savoir 
De le grant vie que il maine : 
En Engletere envoia laine; 
Mais li nés fu trop tost perie : 
215 c S'en est se rikece amenrie. 

io5 Uns autres, Jehans d'Estanfort, 
En lui meïsme prent confort; 
Vint livres, voir, c'est ses cateus ; 
Il sait bien que li rois |est teus 
K'il ne vaura grever nului 

iio S'il n'a trop loiauté en lui; 
Et cil Ermenfrois de Paris 
Sans dire voir s'est bien waris ; 
De mars d'argent a il vint mile. 
En sen brievet n'eut fors que ghile. 

Il 5 Jakes Joie bien a trente ans 
K'entour le cange est il antans 
Or n'a vaillant que sis cens livres, 
On dist c'al sairement fu ivres. 
Grars Favereaus a grant envie : 

120 Por çou k'il maine bele vie 
Li veut ou tolir sen avoir. 



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CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS DU XIII* SIÈCLE ' lOI 



N'ainc ne jua a dire voir. 
Waghes Wions, c'est cose overte, 
Il est keûs en grant poverte; 

135 Avant ier perdi deus oisiaus. 
Hé Diex» ki est uns damoisiaus 
C'on apele Bertoul Verdiere; 
Si m'aït Diex, il m'est aviere 
Ke par defaute d'escrivent 

i3o En son brievet eut trop de vent; 
Il n'est nus ki le peûst lire, 
Cil ki le fist ne seut escrire. 
Uns bien preudom me tesmoigna 
Ke cinc cens livres waaigna 

i35 Hues li Cuens en une nuit. 
Guidiés vos que le roi anuitP 
Nenil voir, ains veut consentir 
C'on laist le voir por le mentir. 
Si m'aït Diex, Robert Au Ris 
215 d Je croi k'il soit mout esmaris 

i4i C'on a le roi bien acointiet 
K'il a d'avoir plus le moitiet 
Ke n'ait Estevenes de Soucès; 
Li rois n'en est seûrs ne cers 

i45 Ke ce ne soit mout grans mençoigne 
Car le voir dire cil resoigne. 
En Arras a cinc cens brievès; 
Cascuns descire ses huvès 
De maltalent, de duel et d'ire; 

i5o Por çou que n'ose nus voir dire; 
Tout çou est vérités sans faille. 
Bon marcié arons de vitaille. 
Il n'est nus hom qui çou reskeue : 
Por mangier pain sec et boire eue, 

i55 Juner les devenres de l'an 
Ne trespasseront si fait ban ; 
Or je rent lié tout li glouton 
Ki n'en donroient un bouton. 
Dex, s'or vesquist Wiques Hoilans, 

i6o Com cascuns en seroit joians ! 
Ore i est Jakes li Cornus, 
De sens n'est mie ses cors nus; 
Se ses cuers est en grant destrece, 
Li cors n'est mie sans rikece; 

i65 Parjurés s'est tout en apert 
Com cil qui trop a envis pert. 




I03 BIBLIOTHÈQUE DES UNIVERSITÉS DU MIDI 



Et dame Tasse lî Anstiere 
Ele seut bien trover manière 
De mentir a ceste besoigne. 
170 Li Cakemare li tesmoigne. 

Ces deus coururent d'une laisse. 
Et li rois tout en pais les laisse. 
Dame Marote li Mairesse» 
S'ele estoit ore une contesse 
175 Si tient ele bele maisnie» 
216 a Si dist on bien k'ele est wamîe 
De grant argent et de ricoise; 
C'est une dame mout courtoise; 
Li rois n'a pooir de 11 nuire, 
180 Car ses brievès le doit conduire. 
Ore a juré li rois se bote 
Sen gris tabart deseur se cote 
Et trestous les peus de se cape 
K'il veut que nus ne li escape, 
i85 Ki voir ait dit, que que nus die. 
S'il ne s'en fuit en Lombardie, 
Et s'il le tient, il ert en cartre, 
U a Paris u a Monmartre. 
Hé Dex, con j'en conois teus trois 
190 Dont cascuns est forment des trois, 
U n'ont mie alé au marès : 
Robers Crespins et cil Garés 
Et li tiers est Henris Nazars; 
Cascuns dit k'il est droit musars, 
195 K'il ont jué au dire voir. 
Or i lairont de leur avoir. 
D'autre matere vos dirai 
Ne ja de rien n'en mentirai : 
Li eskevin devant l'abé, 
200 Comment k'il nos aient gabé 
Ne mené par faumonement, 
Et trespassé leur sairement, 
S'ont il d'avoir vint et set tans 
K'il ne nomaissent a leur tans ; 
ao5 Entour vint et set mile livres 

Troeve on lisant ens en leur livres; 
Trop malement, voir, s'avillierent 
Quant a leur tans ensi taillierent : 
Par leur mesfaîs firent tel taille 
a 10 Dont Arras est en tel bataille. 
Li abes en fu mal baillis^ 




CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS DU XHl" SIÈCLE Io3 



216 b Et a le court trop asaiUis; 

S*il avoit cuer de lui deffendre 
Il les poroit trestous reprendre; 

ai5 Je le vos di bien en devant 
Des douze sont 11 huit vivant : 
Pieres Wions en est li uns. 
Par foi, ce set tous li communs, 
Jehans Cessés et Audefrois, 

aao (Or vos en ai je nomé trois) 
Et sire Jakes de Monchi; 
Ces quatre vos nome je chî. 
Et signeur Mikiel le Waidier, 
Jel di por voir et sans cuidier, 

a 25 Et sire Raous au Grenon 
De loiauté a le renon; 
Uns autres, de Castel Tumas, 
Or est il abaubis et mas, 
Meïsme Colart de Courcele; 

a3o Par aus est li cités ancele 
Et si fu li Viniers Jehans 
Et Robers Maraduis li Grans, 
Grars Reviaus et Copins Doucès. 
Or ne voel plus parler de ces, 

235 K'il sont en estrange païs ; 
Se j'en di plus, iere haïs. 
Mais nequedent dirai je : (( bouse r> 
De ces eskevins trestout douze; 
Ore est li clapoire effondrée 
a4o Dont Arras est en le cendrée. 



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BIBLIOTHÈQUE DES UNIVERSITÉS DU MIDI 



AVERTISSEMENT 



Voici rénumération des principales sources auxquelles nous 
avons puisé pour composer VIndex des noms propres : 

I. — Manuscrits. 

A. Paris. — BN. fr. 844; 845; 1109; I26i5. Ces recueils ne 
nous ont fourni que des renseignements concernant la littérature 
et qui, pour la plupart, n'ont rien de nouveau. — Le fameux registre 
de la confrérie des jongleurs et bourgeois d'Arras (fr. 854i) nous 
a été d'une grande utilité. Il n^est pas de document plus précieux 
en ce qui concerne les dates. — Le n° a5566 qui renferme le 
Congé de Fastoul (imprimé par Méon), a été consulté par nous, 
de même que le n» 887 que nous suivons pour le Congé de Bodel. 
— Nous avons aussi tiré quelques renseignements du ms. 8533 : 
u Compte des recettes et dépenses des hôpitaux de Saint-Jehan en 
l'Estrée d'Arras, etc.. » 

Au point de vue de la biographie proprement dite, le fonds latin 
nous a offert des ressources plus appréciables encore. Signalons, 
en premier lieu, un censier de l'année laôi (lat. 1097a) où se 
rencontrent les noms des bourgeois d'Arras les plus connus. 
Ajoutons les mss. 9980 et 17787. La valeur de ce dernier recueil 
serait surtout considérable pour l'étude de la première moitié du 
xiir siècle. 

Arsenal, fr. 3ioi et 3io2 (copies de Vatican, 1490 et i522.) 

B. Arras. — Bibliothique municipale. 

N° 64o : a Inventaire de plusieurs layettes des archives des 
anciens comtes d'Artois. » 

N° 740 : Il Necrologium atrebatense. » Sur parchemin, loi feuil- 
lets, xm" siècle. 

3o5 : « Obituarium ecclesie attrebatensis. » Sur parchemin, 
122 feuillets. 

Archives départementales du Pas-de-Calais. 

L'ouvrage qui nous a servi le plus, c'est l'Inventaire chrono- 
logique de Godefroy, en deux volumes. Cet inventaire va du com 




CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS DU XIII* SIECLE 



I05 



mencement du xiir siècle jusqu'aux premières années du xiv". Le 
tome II a, pour nous, beaucoup moins d'intérêt que l'autre. 

Ajoutons à cet ouvrage d'une incomparable utilité diverses 
pièces de la série A (Arch. civiles). 

La série H se consulte aussi avec un grand fruit. Citons tout 
particulièrement une copie de chirographes concernant la Prévôté 
des Eaux (64 feuillets, papier). Avec l'inventaire de Grodefroy, 
aucune source n'a été pour nous plus féconde. On peut tirer aussi 
des données intéressantes de quatre liasses de petites chartes 
enfermées dans le carton GG (H, Servitudes héritàbles). 

Archives municipales d'Arras. — Nous y avons lu diverses 
pièces non cotées (parchemin). Ce sont généralement des re- 
connaissances de dettes et des reçus qui offrent quelques indi- 
cations non sans valeur. 

G. Lille. — Archives départementales du Nord. Un cartulaire 
du xiir siècle, de 91 feuillets, renfermant des actes qui ont rapport 
à l'abbaye de Vaucelles, et qui vont de 1187 à 1286. 

II. — Imprimés. 

Il est presque oiseux d'indiquer ici certains ouvrages de pre- 
mière valeur, et dont il est évident qu'on ne pouvait se passer 
dans un travail pareil au nôtre. Tels sont : V Histoire littéraire, la 
Gallia christiana, le Recueil des Olim, les Ordonnances royales, 
la Bibliothèque de l'École des Chartes, les Archives des Missions, etc. 
Mais nous mentionnerons plus spécialement comme nous ayant 
été d'un grand profit : 

10 Les Trouvères artésiens, dé A. Dinaux, livre précieux, malgré 
ses erreurs étranges. 

20 L'Inventaire sommaire des Archives départementales du Pas- 
de-Calais {Arch. civiles, série A), par M. J.-M. Richard, archiviste. 
(Arras, 1878). Nous en avons fait un constant usage. 

30 Les Mémoires de l'Académie des Sciences, Lettres et Arts 
d*Arras. 

Les Trouvères belges, de Scheler. 

5« Le Vieil Arras, par G. Le Gentil (Arras, 1877). 

6^ Les Rues d'Arras, par MM. Achmet d'Héricourt et Alex. 
Godin (Arras, i856). 

70 Histoire monétaire de la province d'Artois etc., par Alex. 
Hermant (Saint -Omer, i843). 

8° Histoire de la ville de Saint-Omer, par A. Giry (Paris, 1877). 

Le lecteur s'apercevra sans peine des services que nous ont 
rendus les beaux travaux de Méon, Monmerqué, Raynouard, de 



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MM. Passy, Raynaud, et surtout de MM. Paulin et Gaston Paris. 
Nous en faisons spontanément l'aveu avec beaucoup de plaisir 
et de gratitude. 

Nota. — Outre les indications que nous avons pu fournir sur les 
personnages dont il est expressément question dans les poésies par nous 
éditées, nous avons cru devoir, quand ils appartenaient à une famille 
importante et nombreuse, citer les principaux membres de cette famille, 
encore qu'ils ne fussent point mentionnés dans nos pièces. Nous avons 
indiqué les sources où l'on puiserait, à l'occasion, des renseignements 
sur ces individus qui sont, la plupart du temps et bien qu'on doive 
actuellement renoncer à le prouver, unis par des liens de parenté aux 
bourgeois d'Arras que notre texte désigne. Ce sont là comme des pierres 
d'attente que nous avons posées dans l'espérance de faciliter la tâche de 
ceux qui entreprendront, un jour, d'écrire l'histoire complète de la 
grande commune artésienne. Nous ne nous dissimulons pas, en efiTet, 
que notre travail est bien loin d'être achevé, et les recherches, malheu- 
reusement • restreintes, que nous avons faites, nous ont donné cette 
conviction qu'avec plus de temps, plus de bonheur et de sagacité, on 
arrivera sans peine à combler les immenses lacunes que présente la 
biographie de tous nos personnages, à identifier bien des noms sur 
lesquels nous n'avons rien su dire, à relever des erreurs que nous 
avons assurément commises. U suffit de travailler quelques jours aux 
Archives du Pas-de-Calais pour s'apercevoir de leur richesse, pour 
comprendre que, si peu que l'on veuille y consacrer son loisir et son 
soin, on tirera de l'oubli où il est plongé ce peuple si curieux de 
financiers et de poètes. Quant à nous, si nous parvenions à suggérer 
à quelque autre l'idée de travailler encore à cette résurrection d'un 
passé si digne d'être connu, nous nous estimerions fort heureux d'être 
dépassés dans cette tâche par ceux qui l'entreprendraient. La mine 
n'est point épuisée ; elle garde encore tout son trésor, et c'est à peine si 
nous avons attaqué le premier filon. 



Abbé. — Un personnage que Ton désigne simplement par ce mot 
« l'abbé », joua un rôle important dans l'affaire de l'impôt mal réparti. 
Ce fut lui qui revisa, contrôla les comptes des échevins coupables de 
malversations. Il semble avoir fermé les yeux sur certaines irrégularités 
dont il se trouva, par le fait même, responsable dans une certaine 
mesure (II, 69-70). Non seulement on ne lui épargna pas les railleries 
(XIII, 56-6 1), mais encore il fut attaqué devant un tribunal (XXIV, 211- 
212). S'il l'eût voulu, il aurait pu se défendre aisément et faire retomber 
la faute sur les échevins {Ibid,, 2i3-2i4). Mais il dédaigna, probablement 
par bonté d'âme, ce moyen de se disculper (XIII, 58). — Les ordonnances 
de saint Louis stipulent, en effet, que des personnes de l'Église devaient 
aider de leurs conseils ceux qui avaient mission d'asseoir les tailles. 




CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS DU Xm* SIÈCLE 



107 



Quel est maintenant cet abbéP II parait infiniment probable qu'il s*agit 
de l'abbé de Saint -Vaast qui jouissait, à Arras, de la plus grande noto- 
riété. Lorsque les poètes artésiens disent « l'abbé » sans indiquer de quel 
monastère, ils entendent parler du monastère par excellence, — de Saint- 
Vaast. Or, en 1269, ^® supérieur de ce couvent était Simon Novion, élu 
en 126a et qui mourut en 1279 {GalU christ,, t. III, col. 887). Il est 
appelé Simon de Noyon dans le tome XL de la Bibliothèque de l'École des 
Chartes y page 585. 

Acaire (Saint). — XIX, 80. C'est le patron des fous. (Cf. Le Jeu de la 
Feuillée,) Sa chapelle était dans les environs d'Haspres. — « Lorsque le 
roi Charles VI devint fou, on présenta son image en cire à la châsse de 
saint Acaire.» (Arch, du Nord, t. IV, p.. i33; Dinaux, Trouv, barban- 
çons, etc., p. 227). — Pour l'origine du mot, consulter Romania, 1881, 
p. 3o2. Sur la chapelle de ce saint à Haspres^ cf. Feuillée, 333. 

Acarios (MATmEu). — XIX, 21. Semble s'être approprié des biens 
Auxquels il n'avait pas droit. — Ce nom fut, sans doute, primitivement 
un sobriquet (saint Acaire, patron des fous). Nous ne xîonnaissons pas ce 
Mathieu. Mais un certain nombre de bourgeois d' Arras ont porté ce 
nom d' Acarios. BN. fr. 854i, année i3o3. Pentec. : Henri Acaire. — 
Sawale Achariot, marchand de fourrures et fournisseur de la comtesse 
Mahaut, est cité maintes fois dans les actes du commencement du 
xiV siècle. Il Sur saint Acaire, cf. le précédent. 

Adam (Maistre). — XIV, 65, et XXII, 177. Voyez Adam de Vimi. 

Aix. — XXm, 7. — Il s'agit d'Aix-la-GhapeUe. 

Alissandre (Femme). — XV, 76. Donnée comme la sœur de < dame 
Mairesse j» ; on en parle d'un ton ironique. 

Alori. — m, 81. Nom imaginaire symbolisant le menu peuple. 

Amion (TrasAUT). — XVin, 57. Cette famille était, à Arras, l'une 
des plus opulentes et des plus célèbres, au xui* siècle. Deux générations 
de poètes ont chanté la générosité et l'intelligence des Amion. Le 
Thibaut dont il est question dans notre texte parait être le fils d'un 
personnage qui portait le même prénom. BN. lat. 10972 (Censier de 
l'année 1261) : c Isabella relicta Theobaldi Amion... » Donc notre Thi- 
baut serait fils de Thibaut, mort avant 1261, et d'Isabelle. Notre texte 
parle de lui pour affirmer qu'il avait lieu de se réjouir d'un bref du 
pape permettant de se marier jusqu'à un certain degré de parenté. Il 
est cité dans Godefrôy (I, 588-9) comme assistant, en qualité de témoin, 
au procès fait, en 1285, aux échevins de Boulogne. Cette pièce le qualifie 
« homme du Comte ». A eu un fils. BN. fr. 854i, année 1273, Saint-Remy : 
€ fil Tibaut Amion. » Voici un renseignement sur sa maison ou sur l'une 
de ses maisons : BN. lat. 10972 : « Theobaldus Amions pro domo que 
fuit Johannis Verdiere et Jacobi Bougier, VI sol. in Nat... » (f» 3o r**). 
Çette maison était sise « in vico abbatie versus portftm dç Miaulen§ jp. 




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Andrius li Maires. — XVII, g3. Membre de la confrérie des 
Auduins, autrement dit mari qui n*est pas maître chez lui. n n'est que 
c sergent » dans sa maison, et sa femme y est « comte >. 

Angleterre. — XIX, 7 ; xxiv, loa. 

Anjou. — Voyez Comte d'Anjou. 

Anstier ou L'Anstier ou L'Hanstier (nom tiré du métier : ha- 
starius, fabricant de lances). Un très grand nombre de bourgeois d'Ajrras 
se sont appelés ainsi, et, comme plusieurs portent le même prénom, il 
est souvent difficile de les distinguer. On peut dire, en général, que les 
Lanstier étaient des banquiers, voire des usuriers. Certains d'entre 
eux, pour se faire pardonner leurs richesses, se sont montrés généreux 
envers les poètes qui les ont quelquefois chantés. Mais on les a beaucoup 
critiqués aussi. Trois membres de cette famille sont mentionnés dans 
notre texte. 

Mahieu, — XXII, 77 sqq. Trompeur et menteur, c au mentir s'est 
tous jors aers > (v. 8a). Sa femme est citée dans le Jeu de la Feuillée 
d'Adan de le Haie, et dans BN. fr. 854i à l'année ia6i. Pur. — Cette 
femme était fille du célèbre Audefroi Louchart (Godefroy, I, pièce 
du mois d'août 1271). Ainsi Mahieu appartenait par alliance à une 
dynastie d'usuriers, et il ne semble pas y avoir été déplacé. Nous 
le trouvons, le i5 décembre ia42, comme témoin d'une vente (God. 
!nv, I, i32). — En août 127 1, la comtesse d'Artois confirme une vente 
que Mathieu c dictus Hanstarius a faite à Wibert de Builecourt, écuyer, 
de 88 mencaudées de terre situées dans le territoire d'Inchi pour les 
tenir en fief de Raoul, seigneur d'Inchi, à sept sols et demi de relief. » 
{Arch. dép. du P.-de-C, A, 19.)— En octobre 1277, la comtesse d'Artois 
assigne le péage de Bapaume en paiement de 600 1. p. empruntées à 
Mathieu Lanstier. (Ibid., A, 24).— Le 29 juin 1281, Robert d'Artois 
reconnaît devoir 220 1. p. que Mahieu L'Anstier lui avait prêtées c pour 
acheter un grand cheval » (God. Inv, I, 5i3). — BN. iat. 10972, f» 34 r* : 
c Matheus li Hanstiers pro domo que fuit Audefroi Louchart [son beau- 
père] in magno vico Nicholaï contigua viculo que ducit ad Johannem 
III sol. et VI den. in Nat.. » — Le même ms. nous apprend qu'il a eu 
un fils nommé Baude : c Balduinus, filius Mathei li Hanstiers, pro domo 
que fuit Hugonis le cirier in magno vico Nicolaï XXXVIU den. in 
Nat.. » (f» 34 r»). Il On ne doit pas confondre ce Mathieu L. avec le per- 
sonnage des mêmes nom et prénom qui falsifia, en i3o4, les élections 
pour l'échevinage. {Arch. dép. du P.-de-C», A, 5o.) La vraisemblance 
s'oppose à ce qu'un homme qui témoignait dans une vente en 1243 pût 
être, en i3o4t encore mêlé aux affaires publiques. 

2*" Dame Sarain, — XXII, 3. Bien que le nom de famille ne soit pas 
donné, il s'agit évidemment de Sarain Lanstière, personnage qui jouis- 
sait d'une assez grande notoriété pour que cette indication abrégée sufTit. 
— Cf. Congé de Fastoul, v. 564. 

3« Tasse L. — XXIV, 167 et suiv. Elle est compromise en même temps 
que les bourgeois qui avaient fait de fausses déclarations de leurs biens, 
lors de la fixation de la taille. Une dame « Tasse li Hanstiere > est men- 




GHAIfSOIfS ET DITS ARTÉSIETfS DU XIII* SIECLE lOQ 



tîonnée à Tannée ia65, dans le ms. 854 1. — Mais ici surgit une diffi- 
culté, car il y a, dans Arras, à la même époque, deux femmes qui 
s'appellent c Tasse L. > et qui. Tune et l'autre, s'occupent d'usure : 
a) Tasse, fille de Emme : Les échevins de Calais reconnaissent lui devoir, 
en février 127a, 260 1. p. (God. Inv. I, p. 4i5); b) Tasse, fille de Margha- 
retain [God. Inv. I, p. 48a (octobre 1278); I, p. 587 (octobre ia8a)]. — 
Nous ne pouvons décider s'il s'agit, dans notre texte, de Tasse, fille 
d'Emme, ou de Tasse, fille de Marguerite. Toutes deux brassaient des 
affaires, et la délicatesse en matière d'argent et d'élections n'était pas 
la qualité dominante de cette famille. 

Antoine (Saint). — XV, 3. 

ApostOile. — XVIII, I et passim. De quel pape s'agit-il dans cette 
pièce qui fait allusion aux guerres de l'Empire et du Saint-Siège et qui 
est visiblement la plus ancienne de notre recueil? L'empereur est, à 
coup sûr, Frédéric II, car nous ne croyons point que ses successeurs, 
Conrad, Conradin, Manfred aient été absolument désignés par ce titre 
r € empereur». Frédéric a lutté contre deux papes, Grégoire IX, puis 
Innocent IV. Mais notre satire parait postérieure à la mort de Gré- 
goire, survenue en ia4i, et c'est au pontificat d'Innocent IV qu'il est 
naturel de la rapporter. Au surplus, quelle qu'ait été la violence de 
Grégoire IX, ce fut surtout son successeur qui contraignit la chrétienté 
à prendre les armes contre son rival. Or, notre poète parle d'un ordre 
des cardinaux (v. 85 et suiv.) qui enjoignent à tous les célibataires de 
se marier dans le délai d'un an ou de se rendre à l'armée pour soutenir 
la cause de l'Église. Nous n'avons nulle part trouvé la mention d'un 
mandement aussi bizarre, et peut-être ne faut-il voir là qu'une plaisante 
invention d'un auteur cherchant le moyen de tourner en ridicule les 
vieux garçons de son pays. Toutefois, même en admettant l'hypothèse 
d'une pure fantaisie satirique, il est clair qu'elle s'explique par les 
événements de l'époque et qu'elle ne se justifie qu'en un temps où le 
Saint Père cherchait des soldats. Or, c'est entre les années 1246 et 1249 
qu'Innocent IV essaya de soulever l'Europe entière contre son ennemi 
et fit prêcher une croisade pour la destruction de Frédéric et des 
siens. Les bulles très nombreuses et violentes qu'il adressa de toutes 
parts alors ont pu donner à l'auteur de la pièce XVIJI l'idée qu'il a 
développée dans son œuvre. (Voyez Potthast, Reg. Pontif. Rom., t. II, 
n** iao44y laoSa, lagoa, lagao, ia9a7, 18007, i3i49> etc.) Nous pensons 
donc que cette satire a été écrite entre ia46 et ia49, plutôt vers la 
seconde de ces dates, puisque le poète parle des insuccès de l'empe- 
reur (v. a8), ce qui ne s'expliquerait aucunement en ia47, année où 
Conrad, fils de Frédéric, avait complètement vaincu Henri de Thu- 
ringe, élu en ia46 à l'instigation du Saint-Siège. Ce serait donc aux 
démêlés de Frédéric II et d'Innocent IV que feraient allusion ces vers 
écrits sans doute vers ia48 ou ia49. || Sur VApostoilej voyez aussi 
XVn. lia. 

Arage.— XXI, ii3. L'Arabie. Voyez un autre exemple du mot 
dans les Enfances Vivien (éd. Wahlund), B. i46. 



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Arras. — École de poésie; ville célèbre par son Puy, I, i et suiv. — - 
Troublée par la faute des bourgeois qui ne veulent point payer Timpôt 
et par des échevins prévaricateurs ; II, 111, XIII, XXIV. — Riches habitants 
de cette cité; XIV, passim. — Diverses carités de la ville, XV. — Châtelain 
d'Arras, XVI, 98. — Les Auduins ou maris malheureux qu'elle renferme. 
XVII. — Mariages irréguliers contractés par des bourgeois d'Arras; 
célibataires appelés à l'armée par le pape, XVIII. — Détournements 
d'argent commis à Arras, XIX. — Les trompeurs y abondent, XXII, passim* 

Arras (Li Maires d'). — XIX, 67. Ses parents ont été compromis 
dans une afTaîre de détournement d'argent. Faute de savoir la date 
exacte de la pièce, il est impossible de préciser auquel des maires qui 
se sont succédé, au xiii* siècle, dans cette charge s'adressent ces vers 
peu flatteurs. Disons seulement que Simon Faverel ou Faveriaus fut 
maire d'Arras depuis 127 1 jusque dans les premières années du 
XIV* siècle. Il est donc vraisemblable qu'il s'agit de ce Simon Faverel. 
(Voyez à ce mot.) 

Artésiens. — XXIV, 45. € Bon nues artisiens. » Ce sont des écus 
fabriqués à Arras et dont la valeur, ainsi que le texte le prouve, était 
considérée comme grande. L'atelier monétaire d'Arras était d'origine 
fort ancienne : il est constant, du moins, que, dès le commencement 
du règne de Philippe -Auguste, il se trouvait en pleine activité. (Voyez 
Alex. Hermant, Hist monétaire de la Province d'Artois et des seigneuries 
qui en dépendaient, Saint-Omer, Chauvin, i843.) 

Artois (Comte d'). — Il s'agit de Robert II. On parle de lui comme 
ayant souffert un grand tort de la part des bourgeois qui ont falsifié 
leur « brevet », de la part aussi des échevins qui ont mal « assis » la taille. 
III, 80; XXIV, 72. [|Voir aussi XXI, 29. 

Artois (Comtesse d'). — VIII, 29-80. Citée comme un exemple de 
grande opulence. Le fait qu'il est parlé, dans cette pièce, de la comtesse 
et non du comte d'Artois permet de supposer qu'elle a été écrite durant 
la minorité de Robert II, entre 1260 et 1266. 

Astices (TiBERs d'). — V, 81. Nom de fantaisie, amené sans doute 
par la rime. Dinaux suppose cependant qu'il peut être ici question 
d'Attiches, village du département du Nord, arrondissement de Lille. 
Fort douteux I 

Aublainsevele. ~ IX, 21. 

Aùdefroi* — Il fut l'un des échevins par qui la taille fut mal répartie 
(II, 59-68; XXIV, 221). Il ne s'était pas mieux conduit comme contri- 
buable que comme magistrat, et avait dissimulé sa véritable fortune 
(XXIV, 59-68). Mais il ne fut pas sans inquiétude sur l'issue de cette 
supercherie (XÏII, 38 -34; XXIV, 64). Toutefois sa malhonnêteté lui 
rapporta de gros profits, «il ala enflant » (II, 66). Ce personnage, fort 
maltraité par nos pièces artésiennes, est encore donné comme un avare 




CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS DU XIII* SIECLE 



(XrV, 45). Voyez enfin XV, 82, et suiv.— S'il a été décrié par certains de ses 
contemporains, Audefroi fut, en revanche, grandement loué par d'autres. 
Adan de le Haie le prend pour juge dans quatre de ses jeux -partis 
(Coussem, i, 4, n. Romania, VI, 690, et suiv.). Adan, qui le prend 
pour juge contre Bretel, lui reproche d'avoir abandonné les fêtes par 
amour pour les deniers. — Bretel lui adresse une chanson (Arsenal, 3ioi, 
P 167). Fastoul le nomme dans son Congé (str. 8). Le même poète (str* 3o) 
nous apprend qu' Audefroi avait deux fils qui lui ont € du lor preste et 
replegié». C'est assurément pour cette raison que certains poètes l'ont 
célébré, tandis qu'il était dénigré par d'autres moins favorisés et, partant, 
jaloux. Nous croyons que M. Guesnon se trompe (Comité des Travaux 
hist, et scientif,, Bulletin hist. et philoL, i8g4, p. 42a, note) lorsqu'il voit 
dans le «seigneur Audefroi:», échevin en 121 3, celui qui figure dans le 
Congé de Fastoul. 

Audefroi (femme). -j XV, 7g et suiv. Donnée comme ayant un 
caractère difficile. — Voyez le précédent. 

Audevare. — XXIII, 18. Hues Audevare (nom de fantaisie) est l'un 
des Flamands qui marchént contre Neuville. 

Auduins (Confrérie bes). — XVII. Le poète désigne par ce nom 
une ccarité» de maris faibles ou malheureux. — Voyez aussi XVIII, 161. 

Aurris (et Au Ris). — Famille nombreuse et assez importante d'Arras. 
Deux personnages de ce nom se trouvent mentionnés dans nos pièces. 

i"* Jehan Au Ris. — V, lao. Se donne comme auteur de ce morceau. 
Sa femme est citée dans BN. fr. 854i, année 1268, Saint-Remy. Lui-même 
se trouve Ibid.y 1267, Purif. — Le même ms. nous apprend qu'il eut un 
fils: «Aurris Simons fix Jehan. » (i3o6, Saint-Remy.) 

2» Robert Au Ris. — XXIV, iSg. C'est l'un des bourgeois qui ont fait, 
lors de la taille, une fausse déclaration de leurs biens. Son nom se lit 
dans le ms. 854 1 (BN. fr.), à la date de 1273, Pentec. — Nous doutons 
que ce soit lui qui figure dans un acte du 26 novembre i3o4 (Arch. dép. 
du P.-de-C. A 2o4): «Quittance de Robert Aurris, bourgeois d'Arras, 
pour i32 1. 3 s. 4 d. p., prix de 6663 livres de cire à 4 s. 7 d. la livre.» 
Toutefois il n'est pas impossible qu'il s'agisse de lui. || Rikece Aurris est 
l'un des personnages de la Feuillée. || Fastoul salue Adan Aurri (str. 42). 

Auweline (Sainte). — XV, 64 et suiv. Sous l'invocation de cette 
sainte de fantaisie et dont nulle part nous n'avons pu trouver le nom, 
est fondée une « carité » de femmes. Il s'agit évidemment de personnes 
peu recommandables par leur caractère ou leurs mœurs. 



B 

Baiart ou Baielart. — XXIII, g2 et passim. — Nom d'un cheval. 

Baillius. — XXII, ig5 et suiv. Quel est ce bailli que l'on donne ici 
comme un trompeur? Le vers 197 où l'on nous dit que ce personnage est 



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lia 



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né à Viler, nous fournit une indication sur son identité. Il y a, il est 
vrai, dans le département du Pas-de-Calais, un grand nombre de localités 
du nom de Villers, mais Tune d'entre elles s'appelle encore Villers-Sire- 
Simon. Or, Simon de Villers fut, durant longtemps, bailli d'Arras. Nous 
le trouvons d'abord dans un acte de ia47 : « Simonem de Villare, mili- 
tem, baillivum Attrebatensem. » (Giry, Hist, de la ville de Saint-Omer.) 
En laôo, il était encore dans cette charge. (Layettes du trésor des Chartes, 
t. m : État des revenus et des dépenses de la ville de Montreuil-sur-Mer.) 
Ést-ce beaucoup s'avancer que de supposer qu'il s'agit dans notre passage 
de ce Simon de Villers? 

Banin (Simon). — XXIII, a8. Personnage sans doute imaginaire; est 
donné comme € le plus vaillant » des Flamands qui marchent contre 
Neuville. 

Bftrbier (Vincent le). — XXIII, 20. Personnage inconnu. L'un des 
Flamands qui marchent contre Neuville. Scheler imprime, par erreur, 
c le larbier >. 

Baudimont (Pierron de). — XXII, 48 et suiv. Le ms. donne Baudaie- 
mont. Notre pièce parle de lui comme d'un trompeur : c Faussetés l'a pieça 
sougi » (v. 52). — Ce nom était fort répandu dans l'Artois. Le fief de Bau- 
dimont, près d'Arras, eut plusieurs possesseurs dont quelques-uns furent 
célèbres. Adam de Vimy (voyez ce mot) était seigneur de Baudimont. Une 
des portes d'Arras s'appelle encore ainsi. Fastoul (Congé, str. 16) salue 
Renaut de B.. 

Baudouin. — XIX, 62 et suiv. Personnage inconnu qui semble 
avoir détourné de l'argent. Il fut, à cause de cela, obligé de c vider 
le pays >. Le texte l'appelle c me sire Il est vraisemblable qu'on doit 
l'identifier avec le c sire Bauduin » de la pièce XXII, 160, mentionné 
aussi comme un trompeur (voyez Cardonal), 

Bauduin. — XVII, 75. - Nom d'un âne (cf. XXII, 162). 

Beaumont (Roger de). — XV, 29 et suiv. Il passait sans doute pour 
un pauvre d'esprit, puisqu'on le met dans la carité de Saint-Oison. Tou- 
tefois il eut assez d'esprit pour être choisi par Philippe le Hardi dans des 
circonstances délicates. A cause des difficultés survenues entre les échevins 
entrants et issants, la ville d'Arras se trouvait sans magistrats. Philippe 
nomme, le 18 août 1280. une commission municipale de quatre mem- 
bres, parmi lesquels on lit le nom de Roger de Beaumont (Grod. Inv. 
I, 499)* Il faut en conclure qu'on le calomnie en l'accusant, dans notre 
pièce, d'être dépourvu de sens. Un acte du 26 septembre 1277 concerne 
aussi ce personnage. Simon Vaires, sous -bailli d'Arras, notifie une 
remise accordée par lui à Jehan Brakes pour le fief qu'il possédait à 
fiellacordel et qu'il tenait de Roger de B. — Comme ce fief avait été ame- 
nuisie, on faisait à J. Brakes une remise de 4o 1. p. (Arch, dép. du P.-de-C, 



A, 24.) 

. Beauvais* VII, 59; XX, 73. 




CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS DU XIII* SIÈCLE 



Il3 



Becons. — Deux individus de ce nom sont cités dans nos pièces. 

i*» Baude B, — I, 29 et suiv. Membre du Puy. On lui reproche sa gros- 
sièreté, qui est si révoltante que le bon Dieu, guéri par Bretel, retombe 
malade de sa « grant quartaine » I Qu'attendre, en effet, d*un homme 
qui met son étude « en trufe et en vent et en merderie » ? (v. 3o.) Notons 
que les plaisanteries de B. Becons devaient être terriblement osées pour 
qu'elles eussent paru excessives au poète qui applaudit les facéties de 
Bretel « porkiant » les braies d'un de ses confrères. — BN. lat. 10972 : 
« Balduinus Becons pro domo magna... » (f* 34 v°). — Arch, dép, du 
P,-de-C,, H, Prévôté des Eaux. Copie de chirogr., f» 62 v" (année 1270) : 
ce Baudes Bêchons vend à Pierron Pouchin tout le droit qu'il avait sur 
le molin de Demencour. » 

2" Robert B. — XXII, 95. Personnage donné comme un homme sans 
foi. — Scheler imprime « Bocons » par erreur. — God. Inv. I, 488 : Les 
échevins de Calais reconnaissent devoir 696 1. à Robert Becons d'Arras 
(mai 1279). 

Belemotte. — IV, 90. Le poète parlant d'Adam Esturîon dit que peu 
lui servira, après sa mort, d'avoir été riche et d'avoir possédé le manoir 
de Belemotte. Cette propriété, qui était située « en deçà de Blangi », 
avait effectivement appartenu à la famille Esturion, qui la vendit en 
1283. (Arch, dép. du P.-de-C, H, Prévôté des Eaux. Copie de chirogr., 
f« 34 v« et 35 r».) 

Belliant. — XXIII, 164 (cf. Biauliant, ibid., v. 3o). — Bethléem. 

Bernard (Robert). — XV, 17 et suiv. Le texte le représente comme 
orgueilleux et sot. Il est membre de la confrérie Saint-Oison. Il est fait 
allusion aussi à sa très grande richesse. Nous savons qu'il eut de nom- 
breux enfants : « Enguerand, Adan, Robert, Jacques, Jean, Margot, 
Maroie, tous enfants de Robert Bernard ont werpi à Jean de Vergelay, 
leur oncle, tout le droit qu'ils avaient sur la maison de Simon Wagon » 
(année 1271. — Arch, dép, du P.-de-C, H, Prévôté des Eaux. Copie de 
chirogr., P 55 v».) — BN. lat. 10972, fo 28 vo : « Relicta Henriçi le 
Hucier pro domo que fuit Roberti Biernart an te portam Œdoin 
Mulete, XII den. et II cap. in Nat. » Cette maison était sise « in vico 
abbatie versus portam de Miaulens ». || Ce Jean de Vergelay, oncle des 
enfants de Robert B., est connu. Fastoul le salue dans son Congé (str. 23). 
Il est cité dans le recueil des Olim, publié par le comte Beugnot (t. II, 
p. 389), dans une pièce de 1295 où il est question d'un litige entre 
Robert II et l'abbaye de Saint -Vaast. Nous apprenons, d'autre part, 
qu'en 1284, il revend à la femme de Baudouin, châtelain d'Arras, le 
manoir de Simon Wagon qu'il avait, en 1271, acheté de ses neveux. 
{Arch, dép, du P.-de-C. , H, Prévôté des Eaux. Copie de chirogr., f> 56 ro.) 
Jean de V. fût poète et il soutint, en compagnie de Dragon, un jeu-* 
parti contre Bretel. (Vat. 1490, P 172 r®.) Ces indications suffisent pour 
montrer que la famille de Robert Bernard occupait à Arras une place 
très honorable. 

Bernard. — XVII, 77. Membre de la carité des Auduins. 



8 




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BIBLIOTHÈQUE DES UNIVERSITÉS DU MIDI 



Bertoul. — XVI, 67 et suiv. c Me sire Bertous » est un menteur, un 
homme sans foi. Les vers qui le concernent ont été cités par M. Windahl 
CLi vers de le MortJ, qui suppose avec raison que le Bertoul attaqué plu- 
sieurs fois par Robert le Clerc doit être identifié avec le nôtre. Robert 
le Clerc s'en prend, en général, à la famille des c Bertoulois >. 

Bertremiu. — XYIU, i5o et suiv. Le passage qui le concerne et qui 
a été cité par Windahl nous est extrêmement obscur. 

Béthune (Herbert de). — XXII, g3 et suiv. Homme faux et vaniteux. 

Beugin. — I, a4. Membre du Puy. 

Binervele. — XV. 86. 

Blancandin. — XXII, 81. Titre d'un roman d'aventure (voyez le 
suivant). 

BlangL — XVI, 74 et ii3; XXII, 5i. C'était un petit village dont le 
nom revient bien souvent dans les chartes et qui était tout voisin 
d'Arras. [Actuellement Blangi-les-Arras, sur la Scarpe, canton de Saint- 
Laurent.] Dans nos textes, on représente volontiers les trompeurs comme 
habitant Blangi, parce que ce mot rappelle l'adjectif blanc, et que l'on 
considère la blancheur comme un symbole de la fourberie. — XXII, 108 : 
«De blanke cire est ses seaus»; Ibid., i53 : c Blankes gens i doivent 
manoir. 1 Scheler (Trouv. belges, II. 347) pense que le mot Blancandin 
(qui est au vers 81 de la pièce XXII) est cité de même à cause de sa for- 
mation. — Voyez Mentenai. Cf. Tobler, Mém, de VAcad» de Berlin, i88a, 
p. 533, et Verm, Beitrage, H, 196. 

Boidekin. — XXIU, 17. Nom imaginaire. L'un des Flamands armés 
pour la prise de-Neuville; donné comme neveu de Kaquinoghe. 

Borgne (Gérard le). — XIV, 48 et suiv. Il était mort au moment où 
ce morceau fut composé. Il est donné comme un sot (v. 47) et comme 
jouissant pourtant de beaucoup de notoriété (49). Son héritage échut à 
Baude au Grenon. (Voyez ce nom.) 

Borgne (Jehan le). — XXIV, 36. Avait fait une fausse déclaration de 
ses biens lors de l'afiTaire de l'impôt mal réparti. Ce personnage était frère 
de Sawale le B. dont le nom suit : cSacent tous les servants héri tables 
de la rivière de S. Vaast ki sont et ki a venir sont que Mathieu le Bor- 
gne, clercq, Sauwale le Borgne, son frère, et Isabeau, sa femme, Joziaus 

Fastoul et Laurence, sa femme ont werpi à Jean le Borgne, frère du 

devant dit Mathieu, toute partie que chacun des dits pouvoit avoir ou 
avoit sur le moulin qui fut à Sauwalon le Borgne, père des devant dits 
Mathieu et Sauwalon.» {Arch, dép. du P.-de-C, H, Prévôté des Eaux. 
Copie de chirogr. f» 4o r".) Cet acte est de 1 276. — Tout au commencement 
du XI ve siècle, nous trouvons un Jehan le B. dit : «Biauparisis». Il n'est 
pas certain, mais il n'est pas impossible non plus, que ce soit le même. 




CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS DU XIU" SIÈCLE 



Il5 



Dans ce cas, il faudrait avouer que l'auteur de notre pièce XXIV ne se 
montre pas injuste en accusant de fourberie le personnage qui nous 
occupe. En i3o4, Jehan le B. avait été pris — c'est le cas de le dire! — la 
main dans le sac, au moment où il majorait le brevet de Jehan Hendoul, 
bourgeois d'Arras, afin que ce dernier pût être échevin, charge que l'on 
n'avait pas le droit d'occuper à moins de posséder 3oo livres « de vaillant». 
Jehan le Borgne, convaincu de fraude, avoua que le brevet de J. Hen- 
doul avait été «c touchié et porté a la table et mis au sac et li autre osté ». 
(Arch, dép. du P.-de-C, A, 5o.) Un acte du 17 juin i3o5 nous apprend que 
Bianparisis doit, pour ce fait, être jugé à Saint-Omer. (îhid,, A, 5i.) Mais 
nous savons par une lettre de Philippe le Bel à son bailli d'Amiens 
(28 septembre i3o5) que le coupable s'était placé, sans doute pour cher- 
cher des moyens dilatoires, sous la juridiction de l'évêque et du chapitre 
d'Arras. D'autre part, un compte de cette même année i3o5 {îhid., A, 
206) constate que Jehan le B. a payé deux amendes « cascune a LX livres». 
Il s'en tirait à bon marché 1 Ce fraudeur devait être alors bien âgé, 
mais on voit que les années ne l'avaient point corrigé, et que les deux 
mentions qui nous restent de lui nous le montrent, à trente ans de dis- 
tance, falsifiant les papiers publics. 

Borgne (Sawale le). — XV, 42. il ferait bien de mettre un sien fils 
dans la confrérie de Saint-Oison ; — XVIII, 66 et suiv. Il se propose de pro- 
fiter d'un bref du pape qui permet le mariage «au tiers point» pour 
épouser une femme qu'il aimait et attendait. — Sur ce personnage, voyez, 
dans l'article précédent, un acte de 1276. 

Boulenois. — XVI, i4i. 

Boulogne (Comte de). — XXIII, 5. Héros d'une chanson de geste. 
M. G. Raynaud (Études rom. dédiées à G. Paris, p. 69) estime que ce per- 
sonnage n'est autre que le comte Hoillequin, cité au même vers de la 
même pièce, et il identifie cet Hoillequin avec un certain Hernequin, 
comte de Boulogne, « qui s'est particulièrement distingué dans les guerres 
soutenues contre les invasions normandes au ix* siècle. » M. G. Raynaud 
admet que les exploits de cet Hernequin ont été célébrés par une chan- 
son de geste aujourd'hui perdue, mais dont on retrouve la trace dans les 
notes que Walter Scott a jointes à son ouvrage sur la poésie écossaise. 
Toujours d'après M. Raynaud, Hernequin serait devenu le légendaire 
Hellequin qui, durant les nuits d'orage, parcourt la campagne avec sa 
terrible cmesnie». Nous ne nous rangeons aucunement à cette opinion 
et croyons avec M. G. Paris (Romania, 1893, p. 139) : que notre texte 
cite le comte de Boulogne et le comte Hoillequin comme deux indi- 
vidus différents ; 2* qu'il n'y a pas de raison pour qu'un guerrier qui 
a lutté pour son roi et pour son Dieu devienne, même dans la légende, 
une puissance infernale ; 3" que la note de Walter Scott ne prouve pas 
grand'chose puisque Téminent auteur ne renvoie pas aux sources. 
M. G. Paris estime que le nom du comte de Boulogne «peut fort 
bien se rapporter au roman des Enfances Godefroi dans une rédac- 
tion remaniée duquel le comte Eustache de Boulogne joue un rôle 
capital. » 



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BIBLIOTHÈQUE DES UNIVERSITÉS DU MIDI 



Bouteillier (Raoul le). — XIX, 47-8. Donné comme ayant détourné 
de Targent; — voisin de Henri Huquedieu (voyez ce mot). Il demeurait 
donc vraisemblablement c in strata versus Brounes >. Le nom de R. le B. 
se trouve dans EN. fr. 854 1 à la date de ia63, Saint-Remy. 

Bretagne. — xm, 37. 

Bretel. ~ l, 21 et suiv. Se vante de dérider le bon Dieu qui est malade 
et, pour y parvenir, c fait le paon t et d'autres plaisanteries encore qu'il 
faudrait raconter en Jatin. — XXII, 61 et suiv. Dans ce passage il est 
donné comme un homme adroit, mais sans probité : c plus set d'engiens 
que ne set loutres » (v. 65). 

Ce poète est trop connu pour que nous nous arrêtions longuement à 
parler de lui. Cf. Dinaux, Trouv, art,, p. a83 et suiv. ; Hist, litt., XXIII, 
637 et suiv.; BibL de VÉcole des Chartes, 4' série, t. V, article de L. Passy, 
p. 465 et suiv. ; de Goussemaker, édit. d'Adan de le Haie; Vat., ms. i522, 
f> i53 b. ; BibL de VÉcole des Chartes, année 1880 (t. XLI), p. 195 et suiv., 
article de M. G. Raynaud; Romania, 1880, article de M. G. Raynaud, 
p. 216 et suiv. (il s'agit du Congé de Bodel); Romania, 1894, p. 25i-4) 
un jeu-parti de Bretel (G. Paris); Revue des Deux-Mondes, juin 1890, 
article de M. Bédier sur le théâtre d'Adan de le Haie. — Nous avons 
discuté, dans c la vie et les œuvres littéraires du trouvère Adan de 
le Haie », certaines questions relatives à Bretel. 

BriSSOt. VI, 19. Nom de fantaisie, du moins la chose est bien vrai- 
semblable. 



Cabillau* — VIII, i3. — Nom plaisamment tiré de la profession et 
appliqué à un poissonnier. 

Calabre.-XXH, 74. 

Camus (Le). — XX, I. Sobriquet, c Li Camus qui est nés d'Arras » est 
l'auteur de la pièce qui commence par ce vers. Nous ne savons rien sur 
ce personnage. 

Capele (De le). — Nous trouvons, dans nos pièces, deux individus 
appelés ainsi. Ils sont frères, 
lo Jakes deleC — XVUI, 97. 
2® Heuvins de le C. — Ibid., 98. 

Plusieurs vers leur sont consacrés. Plutôt que de se marier, les deux 
frères sont résolus à obéir au pape, qui ordonne, par un bref, aux céliba- 
taires de marcher contre l'empereur. Pleins de zèle, Jakes et Heuvins se 
sont mis en route et ils attendent à Montpellier ceux qui auraient le 
courage de les imiter. Il est aisé de deviner, étant donné l'esprit ordinaire 
de notre texte, que tout le passage est ironique. Ces éloges mordants 
s'adressent, à n'en pas douter, à des soldats fanfarons qui promettaient 
monts et merveilles et ne quittaient point leurs foyers. || On connaît 




CHANSONS ET DITS ARTESIENS DU XUV SIECLE 



117 



encore d'autres membres de cette famille: i<> Jekannins de le C. (BN. 
fr. 854 1, année 1278, Saint-Remy); a» Evrars de le C. (Congé de Fastoul, 
str. 53). Ce dernier était sage et subtil à merveille. 



Cardonal (Le). — XVI, 92-93. c Me sire li Gardonaus ki est no Gaste- 
lains d*Arras. > Passage très obscur. Inutile de dire que jamais cardinal 
ne fut châtelain d'Arras. Il y a là quelque sobriquet, quelque plaisanterie 
populaire. Quel que fût ce personnage, on le représente comme un 
homme sans foi, grand prometteur, mauvais donneur. En 1284, le 
châtelain d'Arras s'appelait Baudouin. Or (pièces XIX, 62, et XXII, 160), 
il est question d'un Baudouin qualifié de « me sire t et que Ton accuse, 
dans ces deux passages comme dans celui-ci, de duplicité et de mensonge. 
Les trois endroits que nous citons ne se rapporteraient-ils pas au même 
individu : à Baudouin, châtelain d'Arras, surnommé li Gardonal? 

Castel (TuMAS de). — La pièce XXIV le mentionne deux fois parce 
qu'il fut doublement coupable au moment de l'affaire de l'impôt. En 
tant que contribuable, il se déclara, dans son brevet, possesseur d'une 
mince fortune (v. 47 sqq,) encore que, durant plus de vingt ans, il n'eût 
cessé de gagner et d'épargner; en tant qu'échevin (v. 227) il fit une 
mauvaise répartition des sommes versées par ses concitoyens et eut lieu de 
s'en repentir : c or est-il abaubis et mas. t (v. 228.) Le nom de ce magis- 
trat prévaricateur se lit (année 1272. Saint-Remy) dans le ms. 854 1. Nous 
savons par le ms. de la BN. (lat. 10972), qu'il payait 18 deniers de cens 
pour la maison par lui possédée dans la rue qui allait de Saint- Aubert à 
Saint-Étienne (^ i5 r^). || La famille de Gastel fut très nombreuse. Baude 
Fastoul (str. 17) cite le poète Robert de Gastel, et aussi (str. 6) Nicolon de 
Gastel. Gilebert de Berneville adresse une chanson à Michel de Ghastel. 
(BN. fr. 844, i33 r*). Le ms. 854i mentionne Jehan de Gastel (1289, 
Saint-Remy); Baude de Gastel (i265, Pentec); Juliane de Gastel (1268, 
Purif.), etc. 

Castelain (Le). - XVIII. io5. 

Gastelain (Hue Le). — XXIII, 172-8. Personnage inconnu. 

Castelet. — Trois personnages de ce nom dans notre texte : 

lO Robert C. — XV, 22. Membre de la carité de Saint-Oison. 

20 Vinçant C. — XIX, 34. Donné comme ayant détourné de l'argent. 

30 Henri C. — XXII, 211. Trompeur. On l'appelle c Henris G. de la hors. » 
Sur l'expression «de la hors», voyez Bodel (Congé, 291): « Martin Ver- 
diere de la hors; » et Adan de le Haie, Jeu de la Feuillée, 817. 

Caukesel (Wibert). — XXII, 3i. Donné comme un trompeur. Il 
ne faut pas confondre ce personnage avec l'ami de Golart le Bouteillier, 
de Jean Erard et de Dragon, le chansonnier Hubert Kaukesel. (Hist, litt., 
XXIII, 6 1 5-6 16). Ge dernier parait avoir vécu plus tôt et pourrait être 
identifié avec l'échevin portant absolument le même nom, qui fut excom- 
munié (en 1222) par Ponce, évéque d'Arras, à la suite d'une querelle des 



Caquemare (Le). — XXIV, 170. 



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BIBLIOTHEQUE DES UNIVERSITÉS DU MIDI 



magistrats municipaux avec les moines de Saint -Vaast (Arch. dép, du 
P.'de-C., H, a, f4 Y"). 

Chanlle (Gérard de). — XVI, i55. L'auteur le qualifie de « me sire t, 
mais le range parmi les hommes malhonnêtes. || Famille nombreuse : 
Renaud de Ch. (God. Inv, I, 129); Jacqueline de Ch., femme de Jacque- 
mon Pouchin, Fainé (ms. 854 1, f 35 r» ; ms. 8533 (BN. fr.), f>- 3, 9, 24), etc. 

Charlemagne. — XXIIl, 7. Cité comme principal représentant du 
cycle héroïque qui porte son nom. 

Cité. — Vlll, 6a. Le centre de la ville par opposition aux faubourgs. 
A Arras, le quartier de la Cité était nettement délimité. (Voyez d'Héri- 
court et Alex. Godin : les Rues d*Arras, 2 vol. Arras, Brissy, i856.) La 
Cité, construite sur la colline de Baudimont, renfermait Tabbaye de 
Saint-Vaast et presque tout le domaine ecclésiastique. 

Claiequin. — XXIII, 26. Nom de fantaisie. L'un des Flamands qui 
s'arment contre Neuville. 

Clapete (Englebert a le). — XXIV, 77 et suiv. — Sobriquet qui 
désigne un bavard : « çou est cil qui tous tans papete » (v. 78). — Ce 
bavard était aussi coupable de fraude, et, lors de la répartition de l'impôt, 
il avait caché sa véritable fortune. 

Clerc (Robert le). — XVII, io3 et suiv. A été envoyé à Rome comme 
député de ses confrères en clergie. M. G. Paris {Romania, 1891, p. 137 
et suiv.) a montré que ce personnage était l'auteur des Vers de le mort, 
ce dont ne s'était point avisé M. Windahl, l'éditeur de cette longue 
et obscure poésie. Robert nous donne, dans son œuvre, quelques ren- 
seignements sur lui-même. Il nous parle de son ambassade auprès du 
Saint-Père (str. CLXX) ; il ne nous cache pas qu'il a été ruiné par les avo- 
cats (str. CLXX et passim), — Voyez sur ce personnage. Etudes rom, 
dédiées à G. Paris, l'article de M. Jeanroy, p. 83-95, et notre étude 
sur Adan de le Haie. 

Clos (Heuvins le). — XXIV, 55 et suiv. — Sobriquet. N'a pas déclaré 
sa véritable fortune lors de la répartition de l'impôt. 

Comte d'Anjou. ~ XXI, 29. Cité comme type du personnage riche 
et puissant. 

Constant (Sire). — V, 65. Nom de fantaisie. 

Corbie. - XV, 74. 

Cornu (Jaques ou Jaquemon le). — XXIV, 161 et suiv. Homme 
d'esprit: « de sens n'est mie ses cors nus.» (v. 162.) Mais il s'est parjuré 
«tout en apêrt» (v. i65) lorsqu'il a fallu que les bourgeois fissent, pour 
l'assiette de la taille, une déclaration de leurs biens. Il est inquiet sur 
les conséquences de cette fourberie : « ses cuers est en grant destrece. » 
(v. i63.) — Son père portait le même prénom. God. Inv. I, 236 (octobre 




CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS DU XHT SIECLE 



"9 



1254) : Gui, seigneur de Goy, vend à Jacques le Cornu, fils de Jacques le 
Cornu, bourgeois d'Arras, 67 mencaudées de terre à labour. — Ibîd,, I, 
3a3 (4 août ia68). Jacques le Cornu et Marguerite, sa femme, constituent 
un procureur pour traiter toutes leurs affaires. — Ibid,, I, 499 (18 août 
laSo). A cause des difficultés survenues entre les échevins entrants et 
issants, Philippe le Hardi nomme une commission municipale de quatre 
membres, parmi lesquels Jacques le Cornu. (Cf. Roger de BeaumonL) 
— 11,242. cLa dernière semaine de mai 1295, Andrieu, fils de 
Jakemon le Cornu, tua Baude Le Coisne, dont il fut quitte moyennant 
amende.» [Renseignements tirés d*une enquête contre le bailli Jean de 
Biaukaisnes, coupable de malversations et de détournements.] — Ibid,, H, 
245. Même enquête, mais en 1296. Le bailli Jean de Biaukaisnes retient 
pour lui une amende payée par Gillot le Cornu, qui portait un couteau à 
pointe appartenant à Jakemon le Cornu, son oncle. Ce dernier, en sa 
qualité d'échevin «avait le droit de porter un couteau à pointe, mais cette 
prérogative ne s'étendait pas à son neveu. [Charte concédée à Arras en 
121 1 : cquicumque cultellum cum cuspide.... portaverit, LX libras 
perdet.» Cf. de Wignacourt, Observations sur l'échevinage de la ville 
d' Arras. Arras, Courtin, 1866.] — Arch. dép, du P.'de-C,, A, 162 (6 août 
Ï299) • « Quittance de Jakemes le C, clerc et avocat du comte en la cour de 
Toffldal d' Arras, pour frais de procédure et pour porter un appel à 
Rome.» — Ibid., A, i53 (i5 décembre 1299) : Quittance de Jacques le 
Cornu, avocat en la cour de Tofficial d* Arras. — Ibid,, A, 169 : Quittance de 
Jakemes qualifié des mêmes titres (27 avril i3oo). — BN. 854 1 : «li Cornu 
Jackemon» (i3o2. Pentec.). — Les actes qui précèdent prouvent que Jac- 
ques ou Jacquemon le Cornu, mêlé à la vie publique de i254 à i3o2, 
occupa une place très importante dans sa ville natale ; qu'il fUt désigné par 
le roi comme magistrat municipal; qu'il était échevin en 1296; que sa 
richesse était grande ; que, sur la fin de sa vie, il remplit les fonctions 
d'avocat à la cour de l'official ; qu'il était favori du comte ; qu'on l'envoya 
en ambassade à Rome. 11 résulte aussi de ces pièces que Jacques, fils 
de Jacques et mari de Marguerite, eut Andrieu pour fils et Gillot pour 
neveu. On conclura enfin de ces documents que les fraudes commises 
par ce personnage et qui lui avaient donné un instant de souci, ne l'empê- 
chèrent point, par la suite, de faire brillamment son chemin et de revenir 
aux affaires. Il en fut certainement ainsi de tous les bourgeois que nos 
pièces artésiennes essaient en vain de flétrir. 

Cosset. — Famille nombreuse, opulente et lettrée. Deux personnages 
de ce nom. 

i» Robert C. — XV, 38. Membre de la carité Saint-Oison. Il est men- 
tionné dans le ms. 854 1, à la date de 1274 (Pur.) et dans le Congé de Bodel. 

20 Jehan C. — Deux fois coupable, lors de l'affaire de l'impôt. En tant 
que contribuable (XXIV, 43), il fait un faux serment ; — en tant qu'éche- 
vin (Ibid., 219), il commet des malversations, des abus de pouvoir. — BN. 
lat. 17737, f> 85 r»: cEgo Johannes Cosses notum facio universis quod 
Johannesde Yeriuler, miles, et Maria, uxor ejus, homines mei, etc..» 
Cet acte, de décembre 1243, est une ratification de vente. — Ms. 854 1, 
année 1259. Pentec. c fille Jehan Cosset». — BN. 10972 lat. c Johannes 
Cosses pro domo sua in magno vico Nicolaï.» {P 34 v^). || Ne pas 




ISO 



niBLIOTHÈQUE DES UNIVERSITÉS DU MIDI 



confondre ce personnage avec « Jehans Gossés fix Boine Hane^ (ms. 854 1, 
an. i3o3. Pur.). Sur celui-là, qui a vécu au commencement du 
XIV* siècle, on apprend qu'il était chevalier par le ms. BN. fr. 8533, 
P 43. Son père « Boine Hane» est salué par Fastoul (str. XV). || Un troi- 
sième Jehan Cosset était, en 1294, religieux de Saint -Vaast. (Van Drivai, 
Nécrolog, de l'abbaye de S. Vaast d'Arras.) 

Cossetens (les). — il, 24. Le poète en parle comme d'une famille 
importante et puissante. Il n*ose point médire des Cossetens ni de leur 
maisnie. Ce mot de Cossetens ne serait-il pas une forme dérivée du mot 
Cosset ? (Voyez le précédent.) 

Courcele (Colart de). — XXIV, 229. Échevin en charge lors de 
TafTaire de l'impôt. Nous ne savons rien sur lui, mais plusieurs autres de 
Courcele sont bien connus. || Andrieu de C. (ms. 854 1, année 1282 ; God. 
Inv, II, 2i3; BN. lat. 10972, f> i3 v»; BN. lat. 17737, f» io4 etc.). — 
Robert de C. (BN. fr. 8533, 9, 27, 43). — Gillon de C, (Congé de Fas- 
toul, str. 21 ; God. Inv. I, p. 435 et 44o). 

Gras (le). — Sobriquet. 

lo Gérard le C. XV, 48. — Son fils veut être maire de la confrérie 
de Saint-Oison. 

2® Jehans le C. — XVIII, i35 et suiv. Se propose de partir pour l'armée 
contre l'empereur, et semble même résolu à donner de l'argent, c à livrer 
catel 9 (V. i38) pour la bonne cause. Mais tout le passage est ironique. — 
Eut un frère nommé Warnier (v. i36). 

Grespin. — Cette famille fut assurément la plus riche et la plus 
puissante à Arras au xiii* siècle. Elle l'emportait même en richesse sur 
les Louchard, les Doucet, les Pouchin. Il y a donc lieu de s'étonner que 
les membres de cette dynastie 4'usuriers et de banquiers n'aient pas été 
nommés plus souvent dans nos pièces. Il faut attribuer ce silence à la 
prudence de leurs auteurs, car il est certain que les Crespin entraient en 
jeu toutes les fois qu'il était question d'argent. 

fo Crespins li mainsnés. — XIII, 43-44. Avec Willaume as Paus et Frekin 
« il fist couronne sans orpin ». Le texte parait signifier qu'à eux trois ils 
ne valaient pas grand'chose. Il s'agit ici de Baude Crespin, frère de 
Robert Crespin dont le nom suit. Nous dirons, en parlant de ce dernier, 
quelle raison nous oblige à croire que Baude était le «c mainsnés » des 
deux frères. Comme leurs existences ne furent jamais séparées, nous 
étudierons, dans l'article consacré à Robert, les renseignements que 
nous possédons sur Baude, 

2° Robert C, — XXIV, 192 et suiv. — Il fut l'un des trois personnages 
les plus compromis dans l'afTaire de l'impôt (v. 189-190), et se trouva, par 
suite, c forment destrois». Il avait menti (c'est par ironie que le poète 
l'accuse d'avoir Jué au dire voir, v. 195) et il en résulte qu'il risquait d'être 
condamné à l'amende et d'y laisser de son avoir (v. 196). — Ce Robert 
était fils d'un banquier des mômes nom et prénom. (God. Inv. I, p. 290). 
Juin 1264. Les bourgeois de Calais reconnaissent devoir 564 !• à Robert 
Crespin, fils de Robert Crespin d' Arras. — Voici un acte de 1257 




CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS DU XIU* SIECLE 



121 



prouve que le père était mort avant cette date (Arch, dép. du P.-de-C, 
H, Prévôté des Eaux. Copie de chirogr., £^ 57 r*) : « Sacent tous les servants 
héritables qui sont et qui a venir sont que Robert Crespins, fils de feu 
Robert Crespins, a acheté à Henri Hukedieu (voyez à ce mot) telle partie 
que Wautiers Mulet (voyez ce mot) attendait aux moulins de Miaulens 
après la mort de ma dame Oedain Mulete, sa mère, laquelle partie Henri 
Hukedieu avait acheté au dit Wautier bien et loiaument. » — Robert le 
père eut pour fils Robert (celui dont il est question dans notre pièce) et 
Baude. Le nom des deux frères est, répétons-le, rarement séparé. Il y eut 
entre eux communauté d'affaires, et, comme on va le voir, un grand 
nombre de pièces les citent ensemble : Juin ia64* Les échevins de Calais 
reconnaissent devoir 575 1. p. à Robert Crespin, bourgeois d'Arras. 
(Arch, dép. du P.-de-C, A, i5.) — i" juillet 1274. Avignon. Les fils de 
tfeu Robert Crespin » sont portés dans Tétat des dettes du comte d'Artois. 

— Mars 1288. « Miles de Nangis déclare qu'en sa présence Mikius, sire de 
Werdin, chevalier, a vendu à Marotain, femme de Sauwalon Wyon 
d'Arras et fille de Robert Crespin, un manoir situé à Loyselet. » (Gqjl. 
Inv, II, p. i5 et 16.) — i5 mars 1298 : « Jou, maires, hs Eschevins et toutes 
li communités de le vile d'Arras faisons savoir a tous chiaus ki sont et ki a 
venir sont ke nous tous, et kascuns de nous pour le tout, devons a nos 
boins amis a (sic) Robert Crespin d'Arras et a Baude, son frère, treize cens 
livres de parezis k'il nous presterent et délivrèrent de leur propre catel 
en boins deniers et bien contés. » (Arch, municip, d'Arras, pièce sur 
parchemin, non cotée. Sceau.) — [On remarquera que si Robert Crespin 
avait été forment destrois en 1269, il avait reconquis l'amitié de ses conci- 
toyens: il est. en 1298, le boin ami des échevins. (Comparez Jacques le 
Cornu,)] — Sept. 1296. Robert, comte de Nevers, fait savoir qu'à sa prière 
les échevins de Béthune ont emprunté pour lui à Robert Crespin et à 
Baude, son frère, 600 livres à Arras. (Arch, des missions se, et litt,, 2* série, 
t. II, p. 267.) — Nov. 1295. Quittance de Robert Crespin d'Arras pour 
333 1. 6 s. 8 d. p. qui lui étaient dus par les villes de Bapaume et de 
Lens. (Arch, dép, du P,'de C.y A, 189.) — 11 août 1298. Robert d'Artois 
mande aux habitants de Calais de payer 4,000 1. p. à Robert Crespin et à 
Baude, son frère, à compter sur les 8,000 qu'il leur devait, et dont les 
villes de Calais, Hesdin, Bapaume et Lens avaient été caution. (Grod. Inv. 
II, 3i4-5.) — i3oi. Vente à Robert Crespin d'Arras et à Baude, son frère, 
« valet de notre seigneur le Roi, de tous les prés, toutes les eaux... appar- 
tenant au menoir qui fut à Baudouin, châtelain d'Arras, à Blangi. » 
{Arch, dép, du P,-de-C,, H, Prévôté des Eaux. Copie de chirogr., f* 4i t°,) 

— i3o5. Robert C. est cité à cette date dans le ms. 854 1, ^ 35 r*. Son 
nom se trouve déjà en 1271 (S. Remy) sous la forme «cresp robers». 

— Notre personnage est cité dans un planh de J. Erard (BN. fr. 12615, 
f* i3o V). — La date de la mort de Robert C. est toute voisine de 1807, et 
son frère lui a survécu, oc Sachent tous que comme sires Robert Crespins 
et sires Baudes Crespins, ses frères, au tans que ils vivoient ensamble, 
eussent en grans vollunté et afifectueus désir de fonder et estaulir deux 
capellenies perpétuelles en notre église (Saint- Vaast) pour le salut de leur 
ame, de leurs femes et de leurs amis, et, après le trespas dudit sire Robers, 
le dit sires Baudes Crespins et dame Marie [Marote Loucharde, voir plus 
bas] qui fut feme d'iceluy seigneur Robert Crespins trespassés tout dar- 




BIBUOTHÈQUE DES UlflVERSITES DU MIDI 



rains, en continuant et porsivant la bonne volonté devant dicte^ nous 
eussent requis que, pour dieu et pour pité et pour Taccroissement des 
offices divins, nous vousissions accorder et consentir que les dictes capel- 
lenies fussent fondées et estaulies en une capelle de nostre eglyse... avons 
eu et reçu par devers nous en warde et en commande XVII* livres parisis 
en bonne monnaie et bien comptée a no souffisanche et bien nous en 
tenons a paiés, a convertir au nom et en la fondation des dictes capelle- 
nies. » Pièce de 1307. {Arch. dép, du P.-de-C., H, 90, pièce i5.) Donc, en 
i3o7, Robert G. était trépassé tout darrains, mais le règlement des affaires 
d'un aussi gros banquier se continua après sa mort. — Juillet i3o8. 
« Guillaume, comte de Hollande, s'engage à garantir et à indemniser de 
tout préjudice la ville de Maubeuge à raison de sa garantie, qu'elle avait 
donnée aux Grespin d'Arras d'une somme qu'il avait empruntée. » (Arch. 
des missions scient, et litt,, a* série, t. II, p. 277.) — 27 juin i3io. Dona- 
tion faite à Saint-Jean en TEstrée (Voyez à ce mot) par Marote Loucharde, 
veuve de Robert Grespin. (Mémoires de V Académie d'Arras, 2* série, 
t.. XVI; Cartulaire et comptes de l'hôpital Saint- Jean en VEstrée d'Arras, 
par J.-M. Richard.) Ainsi les deux grandes familles d'usuriers, les 
Grespin et les Louchard, étaient unies par des alliances. — Des actes 
précédents il résulte que Robert G. était un homme d'argent. Sans doute, 
il était l'ainé des deux frères puisque son nom est toujours cité le premier 
dans la raison sociale. || Baude, son frère, est mentionné, en 1266, dans 
le ms. 854 1. R eut plusieurs enfants. Deux sont nommés dans le recueil 
des Olim, t. II, p. 339. Mais nous connaissons toute la famille par le testa- 
ment de Baude, daté de i3o6. [Arch. dép. du P.-de-C, H, Prévôté des 
Eaux. Gopie de chirogpr., 42 r".) Baude veut que son fils Sauwale soit 
saisi de tous les biens que lui, Baude, possède à Blangi. Si Sauwale 
meurt sans héritiers, les biens passeront à Robert, l'autre fils de Baude. 
Si celui-ci n'a point de descendants, le manoir de Blangi sera attribué à 
Jean, le dernier fils [qui fut baiUi d'Arras en i3i6]. Enfin, si Jean n'a 
point d'enfants, les deux filles de Baude hériteront. Ajoutons que nous 
connaissons la mère de Baude et de Robert : elle s'appelait Isabelle Gai- 
gnette. (God. Inv. I, p. 553.) On voit combien cette famille Grespin était 
nombreuse. Sans parler de deux autres frères, Ermenfroi et Jean Gres- 
pin, qui appartenaient à une autre branche également fort importante 
(Voyez Jeu de la Feuillée, v. 477; 794-5), en négligeant plusieurs person- 
nages de ce nom dont on trouve mention sans savoir à qui les rattacher, 
voici le petit tableau que nous pouvons faire du rameau principal de 
la race : 



Robert (i), mort avant 1 367. 
Isabelle Gaigrnette. 



^ Robert (a), mort vers 1807. 
t Marote Loucharde. 




^ Marotain. 

( Sauwale Wyon. 



Sauwale. 
Robert (3). 



Jean, 
deux filles. 




CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS DU Xm* SIÈCLE 



ia3 



Cuens (HuBs le). — XXIV, i33 et suiv. — A gagné 5oo livres en une 
nuit (sans doute en supprimant d*un trait de plume, sur son brevet, 
une partie de sa fortune qui Taurait obligé à payer cette somme.) 



D 

Daienvile (Bertremius de). — XXII, 199-206. Il est désigné d'abord 
par son prénom (v. 199), puis son nom tout entier nous est donné (ao4). 
Nous ne pensons pas, du moins, qu'il s'agisse dans ces vers de deux per- 
sonnages différents portant le même prénom. — Ce Bertremius de D. est 
le prince des trompeurs; c il blangist et tempre et tart » (206). 

Davis (Jehan). XIX, 26. A dérobé de l'argent. 

Destanfort (ou d'Estanfort) (Jehan). — XXIV. io5 et suiv. A fait 
une fausse déclaration de ses biens, lors de l'affaire de l'impôt, et a osé, 
bien que riche, n'avouer que vingt livres de capital. — God. Inv. I, p. 44?. 
« Jean d'Estanfort reconnaît devoir 36 1. p. à Jakemon d'Angain, bour- 
geois d'Arras. » (Janvier 1274.) Sa femme est nommée dans cet acte. Elle 
s'appelait Julienne. 

Dierekin (Gilebert). — XXIII. 22. Nom de fantaisie. L'un des Fla- 
mands qui s'arment pour marcher contre Neuville. 

Dolehaing (Gille). — XVI, 77 et suiv. — Les vers qui lui sont con- 
sacrés sont obscurs. // contrefait les menestreus (v. 79) et semble avoir été 
un trompeur (v. 81). D'ailleurs inconnu. || Un Dolehain (Estevene) est 
cité dans le ms. 854i, année 1274. Pentec. 

Doucet. — Famille artésienne très opulente. 

1° Brunei D. — XVIU, i63 et suiv. S'est empressé de se marier pour ne 
pas être forcé d'aller à l'armée. (Le Pape avait convoqué les célibataires 
contre l'empereur.) Mais Brunei n'a pas eu de chance en ménage, et il 
s'est bien trompé lorsqu'il a cru éviter la bataille par son union préci- 
pitée. Sa femme lui fait « brunel mellée » (v. 173) — jeu de mots sur son 
nom — si bien qu'il a souvent c la teste enmellée » (v. 174), comme il est 
naturel à un homme à qui l'on tire les cheveux. 

2* Copin Z). — XXIV, 233. — Était échevin en charge lors de l'affaire 
de l'impôt et fut obligé de s'exiler (v. 234-235). — Une chanson est 
adressée par Alard de Gaus à ce personnage (BN. fr. 844, 19 r»). Jean 
Erard lui envoie l'une de ses poésies. (Ibid., f9 i65 vo.) On voit donc qu'il 
ne fut pas toujours maltraité par les poètes. — BN. lat. 10972, P ^1 Y* : 
€ Gopinus Douces pro manso ante crucem VI den. et I. cap. in Nat. » 
Cette propriété était située < ultra pont^em de Miaulens. » — La femme 
de Gopin D. est mentionnée dans le ms. 854i, année 1273. Pur. — 
22 févr. 1294. Quittance de 8 1. données à ce personnage. (God. Inv, II, 
200.; C'est la dernière trace que nous ayons de lui. 

3* Sawale D. — XVIII, 43 et suiv. Est très heureux d'une lettre des 



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BIBLIOTHÈQUE DES UNIVERSITÉS DU MIDI 



cardinaux qui autorisent le mariage c au tiers point >. Grâce à cette 
permission, c il est issus de paine » (v. 46), car, se trouvant évidemment 
dans une position illégale par un mariage défendu par FÉglise, il avait 
juré de faire sept fois le voyage de Rome (v. 5o) et de dépenser toute sa 
fortune (v. 5i), afin d'obtenir après coup des dispenses et d'être assuré 
par là de manger, en l'autre siècle, du pain blanc matin et soir (53-54). 
— Ce Sawale D. est connu surtout par son fils, Robert. — God. Inv, I, 
p. 394. En février ia65, les bourgeois de Calais reconnaissent devoir 
49 1. p. à Robert Doucet, bourgeois d'Arras, fils de feu Sawalon D. — 
Donc, en 1265, Sawalon était mort, et nous apprenons de la sorte que 
notre pièce est sûrement antérieure à cette année 1265. || Sur Robert, 
voyez Baude Fastoul {Congé, str. 89); ms. 854 it année i3o2, Pentec. 
(date de sa mort); God. Inv. I, 385, 4i5, 553; Ibid,, II, 242, 244; Dinaux, 
Trouv, Art,, p. 24. || Rappelons enfin les noms du poète Andrieu Douce 
(Dinaux, Trouv, Art., p. 72 et suiv.; Hist, litt,, XXIII, p. 526-7); — de 
Jaquemon Doucet, fils de Robert (God. Inv, II, p. 21 1); — de Julienne Douce 
(ms. 854i, 12). 

Doueziens. — XXIV, 46. Monnaie de Douai sans grande valeur, sur- 
tout lorsque les pièces étaient vieilles. 

Durand (Jehan). — XIX, 16. Parait avoir détourné de l'argent. — 
Était oncle de Martin Veaus (v. 17). — EN. lat. 17737, 33 r». (Acte de 
1235) : c Ego Radulphus de Raonvilla, miles, notum fieri volo... quod 
Johannes Durand, homo meus, civis attreb., vendidit bene ac légitime 
per assensum et consensum heredis sui, Mathei, filii sui^ majoris 
natu, etc.. » — Mais est-ce bien le même? 

Durpain. — Sobriquet. 

I" Raimbele Durpain. — XV, 33. Membre de la carité Saint-Oison. 

2* Sawale Durpain. — XXII, 96. Trompeur effronté. 

Ce nom est assez répandu : Jehan Durpain, moine de Vaucelles. {Hist, 
litt., XXIII, p. 246.) II ifeaym Durpain (ms. 854i, année 1270, S. Remy) 
Il Pains durs margh. {Ibid., année 1281. Peut.) 



Écosse. — XIX, 61. 
Éloi (Saint).— V, 8. 

Empereur (L*). — XVIII, i et passim. Voyez Apostoile. 

Ermenfroi. — XX il, 159. Homme sans foi, mais il n'est point pos- 
sible de savoir quel est le personnage que désigne ce prénom. Peut-être 
Ermenfroi de Paris. — Voyez ce nom. 

Esoouart. — XXIII, 21. Nom de fantaisie. 

Eskitezoune (Wautelet). — XXII, 182. Trompeur. 



E 




CHANSOî>îS ET DITS ARTÉSIENS DU XIII" SIÈCLE 125 



Estrée (L*). — XIII, a3 et suiv. ; XXII, lôa et suiv. C'était Vun des 
quartiers d'Arras. Il semble avoir été sous Tadininistration de magistrats 
spéciaux. Arch, dép. du P.'de-C., A, 21 : « Accord entre Jehan de Chanlle 
et Simon Faverel (voyez ce nom) au sujet des droits sur la rue de TEstrée : 
chacun y aura la moitié dans la justice et les exploits. » Jehan de Ch. 
devait avoir la haute main sur les prisons; l'un et l'autre, ils percevaient 
un droit de forage et entretenaient un sergent (janvier 1378). — Nos 
textes parlent des habitants de ce quartier comme ayant une réputation 
mauvaise. Ils c ont honni leur contrée » (XIII, 24). — Il n'y a nulle part 
plus de fourbes : «blankes gens i doivent manoir» (XXII, i53). cLoiautés 
lor est amere » (Ibid,, i55). On doit conclure de ces renseignements que 
l'Estrée était un quartier riche et que c'était là qu'habitaient surtout les 
bourgeois sans scrupules, capables de falsifier leurs brevets pour payer 
de moins forts impôts. 

Estrée (Saint- Jehan en l*Estrée).— - XXI, i35 et suivant. C'est un 
hôpital. L'auteur de la pièce se plaint de ce que les avares y envoient 
leurs parents pauvres et qu'ils jwurraient soutenir. Ce n'est point 
pour cela, dit -il, que la maison a été fondée, mais «por les enfers 
recevoir | et por femes gissans d'enfans» {Ibid,, iSS-g). — Cet hospice 
« avait été fondé en 1178 par Philippe d'Alsace, comte de Flandres, et sa 
femme Elisabeth, fille de Rodulphe, comte de Vermandois » (BN. 
fr. II 6x5, II r*). — Voyez aussi BN. fr. 8533 : « Comptes des recettes et 
des dépenses des hôpitaux Saint- Jean en l'Estrée d'Arras, années i3o7, 
i3io, i3ao, etc.îM- Les comtes d'Artois n'ont point cessé de faire de grands 
dons à cet asile. Voyez Invent, som, des Arch, dép, du P,-de-C,, p. 285, 
295, 299, etc. L'hospice devait être important, et le personnel nombreux 
si l'on en juge par une charte du 23 septembre 1285, qui est au môme 
Invent. p. 49 : « Charte du maire et des échevins d'Arras réformant l'hô- 
pital de Saint-Jean en l'Estrée : le nombre des hommes qui y est employé 
ne pourra être supérieur à 25, celui des femmes à 3o; les hommes s'oc- 
cuperont du temporel de ladite maison-Dieu, les femmes serviront les 
pauvres et les malades. Ceux-ci seront reçus en tel nombre que le per- 
mettront les ressources de la maison. » 

Esturion. — Tuès nombreuse et très riche famille d'Arras. Deux de 
ses membres seuleihent sont cités dans nos pièces. 

I* Adam Esturion, — IV, 89 et suiv. ; XXIV, 95 et suiv. Adam était 
mort à la date où ces deux textes furent écrits. Le premier constate 
que sa grande fortune et son manoir de Belemotte (voyez à ce mot) 
ne lui servent de rien en l'autre vie; le second parle du testament 
d'Adam E., dans lequel Henri Wagon (voyez ce mot) s'était taillé un 
cor ion (v. 96) en s'adjugeant une somme qui ne lui revenait pas. Il y 
a eu plusieurs Adam Esturion. Celui dont il est ici fait mention est cité 
dans le ms. 854 1 (^ 23) à l'année i258. Il parait comme témoin dans un 
acte de février 1245. {Arch. dép. du P,-de'C., A, 10.) Adam Esturion y est 
donné comme « homme du comte ». || Ne pas confondre ce personnage 
avec Adam E., clerc, fils de Jacques et de Mahaut. (Arch, dép, du 
P.'deC, H, Prévôté des Eaux. Copie de chirogr., 34 v* et 35 r, année 
1283). Il n'est pas non plus le même qu'Adam E., fils de Joziaus qui suit. 



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BIBLIOTHÈQUE DES UNIVEHSITÉS DU MIDI 



a* Joziaus Esturion. — XXIV, 65 et suiv. A fait une fausse déclaration 
de ses biens, c Aine a voir dire ne jua » (v. 69). Il est cité dans le ms. 854i 
à l'année 1268 (Saint-Remy). Sa femme y est mentionnée en 127 1 (Purif.). 
Enfin, en 1272, on lit : c Fil jozel esturion adan. 1 



FastOUl (Jakes). — XVIII, 162 et suiv. — Doit se marier pour ne pas 
être forcé d'obéir au bref du Pape qui appelle les célibataires contre 
l'empereur. L'auteur de la pièce parait prévoir que Jakes F. sera mal- 
heureux en ménage, comme son cousin, Raoul au Grenon (v. i58). 
(Voyez à ce nom.) 

Fauvain. — XVIII, ii5. « Cil de Fauvain. » Il n'existe, à notre con- 
naissance, aucime localité de ce nom. Nous ignorons quel est le person- 
nage désigné par l'expression c cil de Fauvain ». Peut-être Losinghehem. 
(Voyez à ce mot.) 

Faverel ou Faveriaus. — Famille importante. Trois membres sont 
cités dans nos pièces. 

I* Gérard F. — XXIV, 1 19 et suiv. A donné un faux brevet lors de la 
répartition de l'impôt : « Aine ne jua a dire voir » (v. 122). Il s'agit ici de 
Grérard F. c le viel » cité, avec cette épithète, à la date de 1279 (Saint-Remy) 
dans le ms. 854i où se lit aussi le nom de sa femme en 1277 (Purif.) 
c feme viel Grart Faverel ». Quant à son fils c Grars Favereaus », il est men- 
tionné dans le même recueil en 1 3o4 (Pentec.). — Le père fut contemporain 
de Baude Fastoul qui nous apprend (str. 4i) qu'il était boiteux. Voici un 
acte qui le concerne {Arch. dép, du P. de-C, H, Prévôté des Eaux. Copie 
de chirogr., f» 44 r*) : « Sacent tous les servants héritables de la rivière 
de S. Vaast qui sont et qui a venir sont que Henri de Bailluel, fils de 
Guillaume Faverel de Saint-Géry, a vendu, werpi, etc., à Grard Faverel, 
bourgeois d'Arras, toute la part et tout le droit qu'il avait ou pouvait 
avoir au moulin de Blangi. » (Voyez ce mot.) L'acte est de 1268. — 
BN. lat. 10972, 16 r* : « (îerardus Faveriaus pro furno suo ». Ce four 
était devant Saint -É tienne. || C'est certainement de Grard Faverel le 
jeune, bourgeois demeurant en cité, qu'il est question dans un acte 
de 1296 (God. Inv. II, 243). 

2° Simon F,, le liefrus. — XXII, 97 et suiv. Le texte le donne comme 
un trompeur. Ce personnage a joui d'une grande notoriété, et son histoire 
est intimement liée à celle de la ville d'Arras. Il semble que sa carrière 
ait été longue. — Acte du i5 avril 1271 : Robert, comte d'Artois, donne 
à Simon Faverel et à ses hoirs la mairie de la ville d'Arras à toujours. 
(God. Inv. I, 390.) — Janvier 1273. Démêlés entre Jean de Chanlle et 
Simon F. à propos de leurs droits respectifs sur la rue de l'Estrée. (Voyez 
ce mot.) — Mai 1273. Le comte d'Artois concède à Simon F. tous les 
droits [sur la mairie d'Arras] appartenant à Béatrix, dame d'Averdoing, 
femme de Guillaume de Liaune, chevalier; il ordonne à son bailli 
d'Arras de considérer Simon comme son « maieur » et de le secourir au 
besoin, lorsqu'il devra faire valoir ses droits. {Arch. dép, du P,-de-C., A, 



F 




CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS DU XIU' SIECLE 137 



ai.)— 10 mai 1279. Robert, comte d'Artois, assigne sur le péage de 
Bapaume la somme de 68 l. i3 s. p. due par lui à Simon F., maieur 
d'Arras. (God. Inv, I, 488.) — 29 juin 1281. Robert d'Artois reconnaît 
devoir 220 1. p. que Simon F., maieur d'Arras, et Mathieu L'Anstier 
(voyez à ce nom) lui avaient prêtées pour acheter un grand cheval. (Ibid,, 
l, p. 5i3.) — Juillet 1282. Reconnaissance de 1,000 1. p. empruntées par 
Robert à Simon F., maire d'Arras. (Arch. dép. du P.-de-C, A, i.) — 
I*' août 1282. Le même Robert assigne en paiement de cette dette tout 
le menu tonlieu d'Arras à Simon F. (God. Inv. I, 53 1.) — Même date: 
Dans le cas où cette rente assignée pour ledit paiement serait insuffisante, 
Jean, sire d'Avion, chevalier, et Simon Lespissier promettent de payer 
intégralement Simon F., et Robert d'Artois s'engage à son tour à leur 
rembourser la somme. (Arch, dép, du P.-de-C, A, i.) — Août 128a. 
Robert ordonne à ses baillis de protéger Simon F., maire d'Arras, sa 
femme et sa fortune, car il tient la mairie en fief du comte. (Ibid,, ibid.J 
— 3o août 1283. Les gardes des terres du comte déclarent que l'on pré- 
lèvera sur les fonds du bailliage d'Artois la somme nécessaire au paiement 
de aoo 1. p. versées par Simon F., pour le compte de Robert, entre les 
mains de Gautier Donnebroke. Celui-ci avait vendu des draps que l'on 
avait emportés en Fouille. {Ibid,, A. ag.) — Janvier 1286. Les lieutenants 
du comte d'Artois assignent tout le tonlieu d'Arras en paiement d'une 
somme de i ,000 1. t. que Simon Faverel avait prêtée au fils de Robert 
partant pour la Fouille. (Grod. Inv, I, 6i3.) — 6 avril 1287. Simon F. est 
témoin d'une vente comme homme du comte. {Ibid., I, 6i5-6.) — a9 jan- 
vier 1393. Simon F., maieur d'Arras, nomme des procureurs pour traiter 
ses affaires. (Ibid,, II, p. i38.)— i5 novembre 1294. Quittance délivrée 
à Simon F. (Ibid,, II, p. i85.) — 2 mars 1296. Vente faite en présence de 
Simon F., maieur d'Arras. (Ibid., II, 237-8.)— Il résulte de ces docu- 
ments que le personnage qui nous occupe a joué, entre 1271 et 1295, un 
grand rôle à Arras autant comme maire de cette ville qu'en qualité de 
banquier du comte. || Deux personnages portant même nom et prénom 
que celui-ci sont presque certainement son père et son fils. Le i5 décem- 
bre 1242, Simon Faverel est témoin d'une vente. (God. Mu. I, p. i3a.) 
I II mars i3o7, Simon F. assiste à une vente faite jMir Robert de Vilers à 
Thierry d'Hireçon. (Arch. dép. du P,'de'C., \, 53.) Le même assiste, 
comme témoin, à un procès en 1329 (date où le Simon dont il est 
question dans nos textes était certainement mort); il est qualifié de maire 
d'Arras (Arch, dép. du P,'de'C„ A, 72). chose naturelle puisque nous 
avons vu que la mairie était héréditaire dans cette famille. 

3» Willaume F, — XXII, i65 et suiv. Homme trompeur et qui sait 
modifier ses opinions au profit de son intérêt ; il est capable de «c tendre 
le musel à tous vens » (v. 166-7). 

Feuoi* — XV, 71. Aujourd'hui Feuchy. Village du Pas-de-Calais, sur 
la Scarpe» à 7 kilomètres d'Arras. 

Flamands (Les). — XXIII, 16. 

Flamengherie. — XXIII, 119. Nom plaisant et qui semble inventé 
pour se moquer des Flamands. 



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BIBLI0THÎ5QUE DES UNIVERSITÉS DU MIDI 



Flovent. — II, 49. Titre d'une chanson de geste. Il y a dans ce 
passage un calembour sur les mots flauwe (fable) et vent (tromperie). 
Voyez Mentenai. 

Fontaine (Jehan de le). — XXII, 129 et suîv. A tellement l'habitude 
de mentir qu'il ne s'en abstient ni aux fêtes, ni aux dimanches, ni durant 
le carôme. Sa parole est grave et solennelle, « au parler sanle uns ajws- 
toiles» (V. i33)/ — Un Jehan de le F. est cité, en juillet i245, à propos 
d'une vente. (God. Inv. I, 171.) Il est douteux qu'à cette date, il s'agisse 
déjà du nôtre, mais voici qui le concerne {Arch, dép. du P.-de-C.» H, 
carton GG, liasse 3) : c Jehans de Hees qui fut fils Thomas de Hees 
et Maroie, sa femme, ont pris à iretage une rente de Jehan de le 
Fontaine» (année 1278). — En septembre 1295, Adam Monnars et Jehan 
de le Fontaine, c hommes du comte, » écrivent une lettre à propos d'un 
procès intervenu entre Robert d'Artois et le comte de Naviers, et 
donnent des détails sur une mission dont ils ont été chargés. (Arch. dép, 
du P, de-C., A, 4o.) 

Foubert (Alard). — XIX, 21. A détourné de l'argent. — Nous savons 
que ce personnage eut un fils nommé Jacques. BN. lat. 10972, f* 21 v° ; 
« Jacobus Foubers pro domo que fuit Alardi patris sui LVl sol. IV den. » 
Cette maison était sise in parvo foro. \\ Fastoul (str. 52) salue Golin 
Foubert. 

Fourdin (Jehan). — XIV, 61 et suiv. Était mort lorsque la pièce fut 
composée. En 1208, nous trouvons c Johan. Fordins ecclesie cantor b. 
(BN. lat. 9930, ^ 64 T\ 

France. — m, 20 et passim, 

Frekin ou FrekinoiS. — A en juger par nos pièces, cette famille 
parait avoir joué un rôle prépondérant dans les affaires artésiennes, et 
cependant nous ne connaissons aucun texte d'archives où ce nom soit 
cité. Il est évident que, lors de l'impôt mal réparti, les Frekinois, en 
général, ont soulevé contre eux l'opinion publique (II, 22-23). Mais l'un 
d'eux, en particulier, se trouva compromis. Ge fut « Frekins as Sorcus » 
(aux sourcils?). Gelui-là « est tous mas » (III, 27) et semble devoir payer 
cher sa malhonnête conduite. Assurément c'est le même individu qui est 
désigné dans la pièce XIII (v. 42) comme faisant avec deux de ses acolytes 
un trio de peu de valeur. || Fastoul (str. 27) salue « Jakemin | le mainsné 
fil segneur Frekin». — Dans le censier de 1261 (BN. lat. 10972, P 35 r®) 
on lit le nom de Frekinus le tailliere. 

Frété (Gui de le). — XVI, i55-6. Trompeur. A bâtonné des bourgeois 
à la fête d'Harponlieu. 

Fretiaus (Hues). — XVI, i49 i5o. Trompeur. 

Fromondin. — XXIII, 6. Héros de la chanson des Lorrains, fils de 
Fromont de Lens. 




CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS DU XllI" SIÈCLE 



139 



Fromont de Lens. — XXIII, 6. Héros de la geste des Lorrains et 
père du précédent. Même pièce XXIII, au vers 44 et suiv., Bauduin Makesai, 
personnage ridicule, se vante d'être de la famille de Fromont, cousin 
germain de son parâtre, Wautier. 

Fromont (Le vieux). — I, 17. U s'agit d'un poète, mort depuis un 
certain temps lorsque cette pièce fut composée, et qui avait une « ma- 
nière » à lui, soit de composer des vers, soit de chanter. Robert de le 
Piere (Ibid., 16) avait hérité de la méthode du vieil artiste, d'ailleurs 
inconnu. 

G 

Galice. — XIII, 45. 

Gamape. — VI, 1 1. Nous ne connaissons point de localité de ce nom. 
§'agit-il de Gamaches (Somme) ou de Jemmapes (Belgique)? Nous 
l'ignorons. 

Garés ou Garet. — Ce nom revient trois fois dans nos pièces et 
toujours sans prénom. 1° I, 3i. Garés assiste à une séance du Puy et s'y 
conduit fort mal, « ce fu vilenie » ; 20 II, 26 et suiv. On fait un éloge 
ironique de ce personnage qui est mentionné parmi les bourgeois 
coupables (affaire de l'impôt); 3° XXIV, 192. Garés est l'un des trois 
citoyens les plus compromis dans cette afTaire et, partant, l'un des plus 
inquiets. Il est clair que les pièces II et XXIV visent le même individu. 
Il est présumable que c'est encore lui qui est désigné dans la pièc^ I, mais 
on ne peut l'affirmer. 

Gerbert. — XXIII, 3. Héros de la geste des Lorrains. 

Gerin. ~ XXIII, 3. Héros de la geste des Lorrains. 

Gilebert. — I, 18, ao. Poète qui, durant une séance du Puy, charme 
le bon Dieu en chantant « de se dame ciere ». Dinaux (Trouv. Art,, p, 2o5) 
l'identifie, non sans vraisemblance, avec Gilebert de Berneville. 

Ghiluis. — XVI, i33. Personnage imaginaire qui symbolise la 
déloyauté. 

Ghillains. — XVI, i33. Comme Ghiluis. 
Ghille. — XVI, i33. Comme Ghiluis, 

Ghille (Dame). — V, 64. Donnée comme la mère de l'un des buveurs 
mis en scène dans ce morceau. 

Givenci. — III, 109 et suiv. a Cil de Givenci » est un personnage 
qui a joué un rôle dans l'afiFaire de l'impôt, mais les vers qui lui sont 
consacrés sont obscurs pour nous. Il parait avoir fait tomber dans ses filets 

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BIBLIOTHÈQUE DES UNIVERSITES DU lilDI 



l'un des bourgeois coupables et qui appartenait à la famille Verdière. 
(Voyez ce mot.) « Cil de Givenci » serait donc un magistrat. || Il y a 
trois Givenci dans le Pas-de-Calais : Givenci- en -(îohelle, à treize kilo- 
mètres d'Arras; Givenci -le -Noble, à vingt -trois kilomètres; Givenci- 
la-Bassée, à trente -quatre kilomètres, dans Tarrondissement de Béthune. 

GrOmmeline. — XXIII, 96 et no. Femme de Maquesai, héros bur- 
lesque, qui veut s'emparer de Neuville. 

Gore (Robert de). — XVIII, 212 et suiv Individu aux mœurs sus- 
pectes. 

Gourdin (Saint). — XV, 7. Nom d'un prétendu saint inventé par 
plaisanterie. Saint Gourdin est frère de saint Oison. C'est par une sem- 
blable raillerie que l'on s'est plu, au Moyen -Age et au xvi* siècle, à 
raconter la vie et le martyr de saint Hareng, saint Oignon, etc. Voyez, 
dans nos pièces, saint Tieton, saint Tortu. 

Grenon (au). — Sobriquet. Ce nom a été fort répandu à Arras, et trois 
personnages qui le portent sont mentionnés dans nos textes. 

I* Baude ou Baudouin au G. — XIV, 5o. Possède par héritage les biens 
de Gérard le Borgne (voyez ce nom). — XVIII, 162. Baude prétend que 
son frère Raoul (voir le suivant) sera « auduin » s'il se marie. Le même 
passage nous apprend que les deux frères étaient cousins de Jakes Fas- 
toul. (Voyez ce nom.) — Une chanson d'un personnage de ce nom se 
trouve dans le ms. 3ioi de l'Arsenal, f» i33. — BN. lat. 10972, f» 7 v» : 
(f. Dominus Balduinus dictus au grenon. » 

2° Raoul au G. — Frère du précédent. XVIII, i58 et suiv. Veut se marier 
pour échapper au bref du pape qui convoque les célibataires contre 
l'empereur, mais ne sera certainement pas le maître dans son ménage. — 
XXIV, 325-6. Était échevin en charge lors de l'affaire de l'impôt. L'éloge 
qu'on lui adresse : « de loiauté a le renon » est ironique. — Il s'était effec- 
tivement marié comme notre texte l'indique. Sa femme est citée dans 
le ms. 85^1 (année 1269, Saint-Remy). Lui-même est mentionné dans ce 
recueil à la date de 1278. (Purif.) 

3* Wibelet au G. — XV, 89. Membre de la confrérie Saint-Oison. — Cité 
dans le ms. 854 !> année 1278. (Purif.) 

Guion de Saint-Pol. — Voyez Pol. 



Hancardent. — XVII, 89 et suiv. Ce sont les membres de la famille 
Hancard. Notre texte nous apprend qu'ils habitaient la Warance (voyez ce 
mot) et qu'ils étaient dignes d'appartenir à la confrérie des Auduins. || Le 
nom de Hancard se trouve souvent dans le ms. 854 1. Année i255 : « Han- 
cars Baude » ; i256 : « des Hancars sare » ; 1260 : « au Hancart Simon » ; 
1281 : c( a le Hancarde mar », etc. 




CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS DU XHI* SIÈCLE 



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Hardrés. — III, 8i. Nom symbolique désignant le peuple. 

Harduins (Bernard). — XVII. 7 et suiv. C'est lui qui veut fonder la 
carité des a auduins », et l'on doit en conclure que l'auteur de la pièce 
le considère comme étant président de droit de la confrérie des maris 
malheureux. — XIX, 26. Donné comme ayant détourné de l'argent. 

Harponlieu. — XYI, 161 et suiv. Durant une fête dans cette localité, 
il y eut bataille entre les chevaliers et les bourgeois d'Arras. Les bour- 
geois eurent le dessous : plusieurs furent bâtonnés, d'autres jetés « el 
parfont fossé » (dans les fossés de la ville ou dans une basse-fosse). — 
Nous ne connaissons point de localité nommée Harponlieu. (Est-ce Har* 
ponville dans la Somme?) 

Harsesaclins. — XXIII, 169. Architriclinus (Scheler). 

Hées (GossuiN de). — XIX, 28. A dérobé de l'argent ainsi que 
«Robert, ses serouges ». — BN. lat. 10972 (Censier de 1261, f* 33 v») : 
oc Pro domo que fuit dom^ Gossuin de Hees. » Cette maison était située 
« extra portam de rotunda villa » (Ronville). || Famille nombreuse : 
Robert de H., ms. 854i (année 1281, Saint-Remy); Congé de Fastoul 
(str. 44); — Waas de if., ms. 854i, année 1269 (Pentec); — Jehan de H,, 
ibid., 1285 (Pentec); — Heuvins de H,, ibid., 1S02 (Purif.). — Sur Jehan 
de H., voyez Fontaine ("Jehan de lej, 

Hellins (Audefroi). — XVIII, 126 et suiv. Se prépare à partir pour la 
guerre contre l'empereur. On le donne comme un géomètre fameux : il 
lui suffit de voir une armée pour calculer le nombre des soldats. Il prédit 
même l'avenir, et annonce par avance quel est, dans un combat, celui des 
deux partis qui l'emportera. — XIX, 22. Audefroi H. a dérobé de l'argent. 
— En 1235, Hellinus Audefridus est témoin d'un acte, et il est désigné 
comme pair du chevalier Radulphe de Raonville. BN. lat. 17737, f» 33 r. 
Voyez aussi le même ms., f* 35 r". Ce personnage est encore témoin 
d'un acte. 

Heudecourt (ou Hendecourt?) (Huars de). — V, loi et suiv. 
Bien que ce personnage soit cité dans une pièce toute d'imagination et 
de fantaisie, il parait certain qu'il a réellement existé, et que le poète a 
glissé un trait de satire contre un baiUi de son temps, homme sévère et 
qui ne regardait pas d'un œil paternel les buveurs et les tapageurs. 

Hersent (Demisele). — XIV, 21. Nom de fantaisie. 

Hersent. — XXIII^ 54* Nom de fantaisie. Donné comme parâtre de 
Willaume Mordenare et comme cousin germain de Vrouwe Lisse, tante 
de Simon Banin. (Voyez ces noms.) Tout cela n'est qu'une plaisanterie, et 
ces gens-là sont parents < a douze liues près ». (Ibid., 52.) 

Hestrus (Engherans de). — XVI, i44-5. Trompeur. || On trouve assez 
souvent le nom de cette famille : Wautier de H,, ms. 854', année 1270 



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BIBUOTHÈQUE DES UNIVERSITÉS DU MIDI 



(Purif.); — Ansiaus de H,, God. Inv, 1, 588, année 1286; — Jehan de H,, 
quittances de i3o6. {Arch. dép. dix P. de-C, A, 218 et 219.) 

Hoilans (Wiques). — XXIV, 169 et suiv. — Était mort au moment où 
la pièce fut composée. L'auteur semble le regretter à cause de son inté- 
grité, que le contraste des mœurs de ses successeurs rend plus éclatante 
encore. 

Hoillequin (Comte). — XXIII, 5. Voyez Boulogne (Comte de). Nous 
ne savons ni quel est ce personnage, ni s*il a donné son nom à la 
fameuse maisnie Hellequin, Le contexte prouve qu*il est certainement 
question d*un héros de chanson de geste. 

Hondremarc — XXIII, a5. Personnage de fantaisie. L'un des Fia- 
mands qui s'arment pour marcher contre Neuville. 

Hongrie. - XXIII, 127. 

Houssoie (Sire de le). — XVI, 147. Trompeur. On ne peut savoir 
qui est visé dans ce passage, à cause de l'absence de prénom. — La 
Houssoye est dans la Somme, arrondissement d'Amiens, canton de Corbie. 

Huquedieu. — Nom très répandu. La plupart de ceux qui l'ont 
porté paraissent avoir appartenu à une seule famille, riche et puissante. 

I" Henri H, — XIX, 89 et suiv. A détourné de l'argent. — God. Inv, 
I, p. i56. Pièce d'avril i244 : « Asso, évéque d'Arras, déclare avoir appris 
par les curés de son diocèse, dignes de foi, que Robert, de l'ordre des 
frères prêcheurs, juge délégué en France contre les hérétiques, avoit 
dénoncé plusieurs fois en public Henri Hukedîeu pour avoir mal parlé de 
la foi, l'avoit assigné en lieu sûr et lui avoit donné un terme pour compa- 
raître dans les foires de Champagne, et purger son innocence, et ledit 
Henri ne s'y étant pas trouvé, l'évêque l'a excommunié à Arras, dans un 
sermon public, comme hérétique. » — BN. lat. 10972, f* 11, r" ; « Hen- 
ricus dictus Hukedieu pro domo que fuit Tasse dicte Grespine pro aug- 
mento mansi sui. » Gette maison était sise « in strata versus Brounes ». 

— Du vers 89 de notre texte on peut inférer que Henri H. demeurait 
dans le voisinage de l'abbaye [de Saint -Vaast]. — Sur ce personnage, 
voyez à l'article Robert Crespin un acte de 1257. Henri H. appartenait 
assurément à la première moitié du xiii* siècle. 

a° Jehan H, XXIV, ^2 et suiv. Il a remis un faux brevet pour être 
moins lourdement taxé, lors de l'affaire de l'impôt. Au lieu de déclarer 
les artésiens neufs qu'il possédait (monnaie de grande valeur), il n'a 
reconnu que de vieux doueziens. — God. Inv, II, p. 483. Le 8 octo- 
bre i3o2, le receveur du comte d'Artois reconnaît devoir, pour son maître, 
i,io81., 9 s., 6 d. p. à Jean H. — Arch. dép, duP.-de-C, A, 186. Quittance 
de Jean H. au comte, le 3i décembre 1802.-- Ibid,, A, 195 : quittance 
du même, le 28 octobre i3o3, «pour espisserie et autres denrées.» Il 
était donc commerçant. || Autres membres de la famille : Jakemon H, 
{Arch, mun, d'Arras. Parchemin non coté de 1298-1299; ms. 854i, 85 V*.) 

— Waast H. {Congé de Bodel). — Bauduin H,, fils du précédent. {Arch, 




CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS DU XHI' SIECLE 



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mun. d'Arras. Trois chartes sur parchemin, de 1298 et 12^^.) — Lam- 
bert H. (Arch, des miss, scient et litt., 2* série, t. II, p. 254; BN., lat. 17737. 

87 Y»; Arch. dép. du P.-de-C, H, Prévôté des eaux. Copies de chi- 
rogr., f» 57 v% année 1268; /6id., H, carton CC, liasse 3, année 1271.) 

I-J 

Jakes (Saint). - XXIH. 38. 

Jehan (Saint). — XVIII, 90 ; XXIII, 4o. 

Jehan (Saint-J. en l*Estrée). — Voir Estrée. 

Joie. — Famille des plus riches: les bourgeois généreux qui la com- 
posaient ont été chantés par deux générations de poètes. 

Jakes ou Jaquemes J. — XVI, 172. A été maltraité par les chevaliers 
pendant la fête d'Harponlieu (voyez ce mot). — XVII, 100 et suiv. 
Membre de la carité des Auduins, — XXIV, ii5 et suiv. Était âgé lorsque 
cette pièce fut composée, puisqu'il y avait déjà trente ans qu'il faisait de 
l'usure (v. 116). Bien qu'il se soit assurément enrichi de la sorte, il 
ne déclara sur son brevet que 700 livres de revenus, lors de l'afTaire de 
l'impôt. «On dist c'al sairement fu ivres.» (v. 118.) || Principaux per- 
sonnages de la famille : Gérard J. (Congé de Bodel); Jehan J, (Congé 
d'Adan de le Haie, v. i23); Simon J. (God. Inv, II, p. i53; quittance 
d'avril 1294); Sarain J. Cf. Baude de Pas. 

Joïs ou Juïs (les Juifs). — XXI, i53 et suiv.; XXIII, 66 et i58. Il est 
très remarquable que le premier de ces textes est un éloge des Juifs. 
L'auteur admire la solidarité qui les unit, et les déclare, sur ce point, 
fort supérieurs aux chrétiens. 

K 

Kaquinoghe. — XXIII, 17. Oncle de Boidekin. C'est l'un des Fla- 
mands qui s'arment pour marcher à la conquête de Neuville. 

Kiepuce (Ermenfroi). — XIV. 5i-52. Sobriquet(?). Homme fort riche. 
Mort au moment où la pièce fut écrite. Son héritage alla (v. 53) à Ermen- 
froi le Tailliere. (Voyez ce nom.) 

Kiiere (Grardin le). — XXin, 170. Nom comique et imaginaire 
donné par le poète à un Flamand. 



L 

Lens (Notre-Dame de). — Lieu de pèlerinage. XVII, 23. 
L'Euwillerie. — XV, 26. Quartier d'Arras (l'Aiguillerie). 



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BIBLIOTHÈQUE DES UNIVERSITES DU MIDI 



Lienart (Golart). — XXIV, 37 et suiv. L'un des bourgeois qui a fait 
une fausse déclaration de ses biens lors de l'affaire de l'impôt. Parait 
(v. 4o) n'avoir couché sur son brevet que la moitié de ses biens. Ce per- 
sonnage est, d'ailleurs, inconnu de nous. || BN. fr. 845, i4a 
Guillaume Veau adresse une chanson à Jehan LienarL 

Liepin. — XXIII, 147 et suiv. L'un des Flamands qui se préparent 
à assaiUir Neuville. 

Lille (Jaquemin de). — XIX, 35 et suiv. A dérobé de l'argent. — Un 
Jaquemin de L., valet de la comtesse Mahaut, est cité un certain nombre 
de fois dans les chartes {Arch. dép. du P.-de-C, A, 5 1 et 210). Mais comme 
les actes qui le concernent sont de i3o5, il nous parait fort douteux qu'il 
s'agisse là de notre personnage. 

Lombardie. — XX. 7; XXI. a8; XXIV, 186. 

Lombards. — XII. 83. Désigne ici les usuriers. 

Losinghehem. — XVI, ii5 et suiv. Passage assez obscur. Losinghe- 
hem. qui est donné comme un trompeur, semble le même que < cil de 
Fauvain ». (Voyez ce mot.) Mais la chose reste douteuse. 

Loucars, ou Loucard, ou Louchard, ou Louchart. — C'est cer- 
tainement la famille de l'Artois qui compte parmi ses membres les bour- 
geois les plus riches et les plus puissants. Il est donc surprenant qu'elle 
joue, dans nos textes, un rôle presque insignifiant, et qu'on n'y trouve 
même pas le nom des principaux de cette race. La cause en est peut-être 
à la terreur qu'ils inspiraient. Adan de le Haie (Feuillée, 797) nous dit : 
«c Au moins regnent-il maintenant, > et il nous fait comprendre le danger 
qu'il y avait à s'attaquer à eux, lorsqu'il met dans la bouche de Morgue, 
interrogée sur ces grands banquiers, ce vers significatif : « Il ne fait mie 
bon tout dire. » (v. 784.) C'est pour cela que, tandis que tant de Louchard 
sont célèbres, le seul que nos satires mentionnent est presque totalement 
inconnu. 

Huelou Huelos L. — XV, 34. Membre de la carité de Saint -Oison. — 
XVII. 81 et suiv. On le compte parmi les Auduins, « A grans caretes et a 
cars I Viennent tences a ^sa [maison. » (v. 8a -83). — On trouve « Huelars 
Louchars » dans le ms. 854i (année 1273, Saint-Remy). 



Mahalet. — XrV, 20. Nom de fantaisie. 

Mahiu' (Saint). — XV, 5. Saint sous l'invocation duquel on avait, 
a ce que prétend par plaisanterie l'auteur de la pièce, fpndé une çarité. 



Madeleine. — XIX, u. 




CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS DU TOI" SIECLE 



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Main (Saint). — - XV, 3. Sous son invocation est fondée, dit le poète, 
une carîtë. Mais c'est certainement là une plaisanterie dont aujourd'hui 
nous ne sentons plus le sel, faute de savoir à quelle sorte de gens le culte 
de ce bienheureux était réservé. 

Maire (Vaas le). — XVIII, i83 et suiv. C'était un vieillard au moment 
où la pièce fut écrite (v. i84), et cependant il voulait se marier et avait déjà 
fait un choix, mais la dame le repoussait à cause de ses mauvaises mœurs. 
On lit, dans le ms. 854i : « a Waast le maieur » (année 1272, Saint-Remy). 

Mairesse (Dame Marote la). — Bourgeoise fort riche. XXIV, 178 et 
suiv.: « Si dist on bien k'ele est Avarnie | De grant argent et de ricoise. » 
(v. 176-7.) Elle avait, lors de l'affaire de l'impôt, fourni un faux brevet, et 
c'est ironiquement que l'on dit (v. 179): « Li rois n'a pooir de li nuire. » 
— Les bourgeoises veuves (c'était assurément le cas de celle-ci) étaient 
tenues aux mêmes obligations que les bourgeois. A la mort de leur mari, 
on s'informait si elles voulaient continuer à être comptées dans la bour- 
geoisie, et, si elles refusaient de recreanter leurs titres, elles perdaient la 
moitié de leurs meubles et héritages. Par contre, en revendiquant à leur 
profit la prorogation des privilèges de l'époux défunt, elles se soumet- 
taient ipso facto à toutes les charges de la bourgeoisie. (Voyez Gardevacque, 
Essai sur la bourgeoisie d'Arras avant la Révolution de 178g, dans les 
Mémoires de V Académie d'Arras, IP série, t. XIX.) C'est ainsi que certaines 
bourgeoises de la ville — comme Tasse l'Anstière, par exemple (voir à ce 
nom), et celle qui nous occupe maintenant — jouaient, au point de vue 
financier, un rôle considérable. — Ms. 854 1, année 1268 (Purif.): « li 
mairesse Maroie. » — ïbid.y année i3o4 (Pentec): « mairesse Maroie. » 
(Sans doute, la fille.) 

Mancions (ou Maucions). — XIV^ 69 et suiv. L'un des héritiers 
d'Adam de Vimy. (Voyez ce nom.) 

Manencourt (Pierre de). — XVI, i53-4. Donné comme un homme 
déloyal. 

Maquesai (Bauduin). — XXIII, 17, 4i, 73 et passim. Personnage ima- 
ginaire et grotesque qui commande l'armée des Flamands réunie pour 
attaquer Neuville. 

Maraduis ou Maraduit (Robert). — Bourgeois qui s'est mal conduit 
lors de l'afTaire de l'impôt, et qui est cité deux fois à ce sujet. — II, 43 et 
suiv. Éloge ironique du personnage: «En loiauté a le cuer duit... » — 
XXIV, 232 et suiv. Ce passage nous fait connaître le surnom de Robert M. 
On l'appelait « le Grand ». Il nous apprend aussi qu'il a été obligé de 
s'exiler (234-5) et qu'il était échevin lors de cette affaire de l'impôt. — 
God. Inv. I, p. i5o; première semaine de décembre i243 : « Gilles, che- 
valier, châtelain de Bapaume et seigneur de Beaumez, reconnaît devoir à 
Robert Maraduic, fils de Thomas Maraduic, bourgeois d'Arras, 5o 1. p. 
qu'il lui avoit prêtées, » || Autre membre de la famille : Jlenri Af., sous- 
bailli d'Arras (God. Inv. I, p. 335, janvier 1269) 




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BIBLIOTHÈQUE DES UNIVERSITES DU MIDI 



Mare (Sainte). — XXIII, i3i (= Sainte-Marie). 

Marés (Les). — XXIV, 191. Il semble bien que le Marais désigne ici 
un lieu géographique. 

Marote li Mairesse. — Voyez Mairesse. 

Martin (Saint). — XXI, i4. Donné comme un modèle de charité. 
Maurice (Saint). — XIII. 48. 

Mentenai. — XVI, ii3; XXII, 35. Nous n'avons point su retrouver la 
trace d*une localité de ce nom. Mais, comme elle est citée dans deux pas- 
sages où il est question d'hommes déloyaux, et que, dans le même vers 1 13 
de la pièce XVI, est mentionnée la ville de Blangi (voyez ce nom) dont on 
fait la patrie des «c blankes gen^ », autrement dit des trompeurs, il est 
évident que Mentenai, qu'il ait existé ou non un pays s'appelant de la 
sorte, ne se trouve dans notre texte qu'à cause du rapport qu'il y a entre 
le mot Mentenai et les termes mentir, menteur, etc. C'est, au fond, une 
simple plaisanterie, et qui revient souvent dans nos pièces sous des formes 
différentes. Voir, au mot Blangi, une réflexion de Scheler sur la geste de 
Blancandin, qui est donnée (XXII, 81) comme sue en grande partie par 
l'un des trompeurs du moulin de Neuville. Sans doute, on pourrait 
rapprocher de ce passage le vers 49 de la pièce II, qui nous apprend qu'un 
homme sans loyauté, Robert Maraduit, récite Flovent. Pourquoi Flovent? 
Parce que le mot de vent (= fourberie) entre dans ce terme. Pour nous 
résumer, les auteurs de nos pièces ont exprimé par des allégories variées 
l'idée de ruse et de niaiserie : 1° ils la font entendre par des noms de 
pays Blangi, Menfenai, Soiinghehens (voir à ce mot) ; a" par des titres de 
chansons de geste qu'ils supposent lues ou récitées par les trompeurs 
dont ils parlent (^B/a/icandin — FloventJ; 3' par la couleur blanche 
(blankes gens — blanke cire) ; 4° par le souffle du vent, soit qu'il fasse 
mouvoir un moulin (XVI, XXII), soit qu'il pousse les navires sur la mer 
(XXII, 87 et suiv.), soit qu'il amène le froid (ibid,, 44), qu'il attise le feu 
{ibid., 61) ou qu'il anime les instruments de musique (ibid,, 62). Cf. 
Tobler, Verm. Beiirœge, II, aoo. 

Meulens. — XXIII, 55. Nous supposons qu'il s'agit du village de 
Miaulens, qui était voisin d'Arras et où se trouvait une célèbre mala- 
drerie dans laquelle Bodel {Congé, dernière strophe) demande à être 
« bouté ». La « porte de Meulens » dont il est question dans notre texte se 
trouvait à Arras. (EN. lat. 10972, f 3o v.) — C'est sans doute parce que 
l'auteur de la pièce XXIII s'est donné la tâche de corrompre tous les 
noms, afin d'imiter le langage flamand, que Miaulens est devenu Meulens 
sous sa plume. 

Miaus. — III, 21. Meaux. 

Miraumont. — XIV, 68. Femme et héritière d'Adam de Vimy . (Voyez 
ce nom.) 




CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS DU XIII* SIÈCLE 



i37 



Moxicy (de). — Famille nombreuse : plusieurs personnages de ce nom 
sont cités dans nos textes. 

!• Estevene de M, — XXII, 87 et suiv. L'un des trompeurs du moulin 
de Neuville : « blanc est dehors, blanc est dedans. » (v. 45.) 

2» Gosse de M. — XXII, 207-210. Homme sans foi. 

3** Jacques ou Jacquemon de M, — - Il est question de sa femme dans la 
pièce XV, 69 et suiv. Elle est donnée comme « une bone gourdine ». 
Lui-même est cité deux fois dans la pièce XXIV, car il est doublement 
coupable. En tant que contribuable (78-76), il a fait une fausse déclaration 
de ses biens, et, à en croire son brevet, « il est keûs en poureté, » ce qui 
est assurément ironique. En tant qu*échevin (221), il a réparti arbitraire- 
ment l'impôt. «De Monchi Jakemes » est cité dans 854i, année 1270 
(Pentec). — BN. lat. 10972, f» 3o v* : « Jacobus de Monchy pro domo que 
fuit Theobaldi d'Amiens xv den. » Cette maison était sise « in vico 
abbatie versus portam de MiauUens ». (Voyez Meulens.) 

4* Jehan de M, — XV, 25 et suiv. Voulait être doyen de la carité de 
Saint-Oison. — 11 habitait le quartier des tailleurs : « Cil do la taillerie. » 
On nous apprend qu'il ressemblait à un pois baiens (\. 28). Un acte 
non daté des Archives municipales de Saint-Quentin donne la liste des 
frais faits par Jehan de M. pour aller assister à la vesprée des armes du duc 
de Brabant (Bibl. de l'École des Chartes, t. XXXV). Son nom se trouve sous 
la forme « Jehans de Monchiaus » dans un petit cartulaire concernant 
l'abbaye de Vaucelles (Arch, dép. du NordJ. — God. Inv, II, p. 168 : Argent 
reçu par Jehan de M. d'Arras, qui en délivre, quittance (18 sept. 1274). — 
Il est vraisemblable que ce personnage n'était point aussi digne qu'on veut 
bien le dire, dans notre pièce, d'être doyen de la société des gens sans 
esprit, puisqu'il fut bailli d'Arras. — Arch. dép. duP.-de-C, A, 127 : Comptes 
de J. de M., bailli d'Arras (Chandeleur 1289.) —- Quittance du même 
{Ibid., A, i35), août 1294. — Ibid., A, 2. Le comte d'Artois prescrit à J. 
de M., bailli d'Arras, de procéder au bornage du vivier d'Anzin, apparte- 
nant à l'abbaye du Mont-Saint-Eloy (1298). — Avant le mois de novembre 
de cette année 1298, J. de M. cessa d'être bailli et fut remplacé par Jean 
Gazier dans cette charge. (God. Inv. II, p. 347 et 35o.) — Le 28 nov. 1298, 
Renaud Coignet fait savoir que J. de M., jadis bailli d'Arras, doit, après véri- 
fication de ses « comptes fais a nous et a la gent monseigneur », 69 1. 17 s. 
et 8 d. {Arch. dép. du P.-de-C, A, i45.) || Ne pas confondre ce personnage 
avec un autre J. de M., échanson du comte, dont le nom revient plu- 
sieurs fois dans les actes entre 1297 et i3oo. || Autres membres de la 
famille. — Le ms. 854i en nomme cinq : i* Isabiaus (1261); 2« Willaume 
(1278); S"" Rendus (i285); l^"* Andrieu (1802). C'est le frère de Jehan. Fas- 
toul (Congé, str. 87) : « Je preng a Jehan de Monci | Congié et a Andriu 
son frère. » 5* Baude (1807). || Monchy était situé dans l'ancien Verman- 
dois, et fait actuellement partie de l'arrondissement de Péronne. 

Montdidier. - XV, 98. 

Montferrat (Marquis de). — Toute la pièce XX est consacrée à la 
narration d'un trait de générosité de ce personnage bien connu. On sait 
le rôle qu'il joua lors de la croisade de Constantinople, et avec quel éloge 
Villehardouin parle maintes fois de lui. Après avoir raconté de quelle 




i38 



BIBLIOTHÈQUE DES UNIVERSITÉS DU MIDI 



manière il fut tué par les Bulgares en 1207. chroniqueur ajoute (S 367) : 

« Ha lasi com dolorous domage ci ot de tel homme perdre par tel 

mésaventure, un des meillors barons, et des plus larges, et des meillors 
chevaliers qui fust el remanant du monde. » Cette générosité s'exerçait 
volontiers à Tégard des poètes : on sait qu'il fut le protecteur de divers 
troubadours. La libéralité du marquis était de notoriété publique, et 
on Ta célébrée fort souvent. Notre pièce XX est un écho lointain de cette 
tradition flatteuse. Sur ce personnage, voyez Karl Hopf, Bonifaz von 
Montferrat u. der Troubadour Bambaut von Vaqueiras (Berlin, 1877), et 
O. Schultz, Die Briefe des Trob, Bambauts de Vaqueiras an Bonifaz I 
(HaUe, 1893), 

Montmartre. — XXIV, 188. 

Montpellier. — XVIU, 118. 

Mordenare. ^ XXIII, 5o et suiv. Voyez Hersent. 

Moussekin (Simon). — XXIIl, 18. Est, comme le précédent, l'un des 
Flamands qui s'arment pour marcher contre Neuville. 

Mouton (HuoN). — XIV, 87 et suiv. Une partie des vers qui lui sont 
consacrés est obscure. Malgré les angoisses qu'il souffrit c au siècle » 
(v. 4o), il était fort riche, et Waghes Wions (voir à ce mot) recueillit, 
avec Audefroi, son héritage. 

Mulès ou Mulet (Wautier). — XIX, 33. A dérobé de l'argent. Son 
nom est cité dans la Feuillée (871). Pour ce personnage, voir notre étude 
sur Adan de le Haie. 



Naimeri (Wautier). — XIX, 27-82. Le texte est obscur, mais ce qui 
n'est pas douteux, c'est que ce personnage a détourné de l'argent. Nous 
n'avons jamais rencontré ce nom dans les chartes. 

Nazart. — Famille de bourgeois riches qui ont, au xiii* siècle, fait 
des largesses à deux générations de poètes. Il y a lieu d'être étonné de les 
voir aussi peu souvent cités dans nos textes. Sans doute, ce silence relatif 
est dû plutôt à la prudence qu'au respect. (Voyez XXII, 109.) 

I" Henri N. — II, 5o-6. Éloges ironiques du personnage quaUfié de 
« gentil cuer » (52), assurément par antiphrase. Le vers 56, où l'on dit: 
« il set bien faire un testament », fait allusion à un acte d'indélicatesse 
sur lequel nous reviendrons plus bas. — XXIV, 198-196. Henri N. est l'un 
des plus compromis dans l'afTaire des faux serments, et il risque « d'y 
laisser de son avoir », d'être condamné, pour son faux brevet, à la confis- 
cation d'une partie de ses biens. — God. Inv. I, p. 25 1. A la date du 
mardi 16 octobre 1267, le comte d'Artois veut entendre le jugement que 
les échevins doivent prononcer « sur le forfait de Henri del Castel et de 



N 




CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS DU Xni' SIECLE 



189 



Henri Nazart qui estoient echevins ». Cette prétention du comte cause 
une discussion fort longue entre ses hommes et les membres du corps 
municipal. Ces derniers veulent bien que le comte vienne à la halle pour 
entendre le jugement, mais non avec son conseil. A cela on répliquait 
« qu*il n'étoit nullement raisonnable que le sire de la terre entendit 
un jugement sans son conseil dans une affaire qui le concernoit ». Aucun 
acte ne nous apprend quelle était la nature de ce forfait, mais ce n'est 
sans doute pas s'avancer beaucoup que de supposer que l'auteur de notre 
pièce II y fait allusion en écrivant: « il set bien faire un testament. » 
Il s'agissait probablement d'une affaire de capta tion. (Sur ce procès, 
voyez encore le ms. 64o de la Bibl. mun. d'Arras, f* 34.) Nous ne sau- 
rions trop répéter ici ce que nous avons déjà dit en parlant de Robert 
Crespin et de Jacques le Cornu : les indélicatesses et les malversations des 
riches Artésiens étaient passées dans les mœurs. On les critiquait, on 
les accusait, on les condamnait même au moment où ils jouaient 
quelque tour de leur façon. Mais, peu de temps après, tout était oublié 
ou, du moins, on feignait d'oublier leurs fautes, car on ne pouvait se 
passer d'eux. C'est ainsi que cet Henri N., jugé en 1367 pour un forfait, 
compromis en 1269, prête de l'argent, à une date postérieure, aux échevins 
de sa ville, qui l'appellent « boins amis». Arch, mun. d'Arras, acte sur 
parchemin, non classé : « Jou, maires, nous echevins et toutes li commu- 
nités de le vile d'Arras faisons savoir a tous cens ki sont et ki a venir sont 
ke nous tous, et cascuns de nous pour le tout, devons a nos boins amis 
Henri Nazars, ou a chelui ki ches letres ara, wit vint livres, etc.. » — Cet 
Henri N. a eu un fils nommé Robert, comme nous l'apprenons par un 
acte qui donne aussi le nom de sa femme (Arc/i. dép. du P.-de-C, H, Pré- 
vôté des eaux. Copies de chirogr., f* 53 r°, année 1281) : «: Sacent tous 
les servants heritables de la rivière de Saint-Vaast qui sont et qui a venir 
sont que Robert Nazart, bourgeois d'Ar., fils de Henri, a vendu bien et 
loyaument... tout le droit qu'il avoit ou pou voit avoir sur tous les mou- 
lins de Saint-Vaast a Demencourt, et en chacun moulin en particulier 
que Sara Nazarde, sa mere, lui donna a tenir. » — Ne pas confondre ce 
Robert N., fils de Henri, avec le Robert qui suit et qui était fils de Jean. 

30 Robert N, — XXII, 104-112. Nous avons dit, dans notre étude sur 
Adan de le Haie, tout ce que nous savions sur ce personnage relativement 
assez connu, et nous demandons la permission de renvoyer le lecteur à ce 
travail. || Autres membres de la famille : Colart Nazart (Adan de le H., 
Congé, str. 12); Wilars (ms. 854 1, 26); Adam, Isabeau, Jacquemon 
(Arch, dép. du P.-de-C, H, Prévôté des eaux. Copies de chirogr., f" i v" 
et f» a); Maroie (854 1, f" 35 v°). 

Neuville. — La pièce XVI, 108 et suiv., fait une allusion pour nous 
fort obscure à un vent qui, venant de Neuville, renversera un moulin 
allégorique, construit par des hommes déloyaux. D'autre part, la 
pièce XXIII est consacrée tout entière à la prise de Neuville par les Fla- 
mands, et il semble bien que cette poésie bizarre constitue de même une 
allégorie. Y a-t-il un rapport entre ces deux morceaux? On le croirait 
volontiers, mais il est impossible de l'établir. Ce nom de Neuville est 
tellement répandu partout, et notamment dans le nord de la France, 
qu'on lie saurait préciser à quelle localité nos poètçs font allusion. 




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i4o 



BIBLIOTHEQUE DES UNIVERSITÉS DU MIDI 



Est-ce à Neuville sur l'Escaut, arrondissement de Valenciennes ? A. Neu- 
ville-sous-Montreuil, dans Tarrondissement de ce nom? A Neuville-Saint- 
Remy, dans Tarrondissement de Cambrai ? Nous n'avons su le démêler. 

Niedoncel (Seigneur de). — XVI, 8a et suiv. 11 s'agit d'un trom- 
peur, mais on ne peut rien préciser sur ce personnage, car il y a eu 
plusieurs seigneurs de Niedoncel. Les principaux sont : Jehan de N., sire 
de Beuvri, qui vend cette ville au comte d'Artois en mai 1266 (God. 
Inv, I, 296), et Robert de N. (God. Inv. II, 295, année 1298.) Il était mort 
en i3o6. {Arch, dép. du P.-de-C., A, 220.) 

Noir (Le). — lO Gilles Le N. — XVIII, 76 et suiv. Son mariage fut cassé 
il plaida en vain pour éviter cette mésaventure, et dépensa beaucoup 
d'argent. 

2° Jacques ou Jacquemon Le N» — Cité trois fois dans nos textes : 
aj XIV, 57 et suiv. Était mort au moment où cette poésie fut composée, 
puisqu'on nous y apprend qu'il a laissé tout son avoir à Jehan de Re- 
lenghe (voir à ce nom), b) XVI, 172 et suiv. A été bâtonné par des che- 
valiers durant la fête d'Harponlieu. c) XIX, 19-20. Parait avoir détourné 
de l'argent. — La femme de ce personnage est citée dans le ms. 854 1, 
à l'année 1270. — Lui-même est mentionné dans un acte de mai 1260. 
Les bourgeois de Calais reconnaissent lui devoir 660 1. p. (God. Inv, I, 
p. 266). La même pièce nous apprend qu'il était fils de « feu Gérard dit 
le Noir». 

Normandie. — XX, 8. 

Notome. — XVIII, i43. « Mais i a ja crié notorne. » Est-ce un cri de 
guerre } 



Oeguiet. — XIV, 19. Nom de fantaisie. 

Oison (Saint). — XV, 7 et passim. C'est sous l'invocation de saint 
Oison, « le frère saint Gourdin, » qu'est placée la carité des pauvres 
d'esprit. Sur l'invention de ces saints de comédie, voyez les mots Gourdin, 
ToKTus, TiETON, etc. 

Oitin (ou diminutif Oiteliin)' — XXIII, 118, et tout le passage. Nom 
de fantaisie. Jeune farlet (!) flamand qui s'arme pour marcher contre 
Neuville. Ce valet est l'amant de Wisebel. (Voyez ce nom.) 

Orange (Willaume d'). — XXIII, 4. Fameux héros de tout un cycle 
de chansons de geste. 

Ostrevant (Archidiacre d'). — XIX, 68 et suiv. L'archidiacre t qui 
sire est d'Ostrevant » est accusé par l'auteur de la pièce d'avoir eu sa part 
dans un détournement d'argent. — L'Ostrevant était, dans l'ancienne 




CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS DU XIII* SIÈCLE l4l 



géographie, un pays faisant partie du Hainaut. Actuellement il se trouve 
dans l'arrondissement de Valenciennes, ou il forme les cantons de Bou- 
chain et de Denain. Jadis ses limites étaient assez peu fixes au point de 
vue administratif, mais il n'en allait pas de même en ce qui concerne la 
juridiction ecclésiastique. Il constituait, avec des bornes précises, un 
archidiaconé dépendant du diocèse d'Arras. C'était donc le chef de cet 
archidiaconé qui s*était montré peu scrupuleux dans une affaire d'argent. 



P 

Paipin. — XXIII, 7. Le roi Pépin, père de Gharlemagne, considéré 
comme héros de chanson de geste. 

Papetere (Englebers le). — XXII, 53 et suiv. Ce personnage est 
donné comme un bavard < qui tous tans papete » (v. 54) et aussi comme 
un trompeur. 

Paris. - VII, 59; XX, 72; XXII, 121 ; XXIV, 188. 

Paris (Ermenfroi de). — XXIV, I II et suiv. Bourgeois extrêmement 
riche : « de mars d'argent a il XX mile. » (v. 11 3.) Mais, au moment de 
Taffaire de l'impôt, il a fait une fausse déclaration de ses biens : c en son 
brievet n'eut fors que ghile. i> (v. 11 4.) U est attaqué comme avare dans la 
Feuillée (v. 218-9). Voir notre étude sur Adan de le Haie. 

Paris (Jacquemin de). — XIX, 35 et suiv. Il a détourné de l'argent. 

Pas (Baude de). — XVIII, 75 et suiv. Marié avec une femme qui était 
sa parente à un degré prohibé par l'Église, il vit, malgré de longs procès 
et de fortes dépenses (v. 80-81), ce mariage annulé. Tels sont les rensei- 
gnements que l'on peut tirer de notre texte, mais il faut croire que ce 
personnage avait enfin trouvé moyen de faire considérer comme légitime 
l'union par lui contractée (à Arras, plus encore qu'ailleurs, tout s'arran- 
geait avec de l'argent), puisqu'il est, dans les actes, plusieurs fois question 
de sa veuve, qui s'était même remariée. God. Inv. II, p. 280. Le 22 décem- 
bre 1297, Robert, comte d'Artois, concède des terres à Sarain Joie, veuve 
de Baude de P., et à Ansel de Beugy, son mari. — Ibid., ibid,, p. 281. Le 
20 janvier 1297, le même Robert reconnaît avoir reçu 2,000 1. t. d' Ansel 
de Beugy et de Sarain Joie, veuve de Baude de P.. en paiement des droits 
que le comte avait sur les biens dudit Baude à cause de bâtardise. Nous 
voilà donc fixés sur la naissance de ce personnage. — BN. lat. 10972, 
fy 18 ro : Baude de P. paie un droit pour sa maison sise devant Saint- 
É tienne. || Autre membre de la famille : Gilles de Pas. Témoin du procès 
de Henri Nazart, (Voyez ce nom.) 

Paus (Willaume as). — [Il est question de Wautier as Paus dans la 
Feuillée, v. 409, et Monmerqué traduit ce nom par Wautier aux 
Pouces, Paus ne signifierait -il pas plutôt poils?] — Willaume as P. est 



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BIBLIOTHÈQUE DES UNIVERSITES DU MIDI 



assurément le personnage que nos pièces mentionnent le plus souvent, 
et, chose fort curieuse, nous n'avons su nulle part découvrir son nom 
dans les actes. Nous devons donc nous borner aux renseignements tirés 
de notre texte. — II, 64-65 : Il a t soufflé » (= trompé) à son ordinaire. 

Il s'agit de l'impôt mal réparti. Toutes les poésies qui traitent ce sujet 
citent notre personnage.) — XIII, 42-44. H est, avec les Grespin et les 
Frékin, l'un des plus compromis. — XV, 35 et suiv. Son fils est digne de 
faire partie de la confrérie de Saint-Oison. Ce passage nous apprend que 
la famille demeurait « el grant marqiet ». — XXII. 78 et suiv. Le même 
est donné comme un trompeur éhonté : c N'a si menteur dusk'en Gala- 
bre » (v. 74) ; ses voisins mêmes ne peuvent avoir confiance en lui 
(v. 75-6). — XXIV, 85 et suiv. Il a donné une fausse déclaration de ses 
biens, ce qui n'est point étonnant, car c de mentir set il bien sen roi » 
(v. 89). Le vers 90, qui nous apprend qu'il est « hors du dangier le roi » 
est ironique. On comprend aisément que Willaume était, au contraire, 
poursuivi par la justice. Ce passage contient, à n'en point douter, une 
allusion au métier de ce bourgeois déloyal. Mais comment faut-il enten- 
dre c en pauciant » (v. 85)? Serait-ce une allusion au métier de tanneur? 
— Willaume as Paus est cité dans le ms. 854i, à la date de 1269 (Pentec.). 

Il Autres membres de la famille: Wautier {Feuillée, 409); Jehan (854 1| 
année 1267); Pciske {Ibid., année 1272) ; Benedicta(Ibid., année 1284). 

Pautres (Pierre li). — XXII, 71-2. Donné comme un homme sans foi. 

Philippe (Le roi). — XXI, 6 et suiv. Il s'agit évidemment ici de Phi- 
lippe-Auguste. 

Pié (Henri au). — XVIII, i36. Se propose d'aller à l'armée pour servir 
le pape contre l'empereur. — XXII, 2i3 et suiv. Blâmé comme homme 
déloyal. 

Piere (Mahiu de le). — XVII, 96 et suiv. Membre de la carité des 
Auduins. Nous savons par diverses pièces que ce Mahiu était servant héri- 
table de la rivière de Saint- Vaast. (Arc/i. dép, du P.-de-C, U, Prévôté des 
eaux. Copies de chirogr., ^ 28 v*.) 

Piere (Robert de le). — l, 16 et suiv. Membre du Puy; héritier, en 
poésie ou en musique, de la méthode du vieux Fromont, il charme par 
ses chants le bon Dieu descendu à Arras. Sur ce Robert, poète fort connu, 
voyez Hist. Litt., XXIII, 749-750, et Louis Passy, BibL de l'École des 
Chartes, 4* série, t. V, p. 3i8 et suiv. || Nota : Nous avons cru devoir faire 
deux articles de Mahiu de le Piere et de Robert de le Piere parce que 
nous ne savions pas s'ils appartenaient à la même famille. Le nom qu'ils 
portent est, en eff*et, très répandu : Baude et Thomas de le P. (Congé de 
Bodel); Jehan de le P. (ms. 854 1, année 1270), etc. 

Pierre (Saint). — XXn, 90. 

Pol (GuiON DE Saint). — III, 97-108. Les vers qui lui sont consacrés 
sont assez obscurs. Mais il semble qu'il ait été un magistrat qui avait 




CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS DU Xlll' SIÈCLE 



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poursuivi et saisi quelques-uns des bourgeois coupables de fausse déclara- 
lion de biens. C'est ainsi, du moins, — - mais peut-être à tort, — que nous 
comprenons le passage où on le compare (v. io3) à un peskieres qui 
prend un poisson riche (v. io6) dans un endroit ou il n*y a point d'eau 
(v. io4-io5). 

Pol (Saint). — V, 62 et 63. 

Poucin, Pouchin, Poucinois, Pouchinois. — L'une des plus 
grandes familles d'Arras. Elle peut être comparée à la dynastie des 
Loucars, des Esturion, des Nazart, des Doucet, etc. Les Poucin, en géné- 
ral, furent compromis dans l'affaire de l'impôt, et l'on désigne par leur 
prénom quatre frères également coupables. (II, 36-42.) Ce sont Jakes, 
Simon, Cholars, Pakès. Les éloges qu'on leur adresse sont, à n'en pas 
douter, ironiques, ce qui est, d'ailleurs, l'esprit de tout le morceau. Mais 
cette opulente famille, attaquée ici, a été surtout louée par les poètes 
à qui elle fit de grandes largesses. 11 faut croire que l'auteur de la 
pièce II aura été oublié dans la distribution ! La preuve que les écrivains 
du temps ont célébré cette famille se trouve dans nos textes mêmes. 
(I, II -i3.) « Pouchins li ainsnés» (la pièce II le nomme Ja/ces) y est 
donné comme si savant en astronomie que le bon Dieu descendu à Arras 
pâlit de l'entendre, sans doute parce que l'orateur en sait autant que lui. 
A ce témoignage, ajoutons celui d'Adan de le Haie (Congé, 98-100), celui 
de Fastoul qui adresse aux frères Pouchin quelques vers élogieux qu'il 
est à propos de rapprocher de ceux de notre pièce II : « A dieu comant 
les Poucinois | Car mult les ai trouvé courtois | ...Se de Paket ne me 
looie I Et de Symon, je mefferoie | Plus que d'autres, c. mile tans. | Tous 
jors les ai trouvés en voie | De faire tanques lor prooie; | A lor biens 
estoie partans... » || Outre les frères dont nous avons parlé ici, l'on 
connaît plusieurs autres personnages de ce nom. Sur toute cette famille, 
voyez notre étude sur Adan de le Haie. 

Provins. — XVIII, 100-102. L'auteur cite un proverbe concernant les 
« valets de Provins », dont aucun ne se marie avant d'être vieux et chenu, 

Puignel. — XVII, 87. Moulin. 



Q 

Quemuze (de). — XXin, 36. Est-ce bien un nom propre? 



R 

Raixnbert (Thomas). — XIX, aa. Accusé d'avoir détourné de l'argent. 
Rains. — X, 5i. Reims. 



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i44 



BIBLIOTHÈQUE DES UNIVERSITÉS DU MIDI 



Relenghe (Jehan de). — XIV, Sg. Héritier de Jakemon le Noir. (Voyez 
ce nom.) — Baude Fastoul salue ce personnage dans son Congé (sir. 36) 
et le qualifie de « monseigneur ». 

Renti (Ernoul de). — XVI, i46 et suiv. Donné comme un trompeur. 
Il Ce nom est répandu. On connaît le poète Jean de R, (Hist. litt, XXIII, 
645-6; Dinaux, Trouv. ArLJ; André de R. (Recueil des Olim, t. P% 
p. 712-713). L'acte qui le concerne et qui le condamne à passer cinq ans 
en Terre Sainte est de 1268. 

Reveaux ou Reviaus. — Trois personnages de ce nom dans nos 
pièces : 

!• Gérard R, — XXIV, 233 et suiv. Echevin en charge lors de Taffaire de 
rimpôt mal réparti; fut contraint de s'exiler. 

2« Thibaut R, — XIX, 26. A dérobé de l'argent. Cité dans BN. lat. 10972, 
£* 27 V». 

3* Wike R, — XVIII, 206 et suiv. « Onkes ne dit parole voire. » (v. 209.) 
Ses mœurs semblent avoir été mauvaises. 

Riquejore du Pré. — XXIII, 19. Sans doute un nom de fantaisie. 
L'un des Flamands qui marchent contre Neuville. 

Robert. — XIX, 23 et suiv. Tout ce que nous savons sur ce person- 
nage dont on ne donne que le prénom, c'est qu'il avait détourné de l'ar- 
gent et qu'il était parent de Gossuin de Hées. (Voyez ce nom.) 

Roelin. — XXIII, 20. L'un des Flamands qui veulent s'emparer de 
Neuville. 

Roi (Mahieu le). — XVIII, 195 et suiv. Voudrait se marier pour échap- 
per à un ordre du pape qui convoque les célibataires contre l'empereur, 
mais il ne peut trouver femme. 

Rome. — X, 5i ; XVII, 106; XVIII, 32, 5o, 85, 107. 

Roumacle (Saint). — V, 7 ; XIII, 12 et suiv. Nous avons cru d'abord 
que c'était un nom de saint inventé à plaisir et par plaisanterie. Mais il 
y a, dans la Gall, Christ,, t. 111, col. 823 sqq., une notice sur un saint 
nommé « Remaclus, seu Remaclius et Rismaclus », né en Aquitaine 
d'un père nommé Albutius et d'une mère qui s'appelait Matrinia, 
et qui était fort riche. Remaclus, envoyé à Clotaire et recommandé 
à saint Éloi, fut nommé évéque en février 653, abdiqua en 662, se 
retira dans un monastère, et mourut en 668. Est-ce notre saint Rou- 
macle.^ 

Roussiaus li Tailliere. — I, 19. Membre du Puy et poète; chanta 
dans la séance que les membres de cette société littéraire donnèrent au 
bon Dieu descendu du ciel pour les entendre. Ce personnage est inconnu 
de nous. 




CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS DU XIU" SIECLE 



i45 



S 

Sainteron. — XIV, 19. Nom supposé. 
Salenike. — I, 89; III, 107. 

Salouwart. — XXIII, 83 et i5a. Il semble d'abord que ce soit le nom 
d*une ëpée, mais, comme nous voyons deux héros ceindre salouwart, et 
qu'il n'est guère vraisemblable qu'ils aient baptisé leur arme du même 
nom, nous nous demandons s'il ne s'agirait point ici d'un nom commun, 
inconnu de nous. 

Sawale (Messire). — XIX, 62 et suîv. Il est impossible d'identifier 
ce personnage, qui n'est ici désigné que par son prénom. Le texte nous 
apprend qu'il avait dérobé de l'argent et qu'il avait été forcé de s'exiler. 

Scovelin (Willaume). — XXIII, 24. Nom de fantaisie; l'un des Fla- 
mands qui vont attaquer Neuville. 

Sezile. — XIII, 4; XVl, 126. 

Simencort (Dame de). — XV, 94 et suiv. Elle était femme de Mahieu 
le Tailleur et digne de devenir prévôté dans la carité de Sainte Auweline. 
(Voyez MAmu le Tailleur.) 

Simon. — VIII, i53. Auteur de cette pièce VIII. 

Sotinghehem. — XIX, 66 et suiv. Le morceau où ce nom se trouve 
est assez obscur. L'auteur parle de Sotinghehem comme d'une localité 
(v. 66, 73, 79-80). Mais on peut croire qu'il s'agit ici d'une pure plaisan- 
terie, et que ce château, ce repaire, dont le nom contient le mot sot, a été 
inventé à plaisir comme la capitale des gens dénués de sens. (Voyez 
Mentenai.) Le vers 80, où l'on nous apprend que saint Acaire (voyez ce 
mot) est le seigneur du pays, corrobore fortement cette opinion. Toute- 
fois, nous ne serions point surpris que l'ironie fût ici à double tranchant 
et qu'elle atteignit aussi un personnage du temps. Sotinghehem pourrait 
bien être une altération volontaire et plaisante de Hokinghehem. Ce 
dernier fut sous-bailli d'Arras, et, en cette qualité, il devait présider aux 
enquêtes et jugements. (De fait, en 1285, il dirigea contre les échevins 
de Boulogne une importante instruction.) Or, le vers 66 de notre pièce : 
« car a Sotinghehem voirai a ex plaidier, » semble bien fôire allusion 
à un magistrat. Sur Hokinghehem, voyez God. Inv., I, 667, 672, 58 1, 
588-9. Il Ajoutons, pour être complets, qu'on trouve, dans les chartes, 
le nom du seigneur de Sotenghem. {Arch. dép. du P.-de-C, A. 5i.) 
Mais la pièce qui le concerne est de i3o5. Nous pensons donc que la 
plaisanterie de notre texte consiste à changer Hokinghehem en Sotin- 
ghehem et à parler de ce magistrat comme du château fort et du refuge 
des sots. — Ce n'est là, il est vrai, qu'une hypothèse. 

10 



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BIBUOTHEQUE DES UNITERSITES DU MIDI 



Sparoare. — XXUI, 2a. Nom de fantaisie. L'un des combattants de 
Farmée flamande. 

Stalin (Wistasse). — XXUI, 19. L*un des Flamands qui menacent 
Neuville. 

SoucèS (EsTEVENEs de). — XXIV, i43 et suiv. C'est Fun des bourgeois 
qui firent, lors de Faffaire de Fimpôt, une fausse déclaration de leurs 
biens. 



Taillerie. — XV, a5. Quartier des tailleurs où habitait Jehan de 
Monci. (Voye2 ce nom.) 

Tailliere (Ermenfroi le). — XIV, 53 et suiv. Ce personnage, dont le 
poète fait Féloge, reçut Fhéritage d*Ermenfroi Kiepuce, mais il était 
mort lui-même au moment où la pièce fut composée, puisque ses biens 
étaient passés aux mains de son fils Mahieu dont le nom suit. — BN. lat. 
10972 (Censier de 1261, f» 29 v) : e Ermenfridus le Tailleur pro domo que 
fuit CEde Biel-œul, XVIU den. et IV cap. in Nat. » Cette maison était sise 
« in vico abbatie versus portam de MiauUens ». Mais il possédait un autre 
immeuble c extra portam de rotunda villa » (Ronville). (Ibid., f* 33 v.) 

Tailliere (Mahieu le). — XIV, 55-6. Fils et héritier du précédent. 
L'auteur «emble faire Féloge de ce personnage, e car il n*est mie sos 
naius. » Mais, dans la pièce XV, 96, la femme de Mahieu le Tailleur (la 
dame de Simencort. — Voyez ce nom) est aigrement critiquée. 

Tailliere (Wistasse le). — XXII, i36 et suiv. Attaqué comme un 
trompeur. On se moque aussi de ses connaissances astronomiques, et l'on 
prétend qu'il lui suffit de passer en un bois pour savoir combien il s'y 
trouve de feuilles. (Cf. une plaisanterie analogue concernant Hellins 
Audefroi.) 

Teneveaus (Jehaî«). — XIX, 25. A détourné de Fargent. 

Tieton (Saint). — XV, 5. Saint de fantaisie (?), sous Finvocation 
duquel aurait été placée l'une des carités d'Arras. Mais c'est évidemment 
une plaisanterie. 

Tisterant. - XXIll, 70^ 

TortU ou Tortuel ou TorfUaU (Saint); — V, 2, 21 ; XVÎÎ, éi; 
C'est le patron des ivrognes* Baiser saint Tortuel = boire. (Cf. Adan de 
le Haie, Motet III, i.) 

Travelouce (Wistasse) i — XXÏI, 18 et suiv. Donné comme un trom- 
peur et un menteur. Même dans ses meilleurs moments, il est suspect de 



T 




CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS DU Xni' SIECLE 



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trahison. || Nous ne savons rien sur ce personnage. Les chartes font seu- 
lement mention — mais à plusieurs reprises — d*un Jacques Travelouce. 
(BN. lat. 1097a, f> II r»; Arch. dép. du P.-de-C, A, i5; Fastoul, Congé, 
sir. 25.) 

Trie (Mahieu de). — XVI, 87 et suiv. Donné comme un menteur, un 
trompeur. Ce personnage a joui d'une certaine notoriété. — En octobre 
1247, Alphonse, fils du roi de Portugal, comte de Boulogne, écrit à 
Robert, comte d'Artois, pour le prier de confirmer une donation de 
terres par lui faite à Mathieu de Tria, chevalier. (Arch, dép. du P.-de-C, 
A, II.) — Le 6 septembre i255, Mathieu de T. assiste à un jugement de 
Mahaut, comtesse de Boulogne, femme d'Alphonse qui précède. (God. 
Inv,, I, p. 240.) — En 1265, « Matheus de Tria, comes Domni Martini, » a 
un procès en cour royale. (Recueil des Olim, t. I, p. 618 et suiv.)-— En 
1291, un « Matheus de Tria, miles », est désigné par Philippe le Bel pour 
entendre et décider les requêtes durant le parlement tenu dans les 
trois semaines après la Toussaint. {Ordon, des Roys de France de la 
troisième race, vol. I, p. 821.) Mais il est douteux qu'il s'agisse, dans cette 
dernière pièce, de notre personnage, qui était déjà mêlé, en 1247, à la 
vie publique. Probablement il est question d'un fils. || Autre membre de 
la famille : BN. fr. 844, f° 98, Jehan de Trie, auteur de deux chansons. 

Turs. — XVIII, 176. Les Turcs. 



Veaus (Martin). — XIX, 17 et suiv. C'était le neveu de Jehan Duran 
(voyez ce nom), et il avait dérobé de l'argent. || Était peut-être parent du 
poète Guillaume Veau (Hist, litt, XXIII, p. 610). Nous avons un certain 
nombre de pièces d'archives sur Guillaume, mais non sur Martin. 

Verdiôre. — C'est le nom d'une grande et nombreuse famille arté- 
sienne. 

I* Bertoal V. — XVIII, i4i et suiv. Déclare qu'il aime mieux se marier 
que de se rendre à l'armée où le pape convoque tous les célibataires 
contre l'empereur. Il ne veut point bouger d'Arras (v. i45). — XXIV, 125 
et suiv. Le même Bertoul V. a fait une fausse déclaration de ses biens, 
lors de l'afflaire de l'impôt mal réparti. Ce passage éclaire les vers ii5-i20 
de la pièce III, où il est question d'un Verdière dont on ne donne point le 
prénom. Comme les pièces III et XXIV traitent bien nettement le même 
sujet, il est clair que le Verdière de la première est le Bertoul Verdière de 
l'autre. Ajoutons que l'on peut même supposer que le même écrivain a 
composé les deux morceaux, car on y trouve une plaisanterie tout à fait 
semblable sur ce mot de Verdière, qui était un nom d'homme, mais s'ap- 
pliquait aussi à un oiseau. III, ii6-ii8: <c ... ainques ni prist quaille 
I N'aloe cantant, | Ains prist tel verdière... » — XXIV, 125-127 : « Avant 
ier perdi deus oisiaus, | Hé Diex, ki est uns damoisiaus | C'on apele Bertoul 
Verdière. » Ces deux textes rapprochés tendraient à prouver que Bertoul 
V. fut mis en prison. — La richesse de ce personnage est évidente d'après 



u-v 




i48 



BIBLlOTHÈQtJE DES UNIVERSITÉS DU MIDI 



le ms. 10972 (BN. lat., Censier de ia6i). On y voit qu'il possédait plusieurs 
immeubles. F" i4 v' : « Bartholomeus Verdiere pro. 1. foulenech qui fuit 
domini Balduiai dicti canis, XII den. in Nat. » — e Item, idem Berlhouldus 
Verdiere pro manso qui fuit Lamberti Folie, XI sol. VI den. » Ces propriétés 
se trouvaient « in vaUe Stephani ». — F* 17 : « Berthouldus Verdiere 
pro domo que fuit Dodonis canis, III, sol. VI den. » Cette maison s'élevait 
devant Saint-Étienne. — En 1264 ou ia65 : Note de ce que les échevins 
de Calais doivent à Barthélémy Verdière (God. Inv., I, p. 291). — Était 
mort avant 1274. En effet, on lit dans l'état des dettes du comte d'Artois 
(Avignon, i" juillet 1274) : « aux exécuteurs de feu Bertoul Verdiere... » 
(God. Inv., I, p. 435 et suiv.) Un autre acte du 9 décembre 1279 (God. 
Inv., I, p. 493) nous apprend que les exécuteurs testamentaires de Ber- 
toul V. avaient prêté à Robert d'Artois 1,000 1. p. que celui-ci s'oblige 
à payer. — Bertoul V. est cité dans le recueil 854 1, à la date de 1267 
(Saint-Remy). 

2* Phelipot V. — I, 18. L'un des plus célèbres poètes du Puy d'Arras. — 
Monmerqué (Th.fr. au moyen-âge, p. 23) édite cette première de nos pièces, 
et met à tort une virgule entre Phelipos et Verdiere. C'est bien un seul et 
même individu. Sur ce poète, voyez Louis Passy {Bibl. de l'École des Char- 
tes, 4' série, t. V, p. 326 et suiv.). L. Passy prétend — selon nous, sans 
preuves suffisantes, — que Phelipot V. serait l'auteur du Dit des Mar- 
cheans. Il suppose que Phelipot était frère de Jehan V., parce que Fastoul 
les nomme ensemble dans la str. 12 de son Congé. S'il en était ainsi, — et la 
chose est bien probable, — Phelipot devait être fort riche comme ce frère 
dont l'opulence est évidente. Sur les œuvres poétiques de ce personnage, 
voir Ars. fr. 3ioi, P 327 ; BN. 845, f* 1 18 V et 1 19 r* (chanson à lui adressée 
par Colars le Bouteiller). — Dans le recueil 854 1 (année 1273, Pentec), on 
lit : « mere Phelippot Vdiere. » 

Autres membres de la famille : 1° Jehan V. (Nous insistons davantage 
sur celui-ci à cause de sa parenté probable avec Phelipot.) Fastoul, Congé, 
str. 12 et 47 ; God. Inv., I, p. 291. Note de ce que lui doivent les échevins 
de Calais; Arch. dép. du P.-de-C, H, Prévôté des eaux. Copies de 
chirogr., P 56, acte de 1284: «Vente faite par Jehan Vredieres (sic) 
d'Arras, fils de Jacques et de Maroie...»; BN. lat. 10972, f* 35 r**. — 
2' Vaast V. Fastoul, str. 27. — ^° Rogier V. Recueil 854i, année 126 1; 
BN. lat. 10972, 4i r°. — 4* Martin V. Recueil 854i, année 1270; Arch. 
dép. du P.'de-C, H, carton CC, liasse 3 (pièce de 1271). — 5' Mahieu V. 
(père du précédent), Congé de Bodel. 

Viler. — XXII, 197. Nous avons expliqué au mot c Bailliu » que 
nous pensons qu'il est question ici de Villers- Sire -Simon, canton d'Au- 
bigny, arrondissement de Saint-Pol, à dix-neuf kilomètres d'Arras. Mais 
ce nom de Villers désigne aussi, dans le département du Pas-de-Calais, 
plusieurs autres bourgades ; Villers -au -Bois, Villers- au -Flos, Villers- 
Brulin, Villers-Châtel, Villers-les-Cagnicourt et d'autres encore. 

Vimy ou Vimi (Adam de). — XIV, 65, et XXII, 168 et suiv. — Ce per- 
sonnage est désigné deux fois par les mots « Maistre Adans », qui ne 
sauraient nullement s'appliquer à Adan de le Haie. — La pièce XIV 
traite de son héritage, qui échut à la dame de Miraumont, sa femme, et 



.> 




CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS DU XIIl* SIECLE iAq 



à un bourgeois nommé Mandons. (Voyez ces mots.) Pour cet héritage 
d*Adam de Vimy, mort vers ia63, nous renvoyons à notre étude sur 
Adan de le Haie, p. 23-4. On y trouvera aussi (p. 189-190) deux ou trois 
autres renseignements que nous ne faisons pas entrer ici et qui concer- 
nent ce personnage, dont la notoriété fut très grande et le rôle très 
important. L'auteur de la pièce XXII, après avoir dit, non sans quelque 
orgueil, qu'Adam de V. l'invite fort souvent (v. 171), mais qu'il ne se 
rend jamais à son hôtel (v. 1 70), l'attaque avec beaucoup de violence. Il 
lui reproche son manque de loyauté qui fait que l'on doit avoir autant 
de confiance en lui comme l'oiseau en a pour la glu (v. 175-6); il cons- 
tate qu'il fait la besogne des hommes riches et coupables (v. 177-179) 
pourvu que cela lui rapporte gros (v. 180), mais que les plaignants pau- 
vres ont toujours tort devant lui. Cela nous prouve qu'Adam de V. était 
avocat ou qu'il touchait, à un titre quelconque, aux tribunaux de son 
pays. En réalité, il fut délégué maintes fois comme arbitre ou comme 
juge, et il a rendu de grands services à ses concitoyens. Il était seigneur 
de Baudimont (voyez ce mot). 11 serait inutile et fastidieux de rapporter 
ici toutes les chartes qui le concernent. En voici quelques-unes : God. 
Inv., I, p. 107. Jacques Torcot vend à Adam de V. tout ce qu'il possède 
dans le fief du neuf Baudimont (mai 1289). — Ibid,, p. i83. Maître Adam 
de V., clerc, déclare avoir remis 200 1. p., du consentement d'Emma, 
sa sœur, au prieur et frères de l'hôpital de Jérusalem (mai 1247). — 
Ibid,, p. 210. Innocent IV, par une bulle datée de Pérouse, s'oppose à 
une action en excommunication lancée par Adam de V. contre Lippin 
de Estèves et Béatrix, sa femme (1262). — Ibid,, p. 2^2. Adam de V. est 
appelé à comparaître devant le pape pour répondre à l'évéque d'Arras, 
qui prétendait avoir des droits « sur les arbres du côté de Mareuil » (21 jan- 
vier 1255). — Ibid,, p. 25 1. Adam de Vimy assiste, comme homme du 
comte, au procès de Henri Nazart (voyez ce nom). — Ibid., p. 263. 
L'abbesse et tout le couvent d'Avesnes reconnaissent une cession faite à 
Adam de V. (18 novembre 1259). — Nous avons encore des actes du 
3o décembre 1248 {Arch. dép. du P.-de C., A, 11), de juin 1259 (Ibid,^ 
A, i4), de novembre 1260 (Ibid., ibid.J, On voit par là, et il s'en faut 
que nous citions tout, l'importance de ce personnage. 

Vinier (Jehan le). — XXIV, 281 et suiv. Échevin en charge lors de 
l'affaire de l'impôt, il dut s'exiler. — Recueil 854i, année 1288, «pro 
Alnario Jehan. » 

Vrouwe Lisse. — XXIII, 53. Nom de fantaisie. Tante de Simon 
Banin et cousine germaine d'Hersent, parâtre de Willaume Mordenare. 
(Voyez ces noms.) Toute cette prétendue parenté est inventée pour en 
tirer un efiet comique. 

w 

Wagon. — Nom très répandu dans l'Artois, et qui appartient à des 
familles riches et considérées. Quatre personnages sont désignés dans 
nos pièces : 

1° Andrieu W, — XV, 90 et suiv. Il paraît être question de sa femme, 



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i5o 



BIBLIOTHÈQUE DES UNIVERSITÉS DU MIDI 



mais le passage est des plus obscurs. — XXII, 1 13 et suiv. C'est un trom- 
peur, un homme sans nulle sincérité : « Quant plus jure grant sairement, 
I Dont sui jou bien seûrs qu'il ment. ï (y. 117-8.) Un hypocrite avec cela: 
« Au parler sanle une pucele. » (v. 123.) — BN. fr. 854i : « li Wagonois 
Andrius » (année 1286, Saint-Remy). — BN. lat. 1097a, f> 24 v^ : « Andréas 
Wagons pro domibus que fuerunt Jacobi le Tailleur. » Ces maisons 
étaient sises c in castello 1. 

2« Henri W, — XXII, 126 et suiv. Donné comme un trompeur : « cil 
vente bien » (v. 127), mais on expÛque ce vice par sa jeunesse et sa sottise 
(v. 127-8). — XXIV, 91 et suiv. «Il tailla un corion » dans le testament 
d'Adam Esturion (voyez ce mot), c'est-à-dire qu*il s'en adjugea une part 
qui ne lui revenait pas et ne montait pas à moins de 900 1. — Compromis 
dans l'affaire de l'impôt, il envoya laine en Angleterre (v. 102), ce qui 
signifie qu'il prétendit avoir fait passer une partie de sa fortune en ce 
pays. 11 ajoutait que le navire avait chaviré (v. io3) et que, par suite, sa 
richesse se trouvait amoindrie (v. io4). Autant de romanesques men- 
songes pour être moins fortement taxé. — BN. lat. 10972, f» 26 v^ : « Henri- 
cus Wagon pro domo que fuit Ricouard ante viculumqui ducit ad portam 
S^-Michaelis, IV sol. »— Sur ce personnage, cf. Recueil des Olim, 1. 1, p. 887. 

30 Laurent W, — XXII, i et suiv. Il veut faire un moulin de vent dont 
toutes les pièces seront constituées par la personne d'un trompeur. Ce 
projet le désigne lui-même comme un menteur de premier ordre. — 
Arch, dép. du P.-de-C., A, 35. Confirmation par Jean de Melun et Barthé- 
lémy de Montet d'un acte de l'abbé et des moines du monastère d'Anchin, 
de mars 1289, qui établissaient en faveur de Laurent W. une rente 
viagère (juillet 1290). 

4° Wion W. — Plus connu sous le nom de Waghes Wion. M. Passy a 
observé le premier, à notre connaissance, que les mots Waghes Wion, 
Wagon Wion, Guion Wagon désignaient un seul et même personnage. 
A. Dinaux (Trouv. art., p. 317) prend le dernier de ces noms pour le 
nom d'une localité, et parle d'une chanson envoyée à Guion Wagon, près 
Poitiers!! Ce personnage est cité deux fois dans nos textes. — XIV, 43 et 
suiv. Nous apprenons qu'Huon Mouton (voyez ce mot) lui a laissé un gros 
héritage. On doit en conclure que le passage de la pièce XXIV, où Ton 
prétend (v. 124) « qu'il est keùs en grant poverte », est ironique comme 
tout le reste du morceau. Waghes Wion feignait d'être pauvre sur son 
brevet afin de payer une contribution moins forte. — Il eut des rapports 
avec tous les poètes de son temps. Le Cuvelier lui adresse l'une de ses chan- 
sons. (BN. fr. 845, P i3o vo.) Bretel le prend pour juge d'un jeu-parti. 
(Passy, ouvr, cit., p. 36.) — BN. lat. 10972, f« i5 ro : « Vago Wionspro domo 
que fuit patris de Warluis, VIII sol. VI den. et XI cap. in Nat. a Cette mai- 
son était dans la rue qui va de Saint-Aubert à Saint-Étienne. — Ibid., 
f> 3o ro: « Wago Wions pro domo que fuit Richeri Amions, VI cap. in 
Nat. » Cette maison était sise « in vico abbatie versus portam de Miaul- 
lens ». — Le nom de Waghes Wion se trouve dans le ms. 854 1 (année 1273, 
Saint-Remy). || Autres membres de la famille : Guillaume W. {Feuillée, 
24i); 2^ Simon W. Congé de Fastoul, str. 48. God. Inv., II, 243 et 244. 
(Voyez aussi au mot Robert Bernard) ; 3° Tasse W., chantée par Robert 
de le Piere (Ars. 3ioi, f> i65); 4° Jehan W. Ms. 854 1 (année 1269, Saint- 
Remy). God. Inv., II, p. 244; Gillot W. Ms. 854i (année 1274). 




CHANSONS ET DITS ARTESIENS DU XIIl' SIECLE l5l 



Waidier (Mikiel le). — XXIV, 223. Échevin en charge lors de TaiTaire 
de rimpôl. Notre poète le qualifie de « signeur ». — Juge d*un jeu-parti 
entre Thomas Hériers et Gilebert de Berneville (BN. fr. 1109, ^ 3a5). — 
Son frère est cité dans le ms. 854 1 (année 1275, Saint -Tlemy). || Autre 
membre de la famille: Raoul le W, (Feuillée, 880.) || Monmerqué {Th.fr, 
au moyen-âge, p. 85) traduit Waidier par garde-chasse (?). 

Wailli. — iV, 85. Personnage inconnu de nous. 

Wailli. — XVIII, II 3. Cri de guerre. Voyez Le Gentil, Le vieil Arras : 
Flamens crient « Arras » et Angevins a Valie » [ou Valée?]» 

Mais nous ne savons d*où ce vers est tiré. 

Wailli. — XXII, 34. Nom d'une localité. Il y a deux Wailli dans le 
Pas-de-Calais. L*un, probablement le nôtre, est dans le canton sud et 
arrondissement d'Arras, à 7 kilomètres de cette ville; l'autre en est dis- 
tant de 83 kilomètres. 

Wales. — XIX, 61. Le pays de Galles, célèbre par ses laines. 

Walopin. — XXIII, 149, i53. Nom d'un cheval. 

Warance. — XVII, 89. Quartier d* Arras, où l'industrie de la garance 
était fort développée. Cf. Feuillée, 294-5: « ...Les femes de le Waranche 
I Se font cremir et resoîgnier. » 

Warluis (Pierre de). — XXII, 83 et suiv. Trompeur : « de mentir n'a 
sen per u mont » (v. 86). 

Warnier. — XVIII, 137 et suiv. Frère de Jehan Le Cras (voyez ce 
nom). A l'intention de partir pour l'armée afin d'obéir à l'ordre du pape 
qui convoque les célibataires contre l'empereur. (Passage ironique.) 

Wauteron. — XIV, 20. Nom imaginaire. 

Wautier. — XXIII, 45. Parâtre de Bauduin Maquesai et cousin ger- 
main de Fromont de Lens. 

Wibaus. — XXI, 72. Nom de fantaisie. 

Wike. — I, 37 et suiv. Membre du Puy d' Arras, il semble avoir 
excellé dans l'art de distraire les hommes riches (v. 4o). Il appliquait 
l'histoire naturelle à la gastronomie (v. 38). 

Willaumes. — XIX, 52-53. Nous ne savons quel est le personnage que 
l'auteur désigne par cet essai de cryptographie naïve. Ce qui est certain, 
c'est qu'on le donne pour un voleur. 

Wion. — Nom très répandu dans l'Artois. Familles importantes et 
nombreuses. — Nos pièces citent deux personnages : 
1° Mahieu W, — IV, 85 et suiv. Personnage extrêmement riche, dont la 




i5a 



BIBLIOTHÈQUE DES UNIVERSITÉS DU MIDI 



mort, récente au moment où la pièce IV fut composée, sert à Fauteur 
d'exemple pour démontrer la vanité des grandeurs humaines. Ce 
Mahieu W. est mort avant 1268, comme on le verra plus loin. Jl est 
peu connu par lui-même, mais son fils, Sawalon W., a été Tun des 
plus grands banquiers du temps, et son nom se retrouve bien souvent 
dans les chartes. C'est grâce à lui que nous avons quelques données — 
bien peu de chose! — sur son père. — God. Inv., I, Saa. Les échevins de 
Calais reconnaissent devoir 117 1. p. à Sawalon W., bourgeois d'Arras, fils 
de/<?M Mathieu W. (février ia68). — Arch. dép, du P.-de-C, H, Prévôté 
des eaux, copies de chirogr., fo 55 r®: « Sacent tous les servants heritables 
de la rivière de S. Vaast, qui sont et qui a venir sont, que Sawalon W., 
fils de Mathieu, a werpi, etc.. a Simon Wagon (voyez ce mot)... tout 
ce que Gertrude Wagone, sa mère, pouvait avoir, etc.. » (i265.) De cet 
acte il y a deux renseignements à tirer : le premier — le plus important 
— c'est qu'en 1265 Mathieu vivait encore; or, nous avons vu qu'en 1268 
(février) il était mort, d'où il suit que c'est en 1266 ou 1267 qu'il est 
décédé, et que notre pièce est de l'année 1268, selon toute vraisemblance; 
le deuxième, c'est que ce personnage avait épousé Gertrude Wagone. 
Il Sur Sawalon W., fils de Mahieu, voyez Robert Crespin, acte de 
mars 1288; God. Inv., I, p. 364, 385, 4i5, 6i5; BN. lat. 10972, f'^ 21 v». 

a» Pierre W. — XXIV, 217 et suiv. 11 était échevin en charge lors de 
l'atfaire de l'impôt mal réparti. Il parait avoir beaucoup fréquenté les 
poètes. 11 est juge d'un jeu-parti entre le Cuvelier et le trésorier d'Aire, 
d'une part, entre Bretel et Lambert Ferri, de l'autre (Va/. 1490, 162 r^) ; 
juge d'une autre parture entre Bretel et Perrin d'Angecort(/fe£d., fo 169 r®) ; 
est cité dans une complainte de J. Erard (BN. fr. 12615, i3o v»). — 
God. Inv,, 1, p. i36 ; « Gilles, chevalier, châtelain de Bapaume et seigneur 
de Beaumez, déclare avoir vendu à Pierre Guion,... bourgeois d'Arras, 
4oo muids d'avoine à payer en quatre termes dans la ville d'Arras. » 
(23 mars 1242.) — Ibid., I, p. 292 : a Les échevins de Calais reconnaissent 
devoir 277 1. p. à Baudouin W., fils de Pierre W. d'Arras. » (août 1265.) 
Il Ce Baudouin ou Baude W., fils de Pierre, eut encore plus de notoriété 
que son père. (Voyez Fastoul, Congéj str. 8 ; God. Inv., I, p. 542 et suiv. 
et 588; II, p. 3o, 100, 237-8.) 

Autres membres de la famille ; Jakemon W., qui parait (Fastoul, 
Congé, str. 8) avoir été le frère du Baude qui précède, et, par suite, le fils de 
Pierre; 2° Wiona Tasse. Ms. 854i (année i283); 3o Simon W. God. Inv., I, 
547, 555, 585; 4** Gertrude W., sœur du précédent. God. Inv., II, p. 7. 

Wissebel. — XXIII, i33-i34, i4i, i45. Amie du bon valet Oitin 
(voyez ce mot), qui va prendre congé d'elle au moment de marcher 
contre Neuville; il lui promet de l'épouser à Pâques fleuries (v. i4o), 
mais Wissebel n'attend pas aussi longtemps pour lui otroier tous ses 
bons (v. i4i). 

Witart. — XVin, i48 et suiv. Le passage qui le concerne demeure 
incompréhensible pour nous. 




CHANSONS ET DITS AUTÉSIENS DU XUI* SIÈCLE 



l53 



GLOSSAIRE^ 



A 

Abaance, XVII, 90 : attente, désir. 

Abandonor, XXIV, 7 : autoriser. 

Abaubi, XXIV, 228 : ébahi, confondu. 

Acesmer, VII, 56, 67 : orner. 

Acointance, XVI, 86 : entourage. 

Acointier, XXIV, ag, i4i : informer, 
persuader à. 

Aengier, VII, 72 : charger, remplir. 

Aerdre, XVI, lag ; p. pa. aers, XXII, 82 : 
s'attacher, pénétrer. 

Aferir (soi), XII, 94; XVIII, 149: con- 
venir. 

Afier; a. des deus mains, V, 'jZ: jurer 
en levant les deux mains, attester avec 
force. 

Agraper, VI, 4o : saisir. 

Ahan, XXI, lUo : douleur, détresse. 

Ahors, XVIII, 202 : cri de douleur. 

Aidable, IV, 91 : utile. 

Aire ; de pute a., VII, 54 : de mauvais aloi, 

Aliu; faire les a. de, XXII, 196 : se 

mettre en frais pour ou (Scheler, II, 

35o) « faire les caprices de ». 
Amassé, IX, 8 : riche. 
Amoier, XXII, 91 : pourvoir, 
Amordre, XVII, 64 : habituer. 
Ancele, XXIV, aSo : servante, esclave. 
AndouUe; payer l'a., XVIII, i55 : payer 

les frais. 

Anemi. XII, lai ; XIV, 76 : le diable. 
Anglet, XII, 116 : coin. 
Anite, X, 10, i5, 19, 89, 4i> 43, 45, A6 : 
récolte. 

Anquenuit, XXI, Sg : aujourd'hui. 
Anle, c. r. antain, XIX, 9, 18, aA, 36, etc.: 
tante. 

Anwile, XVI, i25 : anguille de mer. Il 



est aussi question d'armes défensives 
recouvertes en peau de serpent dans le 
Roman de la Violette, v. 4863-4- 

Apartenant, XXIV, 98 : parent, proche. 

Apert; en a., XVIII, 27; XIV, i65 : clai- 
rement. 

Aplaniier, XX, 1 1 : caresser. 

Apoial, III, 16 : appui, soutien. 

Apoiier, IV, 53 : exposer. 

Après, VII, 89 : au contraire, inversement, 

Araigne, V, 32 : araignée. 

Arcure, XXII, 37 : archure, « pièce de 
menuiserie en forme de coffre placée 
devant la meule d'un moulin » (Lïttré). 

Argant, XII, 97 : arrogant, orgueilleux. 

Artisien, XXIV, 45 : monnaie d'Arras. 

Asisner, VII, 4 (autre forme de assener) : 
lotir, 

Asnage, XVII, 86: mesure équivalente à 
la charge d'un âne, ou somme payée 
pour celle mesure (yoy. Du Cange, 
Asinata). 

Astrenomiier, I, 11 (inf. pris subst.J : 
étude du cours des astres. 

Atemproire, XXII, i83 : trempure, nappa- 
reil qui sert à communiquer un mouve- 
ment d'abaissement et d'élévation au 
palier et à la meule courante d'un 
moulin » (Littré). Cf. Scheler, II, 35o. 

Atendre, III, 70 : compter sur; XX, 16 : 
viser à. 

Atorner, VU, 56, 5g : arranger, attifer; 

s'a. de, IV, 86 : s'arranger pour. 
Anblainsevele, IX, 21 ? 
Audiiin, XVII, 8, 12; XVIII, 161 : nom 

des membres d'une confrérie imaginaire; 

mari débile. 
Aumosne, V, 97; VI, 24, 5i : bonne 

œuvre. 



t. Nous ne nous sommes pas astreints, sauf exception, à relever tous les 
exemples du même mot. Les substantifs sont donnés sous la forme du cas régime, 
même quand cette forme n'apparaît pas dans les textes; celle du cas sujet, quand 
elle avait quelque intérêt, a été également signalée; pour les verbes irréguliers, 
toutes les formes intéressantes ont été relevées. 



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i54 



BIBLIOTHÈQUE DES UNIVERSITES DU MIDI 



Aûner, XXII, 74 : intrans., se rassembler, 
Auques, VIII, a 3 : quelque peu. 
Autre ; en a., V, 70 ? 
Avarisse, VII, 45 : avarice, 
Ave; jeter as a., XXIV, i4 : sorte de jeu 
de dés, 

Avel. XVI, i5a ; XVIII, 208 : joie, plaisir, 
Aviere, VU, 10; XVII, 96; XXIV, 1 28 : avis, 
Avillier; soi a., XXIV, 207 : s'avilir, 
A\TeIot, VIII, i38 : sorte d'arme. 
Awan, VI, 10 : naguère, 

B 

Baien. XV, 28; XVII, 104 : à demi cuit, 

mou (épithhte de pois), 
BaiUir; estre mal bailli, XXIV, 211: 

être en mauvais point, 
Baissele, XXI, 92 : servante. 
Ban, XXIV, i56 : arrêt, ordonnance. 
Baréter; mariage barcté, X, 64 : mariage 

contracté déloyalement, 
Bareteur, c. s. baretere, VII, 5o ; bare- 

teres, XVI, 45 : trompeur. 
Baron, VI, 54 ; VII, 65 : mari. 
Bataille, VII, 52; VIII, 34; XXIV, 210 : 

trouble, angoisse; VIII, i49 * querelle, 
Baud, VIII, 8C : élégant, coquet, 
Bauke, XXII, 4 : poutre. 
Baulleske, XIV, 63 ? 
Beer, XVI, 3 : aspirer à. 
Beesoufle, VI, i3 : sorte de gâteau, 
Beghinage, XI, 6 : dévotion affectée. 
Beghine, VIII, 71, 86, métaph. : dévote. 
Bellier, XII, 56 : aller de travers (Voy. 

GoDEFROT, besliver). 
Beu, VIII, 38 : pour Dieu, dans la locu- 
tion por le cuer Beu. 
Beubance, III, 35: réjouissance; VIII, 

i44 ' faste, ostentation, 
Bielot, X, 39; XV, bb: bélier. 
Binervele, XV, 86? 

Blanc, XVIIl, m ; XXII, 45, 108, i53: 
blanc et, par métaphore, trompeur, traî- 
tre. Cf. dans deux chansons de Guil- 
laume le Vinier (Raynaud, n' 255 et 
9o3): « ...Avoec la fause gent blanche 
— vont anter. » — « Ki ne sui fain- 
tis ne blans. » Le même sens se trouve 
dans une traduction lorraine du 
Pseudo-Caton, pub. Zeitschrift fur 
rom. Phil., XIX, 92 (Voy. Blangi). 

Blesteus, XII, 88 : ulcéreux. 

Boistel; a plain b., XII, 58: à pleine 
mesure, en abondance. 

Borsier, IV, 60 : mamela. 



Bos, XI, 3o : bois. 

Boucel, XVI, 81 = bourcel: bourse (mé- 
taph.). 

Bouge, XIX, 24 : boutique, réduit. 

Boulenghier, VIII, 10 : boulanger. 

Bouse, XXIV, 237 : exclamation gros- 
sière. Cf. le vers d*Audigier cité dans 
le Jeu de Robin et Marion, éd, de 
Couss., p. 4io. 

Bras ; joie de b., XVI, 96, 171 ? 

Brice; avoir le b., II, 35 : être avantagé? 
Cf. ToBLER, Verm. Beit., II, 206. 

Brievet, XXIV, ii4. i3o, i47. 180: bre- 
vet, déclaration, 

Brillier, XVIII, 73: Undre des pièges; 
métaph. et par allusion à tendre, viser. 
Cf. ScHELER, Glossaire des poésies de 
Froissart à Bril. 

Brionel, XXIV, 22 : sorte de jeu, 

Buhote, XXII, 21 : conduit, tube et, par 
extension, objet creux, fragile? {Voy. 
Romania, XXII, 62.) 

Buisnart, XXIV, 38 : sot, niais. 

C 

Cabosse, XVII, 32 : tête. 

Caelit, XV, 83 : sorte d'arme. 

Caïr, XII, 39, prés. ind. 3* p, s. qiet, 

XII, 46, p. pa, keû, XIV, 4i : tomber. 
Caitif, I, 2 : chétif, mauvais, 
Cange, XXIV, 116 : Change, Bourse, 
Caper, XIX, 43 : métaph., saisir; uveca- 

pee, XV, 82 : bonnet en forme de cape? 
Carbounel; faisiemes past c, XXI, 75 : 

a nous faisions cuire (par jeu) nos 

aliments sur les charbons. » 
Cardenal, XVI, 94; XVIII, 34 : cardinal. 
Carité, XV, 2, 6, 9, 23, etc.: confrérie. 
Caroigne, XII, 87 ? 
Cartre, XXIV, 187 : prison. 
Catel, VIII, 45; IX, 11; XVllI, 139; 

XXIV, 107 : argent, fortune. 
Castieur, XVI, 48 : celui qui enseigne, 

réprimande, 
Caupresser, VIII, i63 : serrer de près. 
Cauwelal, XX, 5o : marchand de chevaux. 
Cazee, XXIV, 3 : bile. 
Cembiller; c. de l'uel, XII, 42: lancer 

des œillades. 
Cenaile, XII, ii5 : galetas. 
Ceneliere, XV, 87 : fém. de cenelier, 

économe (d'un couvent ou confrérie). 

Voy. des exemples du mot (non re- 
levés par Godefrot) dans Moniage 

Guillaume I, 232, etc. 



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CHANSONS ET DITS ARTESIENS DU XIH* SIÈCLE 



Cendrée; estre dans le c, XXIV, 340: 
être en mauvaise passe, dans la détresse. 

Cercel, VII, 21 : tour, métaph. manège. 

Ciere; faire c. lie, VIII, 147: fuire bon 
visage. 

Gifler, IV, 7 : intrans., ricaner; XVI, 

80 : trans., . railler. 
Cipauwe, II, 5i; ci pave, XIX, 3o: 

grimace, mine. Voy. Godefrot, Ghipoe. 
Glapete, XXII, 53; XXIV, 77 : cliquette, 

crécelle, métaph. babil. Cf. Scheler, 

II, 347. 

Glapoire, semble être une autre forme de 
clapier et signifier souterrain, terrier; 
de là dérivent divers sens métaphori- 
ques'. X, i5, 18, manège honteux, tri- 
potage, concussion; XXII, 56?; XXIV, 
239, effondrer la clapoire = faire 
cesser des trafics honteux. Du Gange 
(Claperius) relève cette dernière locu- 
tion dans un texte du xvi» siècle. 

Glocier, XII, 69 : boiter, 

Gointier; soi c, IV, 55 : s'enorgueillir. 

Golier, XII, 55 : tourner la tête de côté et 
d'autre. 

Gompaignesse, XIV, 12; XVII, 21: 
compagne. 

Gompleusion, I, 12 : conjoncture des 
astres. 

Concorder, XVI, 62 : convenir. 
Gonduevre, XI, 16; XIX, 75: mélange 

de lait et d'œufs qu*on étend sur cer" 

tains gâteaux. 
Commun, XXIV, 218 : /e menu peuple. 
Gonmunal, XVI, gS : le menu peuple. 
Gonroi, prendre c. de; III, 77 : aviser, 

prendre des mesures au sujet de. 
Gonsillier, VIII, 102 : intrans., avoir des 

colloques. 
Gontraliier, IV, 53 : tourmenter. 
Contredire, VII, 56: trans., disputer, 

arracher. 

Contredit, XX, 18 : difficulté, opposition. 
Gontremont, VII, 20 : en haut. 
Gontrepois, XIX, 32 ? 
Cor, XVI, 91 : côté. 

Corion, courroie; tailler un c, XIV, 
96 : prélever une part, 

Goser, IV, 7 : faire des gorges chaudes de. 

Gosse, gousse ou peut-être (c'est le sens 
actuel du mot en Champagne) fève; de 
c. en favet, XXIV, 44 : locution (avec 
jeudemot sur le nom propre Gosset) qui 
paraît signifier a pareillement » (ici 
« aussi déloyalement de part et d'autre))], 

Costiier, VI, 34 : pratiquer. 



Coumin, VI, 35 : cumin. 

Gounissance, VII, 62 : sagesse, bon sens. 

Gounoistre ; soi counoistre, IX, i a : 

rentrer en soi-même. 
Coupe; rendre se c. a Dieu, IX, 17: 

battre sa coulpe, s'accuser devant Dieu. 
Courcier, subj. prés. 3* pers. courece, 

XVII, 37 : courroucer. 
Gouretier, VIII, 1 14 : courtier. 
Courir ; aler courant, VII, 95 : aller de 

soi, sans difficulté. 
Court; tenir c.,V, 102 : traiter durement. 
Convenance, XI, 21 -.fréquentation. 
Couvent, XI, 19: rapport, relation. 
Covrir; c. se maison, XIV, 39 : se mettre 

en ménage ? 
Gras, X, 32. 48, 60 : gras. 
Craventer, XVI. 109 : abattre; le cors 

Dieu me cravent, V, 78 : Dieu me damne ! 
Crepon, XVI, 168 : nuque. 
Gretel : créneau ; soi loier a cretiaus, XII, 

120 : se coiffer avec des dentelures. 
Cri, III, 78 : plainte. 
Groce, XXIV, 23 : sorte de jeu. 
Croller; vieillart croUant, VII, 6 : 

vieillard décrépit. 
Guerbille, XVII, 72 : corbeille. 
Cufarde, XV, 77 : paresse (Cf. Scheler, 

P. de Froissart). 
Cuidier; sans c, XXIV, 22/^ : sérieuse- 
ment, pour de bon. 
Cuing; feru au c. de q. q. : être frappé 

au même coin, lui ressembler. 
Cuissel, XIX, 55: partie du vêtement 

qui protège les cuisses. 
Guivriier, XII, 5: nuire à. Cf. faire 

cuivre, Vers de la M., 278, 2. 
Gukier, XIX, 70 : frapper. 

D 

Dakier, XV, 28? 

Dame, XII, 32 : dommage. 

Dan; passer outre le d., XIV, 66: 

mourir. 
Dangier, XXIV, 90 : pouvoir. 
De, VII, 45, 55 : au sujet de. 
Decaïr, ind. prés. 3* pers. sing., III, 

49, dekiet : manquer. 
Deffendre; soi d. envers, VIII, 3o : se 

comparer à, 
Dehé ; mal d. ait, V, 92 : malheur à. 
Délivre, XXIV, 58 : délivré de, tranquille 

du côté de. 

Déporter, V, i3 : dissiper; XIX, 27 : 
quitter, dispenser; soi d., XV, iq: se 



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i56 



BIBLIOTHÈQUE DES UNIVERSITÉS DU MIDI 



délasser; XV, 5o: se passer de; XXI, 

123 : 5C conduire, 
Derver ; d. de, V, 48 : brûler de. 
Desconfit ; estre d. d'uevre, XIX, 76 : 

chômer. 

Descort, IV, 2; XVIII, 8: désaccord, 
querelle. 

Desenir, VII, 2 : rendre fou. 

Despendre, VIII, i4a; IX. 9; subj. 
prés. 3* pers. sing. despenge, VIH, 
i4o : dépenser. 

Despoise, III, a3 : aloi, qualité. 

Desponre, XVII, 5; p. pa. fém. plur. 
despondues ; XVII, 7 : exposer. 

Destroit, V, 87 ; XXIV, igo: embarrassé. 

Detriier, XII, 6 : différer; XV, 62 ; subir 
an délai; XVI, 88 : cesser. 

Devant; en d., XXIV, 2i5: ouvertement. 

Devenre, XXIV, i55 : vendredi. 

Devinaus; a d., VIII, no : par conjec- 
ture. 

Diseur; c. s. disieres, XVI, 11 : diseur. 
Doignon, IV, 90 : donjon. 
Dosnoier, pris subst., IV, 29 : galanterie. 
Douezien, XXIV, 46 : monnaie de Douai. 
Doulle, XVIII, i56 : mou, sot? 
Draperie, XII, 96 : corporation des dra- 
piers. 
Dru, IV, 23: amant. 
Druerie, IV, 39 : liaison amoureuse. 
Duire, p.pa. duit, II, 45 : instruire. 

E 

Effondrer, VII, 5o; XXIV, 2Zg: détruire. 

Cf. Glapoire. 
Embatre, XII, 12 : fréquenter, se livrer à. 
Emboé, XI, I : sali, calomnié. 
Emparagié, VIII, 24 : de noble race, 
Emperc, VIF, 28 : empire. 
Empescier, XX, 32 : interroger. 
En, XXI, 23, 25 : envers. 
Enclus, XVII, 4i ' reclus. 
Enfer, XXI, i38: malade. 
Enforcier; la compaignic s'enforce, V, 

59 : la réunion s'égaie. 
Engaigne, III, 46; V, 3i ; XIII, 35; 

XXI, i47 : dépit, ressentiment. 
Enoindre, subj. prés. 3* pers. sing. 

engoigne, VI, 6 : absoudre. 
Engrés, fém., XIV, 18 : désireux. 
Ensement, VII, 83 : pareillement. 
Ente; estre a e., VII, i3 : être désolé. 
En tir, XI, 4o : loyal. 
Entrepiés, III, 45 : abattu. 
Entresait, XVIII, 71 : aussitôt. 



Envis; a e., XXIV, 166 : d contre-cœur. 
Eraument, XV, i4; crraument, VI, 

39, 48 ; VII, 22 ; XX. 23 : aussitôt. 
Erbier, XXII, 120: charlatan. 
Erite. IX, 9 : hérétique. 
Erluise, XVI. 7a : tromperie. 
Errant, IX. i4; XX, 43; esrant, XVIII. 

167 : aussitôt. 
Esbanoi, XVI. 142 : amusement. 
Esbatre, III, 55 ; esbatre une verghe : 

cueillir une verge. 
Escaïr, fut. ind. 3* pers. sing. escara, V, 

57 : arriver; quant il s'eskiel, V,ii7 : 

parfois. 
Escars, XXI, 27 : avare. 
Escaucirer, XVII, 37 : ruer, regimber, 
Esclemir, XVII, 26 : s'assoupir. 
Escourcier, XVII, 53 : retrousser. 
Escremir, XXIV, 17 : faire des armes. 
Escrever; soi e., I, 25 : éclater, 
Escrivent, XXIV, 129 : écrivain, 
Eske, XXIV, 10: chagrin, dépit? 
Eskignier, X, 25 : grincer des dents. 
Esliseur; c. s. eslisieres, XVI, 12 : choi- 

sisseur. 

Esmarir, p. pa. esmari, VII, 28; XXIV, 
i4o : troublé, égaré. 

Esmoignier, XII, 18 : mutiler, 

Esnetiier, XVI, 32 : purifier. 

Espavigneus, XXII, 209 : qui a un 
éparvin, éclopé. 

Espringhier, V, 23 : danser. 

Esrant, voy. Errant. 

Essamplaire, fém., VIII, i55: portrait. 

Estahiu, pr. lent, tardif, iu; XIX, 37 : 
stupide. Cf. Vers de la Mort, 194. 4- 
— (Cf. Romania, VIII, 453, note.) 

Estake, XXII, 19 : poteau, pieu. 

Estai, V, 16 : estrade, tréteaux. 

Estandart, XXII, 2o5? 

Estature, XXI, 48 : taille, âge. 

Estavoir ; par e., XVI, io3 : à coup sûr. 

Estiere; tenir e„ VII, 9 : tenir tête (sens 
obscène); XXII, 1 14 : savoir s'acquit- 
ter de, s'entendre à. 

Estoire, XXII, i5o: histoire; X, 33; 
XIII, 19 : événement surprenant, leçon 
donnée (par Dieu aux hommes). 

Estorer, XV, 73; XVI, 35; XVU, 8: 
fonder, créer. 

Estout, III, 99 ; XIX, 57 : sol, fou, 

Estreloi, II, 29 ; III, 73 : injustice. 

Estrikier, XII, 57 : agiter; soi e., I, 4o: 
s'agiter, se trémousser, 

Estriver, V. 69 : se quereller, 

Estuide, VII, 38 : étude, application. 



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GHAIfSONS ET DITS ARTÉSIENS DU XIII* SIÈCLE 



Eure, garder Te. que, V, 4? : avoir 

grand peur que. 
Euwillerie, XV, 26 : proprement, aiguil" 

leriey peut-être un quartier de la ville. 

F 

Faide, VIII, 121 : inimitié. 

Faille, XXIV, i5i : erreur, tromperie. 

Fait; si f., XXIV, i56 : (e/. 

Faucon, XXIV, 17: sorte d'arme en 

forme de faux. 
Faumonement, XXIV, 202 : grimace^ 

simagrée, 

Faumouner, XXII, 48 : faire des sima- 
grées (dans l'intention de tromper). 

Faussart, XVI, 117 : grande faux. 

Favet, XXIV, 44 : féverolle (Remacle, 
Dict. wallon -français); de cosse en 
favet : voy. à Cosse. 

Fel, c. s., Vill, 71 ; c. r., VIII, loi : per- 
fide. 

Flauwe, II, 54 : mensonger. (Il est 
bizarre que ce dérivé de fabula ne soit 
pas ici un substantif, comme dans le 
patois moderne de la Lorraine.) C'est 
par calembour sur ce mot (et sur vent) 
qu*un personnage est dit avoir chanté la 
chanson de Floovent (II, 49). 

Fondre, XX, 78 : détruire. Le mot entre 
dans une sorte d'imprécation ; le sens du 
passage semble être : « Le diable soit de 
moiy dit le marquis, puisque mon 
cadeau est ainsi rabaissé. » 

Forain, XIII, 78 : extérieur. 

Fourbir, XXI, 79 : souiller? 

Fourdine, XV, 70 : prunelle, 

Fretel, XXII, 63 : Jlâte, 

Furkeler, VII, 43 : fureter (dimin. de 
furkier; cf. Romania, XXIII, 458). 

Fusike, I, 87 : métaph. secret, manière, 

Fuer; a nul f., XVIII, 69: en aucune 
façon. 

Fusel, XXII, 70, « bâton de la lanterne 
d'un moulin » (Littré). 

O 

Gabois, XXI^ 5a : plaisanterie. 
Garispn, XXI, 9 : bien de toute nature, 
Gaskiere, III, io3 : terre labourable. 
Gavrelot, VIII, 187; XVI, 127 : javelot. 
Geule; cauper g. VII, 76 : métaph. 

détruire. Cf. autre ex. Vers de la 

Mort, 235, I. 
Ghile, XIII, 2 : tromperie. 



Glacier, XIII, 86; XVI, 128^ 5c glisser. 
Glout, c. s. glous, XV, i5 : glouton. 
Goïr, VIII, 66 : trans., profiter de. 
Goulee, VIII, 67 : bouchée, bon morceau. 
Gourdin, XV, 69 : sot. (Saint-Gourdin, 

XV, 7.) Cf. lordin de lourd. 
Grevain, II, 3o : fâcheux, préjudiciable. 
Grieske, XXIV, 9 : sorte de jeu de hasard. 

(Cf. JuBiNAL, Rutebœuf, 2* éd., I, 

a6, note.) 

Groisele, XV, 91 : groseille. Le sens 
métaphorique du mot dans ce passage 
est obscur. 

H 

Haitié, XVIII, 48 : en bonne santé, 
Halot, XXII, i4o : buisson. 
Hanepee, V, 85 : contenu d'un hanap. 
Hasteement, XVIII, 72 : en hâte. 
Henghier, V, 24 : tendre^ aspirer à. 
Hengler, XIV, 60 : causer, faire des 

gorges chaudes. 
Hillier, XVI, 107? 
Hocete, XXI, 67 : hochet, jouet. 
Huvet, XII, 5o; XVII, ici ; XXIV, 148 : 

bonnet. 

I 

lUier, XVII, 17 ; XIX, 48 ; côté; plumer 
ri., XVII, 47 ' battre. Voy. dans Gode- 
FROT plusieurs exemples de froter les 
iiiers dans le même sens. 

Image, XII, 35 : statue (de saint). 

Ireté, XVI, i58 : héritage. 

Ivre, XII, 86 : ébloui, mis hors de soi, 

J 

Jacobin, VIII, 80 : dominicain. 
Jour; bon j., XXII, i3i : jour férié, jour 
saint. 

Juré, V, 84, 86, gS : bourgeois. 
K 

Kanevas, XII, 81 : toiU grossière, 

Keneule, VI, 16 : quenouille, 

Keue, XXII, 147: queue, a grosse pièce 
de bois qui sert à orienter le moulin de 
manière à ce que les ailes prennent le 
vent j> (LiTTRÉ). 

Labourage, VIII, 127; IX, 25; métier. 
Lai, VI, 79 : laïque, 
Laidengier, VII, 48 : insulter. 



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i58 



BIBLIOTHEQUE DES UNIVERSITES DU MIDI 



Laisse; d'une 1. XXIV, 171 : en hâte. 

Lancier, XVI, 120 : intrans., batailler. 

Lanier, XIX, 18 : marchand de laine. 

Larder, VIII, 81 : brûUr. 

Larme, VI, 54 : moi explétif servant à 
renforcer la négation. 

Larron, c. 5. 1ère, VII, 49 : larron. 

Las, rV, 37 : terne; VU, 12 : malheureux. 

Lé, V, 56, 106 : large. 

Lecure, XI, 70 (= lecheûre) -.friandise. 

Lekerie, XII, i3 : débauche. 

Lequeur, c. s. lequieres, XV, ib : dé- 
bauché. 

Lés, Vm, n5, 116 -.côté. 

Leske, XIV, 64 : bande mince et longue. 

Lezon, XIX, 82 : coachetU. 

Liefru, XXII, 97 : lippu. 

Lign, XXII, 12 : lignage, famille. 

Lignier; 1. la pais, V, 112 : conclure la 
paix. 

Lime, XVUI, 180 : querelle. 

Liu; revenir en 1.. XXI, 2 : suffire. 

Loinssel ; c. r. pl. loinssiaus, XI, 1 1 : 
drap. Le sens du passage est : « Il faut 
border haut le lit (en relever les matelas 
de façon qu'il soit plus étroit] de celui 
qu'on veut pouvoir recouvrir des draps. » 
La comparaison n'est pas claire; peut- 
être : « De même qu'il faut préparer 
avec soin un lit oh Von veut bien dormir, 
de même il faut, pour obtenir le bonheur 
éternely mener une sainte vie. » 

Loke, XIV, 2 : flocon. 

Lokerele, V, 43 (dimin. du préc] : houppe ; 
porter la. 1., être ivre. Cf dans l'argot 
moderne : « avoir son plumet, son pom- 
pon. » 

Lordin, XV, 8: sot; cf gourdin de 
aourd. 

Lorgne. XIV, 47! XV, 4i; XXIV, 35: 
sot. 

Lot, X, 4o ; XV, 56 : sort. 

Louce. XVII, 33 : louche. 

Loupe; faire le 1., IX, 18 : se railler. 

Lubave, XXIV, i3; lubauwe, II, 53: 

fantaisie, bizarrerie. 
Lués, IV, 84 : vite; VIU, 28; XHI, 53 : 

aussitôt; l.que,XVIII,i54,i64 :dès9ue. 
Lufre, IX, 24: friand, par extension, 

vicieux; XX, 3 : sot? 

M 

Maceclier, VIII, n : boucher. 
Maçue, XIX, 77 • massue, considérée ici 
comme symboU de la foli^ (cf. Meraugxs 



de Porllesguez, éd. Friedwagner, 
V. 2436 et 4945. Les fabricants de mas- 
sues ne manqueront pas d'ouvrage à 
Vendroit indiqué, parce que les fous y 
sont nombreux. 
Maille, V, 42 : mot explétif renforçant la 
négation. 

Main, X, 44 : classe sociale. Voy. P. 
Meter, Chanson de la Croisade, II, 
p. 322, n. I. 

Maindre, prêt. ind. 3* pers. sing, mest, 
V, 64 : rester. 

Mairien, XXII, 7 : matériaux. 

Maissele, XXI, 91 ijoue. 

Maisnie, VIII, 97 : maisonnée, ménage. 

Mait, XVII, 72; XXII, iio : pétrin. 

Makier, VIII, 77 : froisser, meurtrir; au 
figuré, attaquer. 

Mallel, VIII, 91 : maillet (métaph. sens 
obschnej. Cf. Kôrtog, Lat.-rom. Wôr- 
terbuch, n' 5 no, et J. Babad dans 
Zeitschrift fur rom. Phil., XIX, 270. 

Manandie, VU, 55; XIV, 25 : richesse. 

Manel ; doit m., XXTV, 22 : annulaire, 

Marcais, XII, 26 : marais. 

Marcié; avoir bon m. de, XXTV, i52 : 
avoir abondance de. 

Marès; aller au m., XXIV, 191 : s'em- 
bourber; au figuré, ne pas y vdir clair 
dans ses intérêts; expression fréquente 
dans les jeux partis : Cf. Adam de la 
Halle, éd. de Coussemaker, p. 178, et 
ScHELER, Trouvères belges, II, p. 121 . 

Maskier ; m. sens, XV, 36 : se pénétrer 
dç sagesse. 

Mat, c. s. mas, III. 27; XVUI, i34; 
XXIV, 228 : abattu, confondu. 

Megnier, XIII, 83 : forme dialectale de 
mangier ; inf pris subst., repas. Le sens 
du passage paraît être: « Un mauvais 
repas n'est point déshonoré par un vin 
aigre et des mets de mauvaise qualité; il 
est naturel de les y trouver. De même,de 
la part de coquins, attendez-vous à des 
vilenies. » 

Memore, XXI, 54 : intelligence. 

Mencal, XXI, 102 : mesure pour les grains. 
Voy. GoDEPROT, Menchaut. 

Mengnier, VUI, 124; XVI, i38 : manger. 

Mengnier (= mehaignier), X, 26 : in- 
trans., être en mauvais état; XV, 90 : 
trans., mettre en mauvais état, 

Mehaing, XM. 78 : maladie. 

Menison, XVUI, 200 : écoulement. 

Menu; frère m., VIII, 'jg : franciscain. 

Mercier; faire visage de m., XU, 72 : 



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CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS DU XIII^ SIÈCLE l59 



peut-être faire belle mine à tout le 

monde, comme le marchand qui veut 

attirer la clientèle (il s'agit des femmes 

coquettes], 
Merderie, I, 3i ; XVI, 55 : vilenie, 
Merele; traire d'autre m., IV, 6i ; 

changer de conduite, 
Més, XVI, 123 : maison. 
Mès, XVIII, 180 ; XXI, 125: mets;Xîl, 

20 : au figuré, chose, sujet; XIX, 54 : 

lot, parti, 

Mescaïr, VII, 85, ihd. prés. 3* pers, sing, 

meskiet; subj. prés. 3* pers. sing. 

meskiece, VIII, io5 : éprouver du mal, 
Mescroire^ VII, 79: errer (dans les 

choses de foi). 
Mesfait, XII, 3o : dommage. 
Mespenscr, VII, 79 : penser mal, errer. 
Mestrait; vendre a m., VIII, 9 : vendre 

en trompant sur la quantité de la mar^ 

chandise. 

Mise; avoir m., II, 12 : avoir place. 

Moiiene, XII, 83, 87? 

Mo[i]iner, VII, 3 : apparier, assortir. 

Moisse, XX, 56? Voy. d'autres exemples 
de ce mot dans Godefrot (s. v. Pcnil) 
et dans une fatrasie anonyme ( Jubinal, 
Nouveau Recueil, II, p. 220). Rehacle 
(Dict. wallon) traduit moisse par 
« pierres dans les chaînes des murs plus 
larges que celles de dessus et de dessous, 
pierres d* attente j>. Ce sens ne peut guère 
convenir ici. 

Molekin, XVII, 5i : sorte de chaperon, ou 
étoffe dont il est fait. 

Monde, X, 48; XVIII, i3 : pur. 

Mortiet, XXIV, 4o? 

Mortoire, X, 34» 37 : mortalité, 

Mostier, VIII, 95; IX, i5 : églUe. 

Mote, IV, 90 : élévation, château. 

Mu, c. s. mus, XIII, 3a : muet. 

Mucier, X, 5o; XIII, 88; XV, 21: 
passer. Le sens de XIII, 83-8 paraît 
être, comme l'a indiqué M. Tobler 
(Archiv, LXXXVI, 444)» q^ la vérité 
finit toujours par éclater et le droit par 
l'emporter : a La raison — la chose est 
certaine — quel que soit le chemin 
qu'elle doive prendre, finit toujours par 
apparaître au dehors, d Le sens de la 
strophe suivante serait que la perversité 
une fois enracinée au cœur n'en peut 
être extirpée; que les remèdes n'y font 
rien. 

Muel; faire le m., XVII, 62 : faire des 
contorsions, des gestes ridicules ? 



Muiel, III, 91 ; XXIV, 88 : muet. 
Muïson, XI, 38: mesure; VIII, 22; IX, 

4 : âge moyen, 
Musardie, V, io3 : sottise. 
Musart, II, 5o; IV, 54; XXII, io3; 

XXIV, 194 : sot. 
Muse, XXII, 63 : musette, cornemuse. 

N 

Naïf, fém. naiue; laine n., XIX, 43*. 

laine naturelle, brute; sotie n., XIX, 

78 : sottise pommée. 
Napele, VI, 52 : petite nappe. 
Nariner, XXIV, 52 : lésiner. 
Ne, V, 5o2 : en. 

Nekedent. XX, 19; XXIV, 237; neque- 

dent, XVI, io3 : néanmoins. 
Nice, V, 82; XVII, 77: soi. 
Niceté, XVI, 23 : vilenie. 
Noiier, XIX, 10; i4 : renier, 
Nomer, XXIV, 204 : déclarer, 
Notorne, XVIII, i43? 
Nu, XXIV, 162 : au sens figuré, privé de. 

O 

Oes ; a son o. II, i4 ; XII, 32 : à son profit. 

Oïr, prés. ind. i" pers, sing. oc, XV, 4 : 
entendre. 

Onestre, VIII, 4o, honnête, 

Orpin; faire courone sans o., XIII, 44? 
Voy. Études romanes, p. gZ. 

Ort, XXIV, 80 : vilain, faux (en parlant 
d'un serment). 

Ortoile, XU, 68; XVII, m ; XXII, i34 : 
orteil. Le sens du premier passage pa- 
raît être : Il ne plaît pas au pape (à qui 
cette interdiction est ici plaisamment 
attribuée) que quand une femme marche, 
ses pieds dépassent sa jupe, excepté si 
elle boite naturellement. Le sens général 
est certainement qu'une femme doit mar- 
cher modestement, de façon à ne pas se 
faire remarquer. 

Os, XVI, i3b: hardi. 

Otroi, V, 108 : accord (d'une forme parti- 
culière). On trouvera une scène d'otroi 
dans le Jeu de Robin et Marion (pas- 
sage interpolé), éd. de Coussemaker, 
p. 4o3 et 407. 

Ounir, VII, i : assortir, 

Ourer, XI, i3 : prier. 

Ourler, XVI, 65 : tromper. 

Outré, XV, 3o : vaincu, affaibli, 



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i6o 



BIBLIOTHÈQUE DES UNIVERSITÉS DU MIDI 



Ouvraigne, III, 47 ; ovraigne, XVI, 29 : 

conduite, action, 
Ovrer, XI, i3 : agir. 

P 

Paignon, XXI, 74 : petit min. 

Palasin, IIÏ, 96 : épithète de goule. 

Panière, XVII, 70: panier (à porter le 
pain au four]. 

Papelart, VIII, 69, 77 : dévot. 

Papelote, XXI, 77 : divertissement enfan- 
tin {de papeler). 

Paper, VIII, 78: manger [cf. papin, 
bouillie). Paper le lart, locution pro- 
verbiale identique à manger le lart, 
dont le sens paraît être ici s'en donner à 
cœur-joie. 

Papeter, XXII, 54, XXIV, 78 : babiller. 
Papeleur, c. s. papetere, XXII, 67 : 6a- 
billard. 

Papoire, XXII, 55 : clapet, crécelle (jeu de 
mots sur le papetere du vers 5yj. 

Parage, V, 88 ; XVIII, 36 : parenté. 

Pardon, XV, 6a : indulgence; avoir le 
grant p. d'infer, II, 28 : tomber au plus 
profond de V enfer? 

Parent, XIII, 86 : dans les environs ou 
par un endroit quelconque. Cf. Études 
romanes, p. p5. 

Paresis, XXIV, 63 : monnaie de Paris. 

Parler, subj. prés. 3* pers. sing. paraut, 
XV, 18 : parler. 

Passion, III, 92 : souffrance, tourment. 

Pauciier, XXIV, 85? : jeu de mots sur le 
nom de Willaume as Paus [et peut-être 
sur pauchon, sorte de piège). 

Pautonerie, XIII, 92 : corruption. 

Pauwellon, X, 4i. jt-c f^ot ne désigne 
certainement pas un terme de jeu, comme 
le dit Godefroy, mais plutôt un animal, 
probablement un coq ; il paraît être, en 
effet, un diminutif de pawon (Remacle) 
= paon. 

Pel; dedans se p., XXIV, 48: dans sa 
* bourse ou sur son parchemin. 

Perrière, XII, 26 : carrière. 
Pès, XVI, 41? 

Pesant, XXIV, 64 : chagrin, affligé, 

Peuture, XVII, 88 : pouture. 

Pezon, XIX, 3i : mesure de poids, petile 
quantité. 

Piere, XIX, 63 : mesure de poids. 

Piloke, XIV. I, 5, 9, 11, etc.: balle, 
volant. Le jeu de la « pelote » est aussi 
mentionné dans un manuscrit du Cove- 



nant Vivien (Hist. Litt. XXII, 5i8) : Et 

mil (puceles) i joent as pelotes inelies. 
Plait, XI, 19 : rapport, relation. 
Plakier, XVI, 27 : appliquer, assener, 
Plegier, VIII, i49 : autre forme de ple- 

dier; pris substantivement, discussion. 
Plenier, XXI, i25 : précieux. 
Ploi, prendre tous ses p., IV, 10 : au 

propre, prendre son pli; aufig., dépasser 

l'âge moyen. 
Plumete, XXIl, i63 : girouette. 
Poiniles, XXII, 71 : apeut-être un méca- 
nisme ou instrument à dent » (Scheler). 
Point; mettre au p., XIl, 117 : mettre à 

la raison; au p. que, XXII, 106 : quand. 
Poire, XXIV, 17 : grand bâton? 
Ponçon, XIII, 55 : correction de pou- 

çon. Le setis serait, d'après G. Paris 

(Rom., XXII, i4i) et Toôter (Archiv. 

LXXXVl, 444): ail doit avoir la face 

marquée d'un fer rouge. » 
Porion, XXIV, 66 : poireau. 
Porkier, I, 25 : salir. 
Portraiture, XII, 74 : beauté. 
Porveance, VIII, i43 : prévoyance. 
Pourfendre, XX, 20 : au jîg., vaincre, 

surmonter. 
Poterece; louce p., XVII, 33: cuiller à 

pot. 

Présent; en p., XIV, 22 : en face. 
Primes, XVI, 35 : pour la première fois. 
Proisme, XXI, i5o : parent, proche. 
Provende, XIV, 36 : part. 
Pruec ke, IV, 38 ; XVII, m ; XVIII, 209 ; 

XXII, 180 : pourvu que, 
Puch, XII, 26 : puits, 
Puelie, XXII, 84 : poulie. 

Q 

Quaer, XXII, 81 : cahier; savoir cent q. 
de Blancandin (par calembour sur le 
thème blanc) : être rusé, matois; cf, 
Blakg et Flauwe. 

Quarentaine, XII, 9; XXII, i3o: carême. 

Quartaine, I, 33 : fièvre quarte. 

Quasser, XII, 76 : violer, enfreindre, 

Querine, XX, 88 : mécontentement, 

R 

Racoisier, V, 98 : apaiser. 

Racorde, V, ii4: réconciliation. 

Rage; aller a r., II, 19; IX, 26; X, 57; 

XXI, ii4: tomber dans la misère, la 

détresse. 



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CHAiNSO.^S ET DITS ARTESIENS DU XIII* SIECLE 



Rain, X, 28 : au fig., un brin, une petite 
quantité, 

Ramprosne, VI, 25 : reproche, ici, ai- 
greur. 

Raspure ; vin de r., XIII, 82 : vin aigre- 
let. 

Rastiere, XVII, 72 : pelle à enfourner? 
XXII, ii3 : vanne. 

Raviser, V, 71 : reconnaître. 

Recincier, XVII, 67 : rincer. Cf. Scheler, 
Gloss. des Poésies de Froissart. 

Recorder, II, 6; XI, 9; XV, i: faire 
mention de; XII, 1 : enseigner. 

Recort, IV, 6 : parole; VIII, i53 : répu- 
tation? 

Recovrer, XI, i3 : arriver à. 
Recréant, IX, 5 : harassé, recru. 
Recroire, IX, i3 : cesser. 
Redoterie, VIII, 28 : radotage. 
Refus, III, 2 ; XX, 18 : contestation. 
Regramiier, I, 32 : s'attrister de nouveau. 
Rehaitier, I, 8 : réconforter. 
Reliver, XVI, 19 : obtenir des reliefs (de 

la table), recevoir des cadeaux. 
Remis, XIX, 46 : usé. 
Renart, XV, 18 : ruse. 
Rendu, VIII, 80 : moine. 
Repairier,VIII, 107: intrans., fréquenter. 
Repasser, I, 26 : guérir, 
Reponre, XVI, 112 : cacher. 
Repounaile, XII, 107 : coin,^ endroit 

écarté. 

Reprendre, XXIV, 2i4: réfuter, con- 
fondre. 

Reprovier, XII, 62 : reproche. 
Resceure, VI, 22 : rattraper, reprendre; 

XXn, i48: protéger; XXIV, i53 : 

empêcher. 

Resoingnier, XXII, 116; XXIV, i46: 
craindre. 

Respit, XII, 8 : délai. 

Retrait ; vendre a r., VIII, 10: vendre 
en retenant sur la marchandise. Cf. 
Mestrait. 

Reuper, IX, 16 : roter; le mot existe 
encore en wallon {Voy, Remacle). 

Révéler, IX, 22 : s« réjouir. 

Ribaude, VIII, 85 : femme de mauvaise vie. 

Ricoise, VII, 65 : richesse. 

Roi ; savoir son r. de, XXIV, 89 : savoir 
s*y prendre pour. Voy. d'autres exem- 
ples de cette locution dans Adam de la 
Halle, Chanson XVI et Jeu -parti XI, 
et dans une Chanson de Richart de 
Fournival (Brarelmann, Les plus 
anciens chansonniers., , 1896, p. 56). 



Roit, c. s. rois, III, ii3 : fiUt. 

Ronci, III, 110: cheval. 

Roter; r. françois, XVI, 121 : plaisam- 
ment pour parler français. 

Rouller, V, 1 5 : pour roeillier (?), écar- 
quitter les yeux, regarder de travers. 

RoussoUe, I, 4o : sorte de gâteau {autre 
forme de rissolle, influencée par roux); 
il y a plusieurs exemples de ce mot, non 
relevés par M. Godefroy, dans Aliscans, 
3877, 3900, 3915; VIII, 2i4: sens 
obscène. . 

Ruer, XII, 101 : diriger, lancer. 

Ruihote, XIII, 7 : trouble, dissension. 

S 

Sainie, XIII, 96 : saignée. 

Sairement; lever sen s., XXIV, 68: sê 
parjurer. Le sens du passage est : « il se 
parjurerait sans difficulté. » 

Sarcueil, c. r. plur. sarcus, IV, 75 : cer- 
cueil. 

Sarpillière, XII, 80 : toile grossière. 

Seïr, XXI, i32 : asseoir ;subj. prés. Supers. 
siece; XIV, 80: convenir, plaire; seïr 
le taille, II, 62 : asseoir, répartir la 
taille. 

Scmoneur, c. s. semoneres; s. de cors, 
XIX, 2 : montreur de reliques? 

Semonre, VII, 19 : ordonner; XVI, m ; 
XIX, 1 5 : convoquer. 

Sené, XVII, 108 : sénat. 

Sené, V, 95 : sage. 

Serouge, XIX, 23 : beau-frère. 

Sés, VII, 18; XXI, 3i : suffisance. 

Siècle, VII, 69 ; XIV, 29 : monde, vie mon- 
daine; XV, 35: univers; démener son 
s., IV, 66 : passer son temps, se conduire. 

Siere, XXII, 1 39 : le long de. Cf. Scheler, 
II, 349. 

Signor, VIII, 58 : mari. 

Soignier, XI, 32 : avoir souci. 

Sorciel, V, 3o : sourcil. 

Sorçuel (entre dans le surnom de Frekin 
as Sorçus), autre forme (influencée par 
linçuel) de sorçaus, « partie du vête- 
ment qui se met sur les chausses » 
(Godefroy). 

Sotie, XIX, 78; XXII, 128 : sottise. 

Soufllssance, VII, 61 ; soufissance, XXI, 
4o : médiocrité, aisance. 

Soufflet, XVI. i36 : coup. 

Souffrance, XXIV, 6: tolérance; mètre 
q. q. c. en s., IV, 66 : en différer le 
châtiment. 

II 



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BIBLIOTHÈQUE DES UNIVERSITÉS DU MIDI 



SouiTreur, c. s. soulTreres, II, 3g : patient, 
Soufler, XXII, 6i, io5 : au sens propre, 

avec calembour; U, 64; XVI, 88: 

métaph. tromper, mentir. 
Sougir, XYI, 73; XXII, 52: assujettir, 

dominer, 

Soulas, VII, II, 4i •* joie; faire s. a, V, 
5i : sA^s obscène, 

Souraagié, VIII, aS : avancé en âge. 

Souskanie, XVII, 53 : sorte de robe lon- 
gue, 

Soussamé, VIII, ii: gâté (en parlant 

des viandes). 
Soutillable, IV, 83 : habile, adroit, 
Sovin, VIII, 72 : renversé, 
Suele, XXII, 29 : poutre, solive. 

T 

Tabarl, XXIV, 182 : manteau. 

Taillier, XXIV, 208 : répartir les tailles. 

Tans, plur. de tant, XXIV, 54, 2o3 ; trois 
t. : trois fois autant. 

Tempèf , XVI, 42 : orage, tempête. 

Tenant, XXI, 3 : rapace. 

Tence, XVU, 83; XVUI, i%o: querelle. 

Tencicr, XII, 71 : réprimander. 

Terdre; terdre se keue, XVIII, 192? 

Tesmoignable, IV, 87 : qui témoigne. 

Tesmoin, XXIV, 88 : témoignage. 

Testamenteur, VI, 5o : faiseur de testa- 
ments. 

Tierc;en t., XVIII, 36; en t. point, 
XVIII, 70: parenté au troisième degré? 
Tiois, II, 42 : jargon. 
Torniole ? 

Toudis, V, 9 : toujours. 
Toursel, XII, 79 : paquet, coffre. 
Tourtel, VI, i5, 22, 24, 27, etc. :• sorte 
de gâteau, 

Tourtre, XXII, 66 : « pièce de la lanterne 

d'un moulin » (Littré). 
Trader, XIII, 87 : cheminer. 
Traire; soi t. en sus, XIII, 28 : se mettre 

au-dessus deCici, échapper au châtiment). 
Travellieur, c. 5. travellieres, XIV, 54 : 

qui se peine de, 
Travillier, X, 36: tourmenter, faire 

souffrir, 

Trekeur, c. |. trekieres, IX, a4 : trom- 
peur, 

Tremuie, X5UI, 80 : trémie. 
Trequerie, III, 43; XII, i4: fraude, 
tromperie. 

Trespasser, XXIV, i56, 202 : enfreindre, 
violer; t. du siècle j mourir. 



Trufe, I, 32; VI, 5, 7; XVI, 72; truffe, 
IX, i4 * tromperie, mensonge. 

Trufer, VI, 2 : tromper. 

Trufoier, \1, i : tromper. 

Tniilleur, c. s. truillieres, XXII, i35 : 
trompeur. 

Tuel, V, 22 : tige. 

Turkier, XVIU, 182? 

V 

Vallet, XIX, i3, 49; XXIV, 16: jeune 
homme; XVIII, 87 : célibataire. 

Veaus, XII, 64 : au moins. 

Vent, I, 33; VU, 72; VIU, 108; XI, 20; 
XII, 22; XIII, 22; XVI, 81, 110, i32, 
i4i, 145, i56; XXII, 43. 172; XXrV. 
i3o : vent, vanité, mensonge, tromperie; 
le mot est pris plusieurs fois au sens 
propre, mais presque toujours avec 
intention ironique. 

Venter, XVI, 64, 110; XXII, 188, 200: 
mentir, tromper. 

Venteur, VI, 49, es. venteres; XVI, 46: 
trompeur. 

Verdiere, III, 118: verdier, petit oiseau 
(avec calembour sur le nom de la famille 
Verdiere). 

Vertu, V, 5 : miracle, prodige. 

Veske, V, 53 : évêque. 

Veule, VU, 75, 77 : vide (de science], 
ignorant. ' 

Viellume, IV, 28, 46; XVUI, i84 : 
vieillesse. 

Vinier, VIII, 9 : marchand de vin. 

Vinlaine, XII, 94: assemblée des vingt 
contrôleurs de la taille ( Voy. Introd.). 

Vitaille, VIII, i5o; XXIV, i52 : provi- 
sions de bouche, 

Viutage, IV, 24 : honte. 

Viutance, XVI, 76 : honte. 

Viuté, II, i4; XIII, 65 : vilenie; VII, 88; 
IX, ig : dédain, mépris. 

Vol, III, loi ? 

Volée; a le v., VIII, 68 : au hasard. 
Volenliu, XVI, 54 : disposé à. 
Voukier, III, 68 : faire appel à, invo^ 
quer, 

Vuidenghc, XVI, 73 : tromperie} 

Waires, V, 58 : beaucoup, 

Wardecors, VI, 1 25 : justaucorps. 

Warir ; soi w., V, 119 : éprouver quelque 
bien; XXIV, 112 : se garantir, 

Wamement, VIII, 84 : toilette, accoutre- 
ment, 

Wihot, VIII, 65 : mari trompé. 



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CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS DU XIII" SIÈCLE 



l63 



ADDITIONS ET CORRECTIONS 



INTRODUCTION 

Page 8, note i : 11 eût été plus exact de dire qu'au-dessus du premier couplet 
des pièces II, III, IV, XIII on a laissé un blanc pour des portées qui n'ont pas 
été marquées. 

NOTE ADDITIONNELLE 

Page 3o, note i: Kfel et suer, on peut ajouter prestre (VllI, 62; XVIII, 63). — 
Page 3i : Aux exemples allégués, ajouter arcare (XXII, 37) et lecure (XXI, 70).— 
Page 32, dernière ligne : Ajouter entre ^ eux (V, 66). 



TEXTES 

II, 27 : Le manuscrit a preudom. 

III, ii5, note: Autres exemples de voirs neutre: V, 7; VIII, iio; XVIII, 184 ; 
XX, 6,48, 53, 70; XXIV, 3i. 

V, 7 : La correction sire[s] était inutile. Sire n'est pas moins fréquent dans nos 
textes que sires, et la première forme est quatre fois attestée par la rime ou la 
mesure (X, 4; XIII, 33; XV, i5; XIX, 21). — Pour les cas sujets en ère la forme 
avec s et la forme sans s sont également attestées par la rime (III, io3, et I, 19) ; 
mais la première est de beaucoup la plus fréquente. 
V, 34 : Virgule après grever. 

V, io5 : Lire conmença (abréviation dans le manuscrit). 

VI, 2 : Lire hui. 

VI, 3 1-2 : Placer un point et les guillemets après pardon. 
VII, 17 : Point après trespassés; le vers 16 forme une sorte de parenthèse. 

VII, 95 : Lire courant. 

VIII, 64 : Point et virgule après autres. 
XII, 57 : Virgule après mantel. 

XIII, 55 : note : Ajouter : manuscrit poucon. 

XIV, 5 : Lire (avec le manuscrit) coume. 
XIV, 64 : Lire (avec le manuscrit) longhe. 
XVI, 28 : Virgule après mauvais. 

XVI, 42 : Lire tempes. 
XVIII, 202 : Supprimer le point d'interrogation. 
XIX, 38 : Lire Un 0 (le manuscrit a .1.). 

XX : Cette pièce semble n'être que le développement du proverbe suivant, cité 
par H. Estienne (Précellence, éd. Huguet, page 232) : « Assez achète qui demande. » 



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i64 



BIBLIOTHÈQUE DES UNIVERSITÉS DU MIDI 



XXIV, i-3o : Allusion à deux ordonnances réellement rendues par Louis IX en 
ia54 et 1266. Cf. sur ce sujet H. Guy, Étude sur Adan de le Haie, p. 121. 
XXIV, i55 : Virgule après an. 
XXIV, 200 : Lire conment, 
XXIV, 218 : Lire conmuns. 



Art. GiŒSPiTf (Robert) : La complainte de Jehan Erart a été imprimée par 
M. Spri?(6Er, Da$ altprovenzalische Klagelied,.,, Berlin, 1896, page io5. 



INDEX DES NOMS 



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CHANSONS ET DITS ARTÉSIENS DU XIU' SIECLE 



l65 



TABLE DES MATIÈRES 



Introduction 7 

Note additionnelle a l'Introduction 3o 

Textes. 

I. Arras est escole de tous biens entendre 33 

II. De canter ne me puis tenir 34 

III. Arras ki ja fus 36 

IV. Certes c'est laide cose 4o 

V. Il n'est miracle ki rataigne 

VI. Signeur, je vif de trufoier 45 

VII. Bien ait mariages ounis 4? 

VIII. Quand enviex son voisin voit 49 

IX. Rikes hom viex trop covoilex 53 

X. Nostre sires li rois poissans 54 

XI. Pas ne puct nus estre emboé^ 56 

XII. Li sains recorde et velt prover 57 

XIII. E! Arras vile 60 

XIV. Avoirs resanle le pilokc 63 

XV. Signor, li sains recorde, et si est vérités 65 

XVI. Quant menestreus es lius repaire 67 

XVII. Signor, noveles sont venues 71 

XVIII. De Tempereur, de Tapostole 74 

XIX. Biau signeur, je ne sui ne sorciers ne devins 79 

XX. Li Camus, qui est nés d* Arras 81 

XXI. Ki donroit cinc cens mars por Diu 84 

XXII. Leurens Wagons a en covent 87 

XXIII. Siggeur, ore scoulés, que Dex vos sot amis 92 

XXIV. Au cuer trop de duel et d'ire ai 97 

Avertissement io4 

Index des noms propres 106 

Glossaire i53 

Additions et Corrections 1 63 




SordMvz. — laqtr. 6. Goukouiluou, rue Gainode, II. 



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ANNALËS 

DE LA 

FACULTÉ DES LETTRES DE BORDEAUX 

Fondées en 1879 

Par mm. Louis LIARD et Auguste GOUAT 



TROISIÈME SÉRIE 

Inaugurée en 1895 sous le titre de 

REVUE DES UNIVERSITÉS DU MIDI 

ET SUDVERTIORKÉE PAR 

Le Ministère de l'Instruction publique 
Le Conseil Général de la Gironde 
Le Conseil Municipal de Bordeaux 
La Société des Amis de l'Université de Bordeaux 



RÉDACTION 

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ABONNEMENTS 

MM. FERET et FILS, i5, cours de l'Intendance, Bordeaux 

— ^ — _ 

^i» Bordtfttuc.— Imprimerie G. GOUNOUILHOU rue Goiraade, 11. 



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